‹ Œuvres. Publièes d'après des documents inéditsChapitre 37 sur 56 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LE FIZICIEN, NEBBIE.

nZICIEN.

Ie pourvoiray bien à tout : laissez m'en seulement le soing,

NEBBIE.

Ouy par Dieu, laissez-luy en le soing, il ne vous pouvoit mieux arriver.

FIZICIEN.

Ho es-tu icy ? le te vouloy tout à poinct, Nebbie.

NEBBIE.

Vous en voudriez plustot vn autre semblable à cestuy qui est. là sus en la maison, car vous pouvez auoir peu de proufit de moy.

riZIClEN.

l'en voudroy plutost de semblables à ceux qui sortent dehors auecques moy, voy que tu n'as pas bien rencontré.

NEBBIE.

Comment diable auez vous fait?

FIZICIEN.

le vais pour acheter le pentacle, les cierges et les gommes pour les encensemens.

NEBBIE.

le veux que tu acheptes.

FIZICIEN.

Allon leuer la toile et le drap à la boutique, i'ay eu le breuet : ie veux qu'ils apportent le veau iusqu'à ma maison.

NEBBIE.

le voudroy que vous eussiez les deux flaccons d'argent qui montent plus.

FIZICIEN.

ie les atten à ce soir. le croy qu'il me les fera consigner comme homme bien auisé auec escrls et tesmoignages.

NEBBIE.

Voulez-vous faire à mon sens ? dès que vous Içs aurez, prenez la voye de Venise,

FIZICIEN.

Veux-tu que ie déloge auec si peu de butin ? Crois-tu que ie n'aye plus d'vne traffique en ceste terre, pleine de suc plus que Rome de fraudes et malices? Que si ie m'en pars ie puis dire que ie pers cent ducats aussi bien que si à mon escient ie les alloy ietter au plus profond de la mer.

NEBBIE.

Quelle autre bonne viande, hors Maxime, auez-vous, que vous puissiez grignoter ?

FIZICIEN.

le te le diray. Connois-tu Camille, un certain iouucnceau petit brunet ?

NEBBIE.

le le deurois bien connoistre, tant ie le voy souvent auec vous.

FIZICIEN.

Camille est si amoureux de la femme de Cinthien qu'il en est quasi fol, bien qu'il feit luymesmes deuant qu'ils la baillassent à Cinthien tout ce qu'il estoit possible de faire : or ayant notice de ceste débilité et impotence de celuy qui l'a espousée, lequel ne peut faire entrer son soc dans la terre, il a pris nouveau courage e^

espérance que elle reviendra à luy . Voulant doncques réduire ceste possession à soy pour la labourer, il s'en est venu à moi luy ayant esté dit que i'avois entrepris de redresser le manche de la charrue. De prime arrivée il me meit deux escus en la main : de la me racontant son amour, il m'a supplié en pleurant que ie voulusse procéder en sorte à la cure de Cinthien qu'il en demoure plus impotent et débile en ce qu'il est, et tellement qu'il ne puisse iamais connoistre Emilie charnellement. En fin il m'a promis trente florins si ie faisois desnouer l'alliance.

NEBBIE.

L'offre est belle et tu y dois entendre que bien tost tu le die au père et beau-pere.

FIZICIEN.

Deà enseigne moy autre chose que de moucher les bourses, car c'est mon premier apprentissage. Il y a aucuns animaux desquelz vous n'auez autre proufit que de les manger, comme le porc : autres sont qui en te seruant te donnent du fruit tous les iours, et quand ils n'en peuvent plus donner tu les dévores, comme est la vache et la brebis : il y en a d'autres encorqui vivans t'apportent beaucoup de gain, et quand ils sont morts ils ne vallent plus rien, comme le cheval, le chien et l'asne.

Semblablement on trouve entre les hommes grandes différences : aucuns qui en passant, ou en navire, ou en hostellerie , te viennent entre les mains, si que tu ne les as plus à reuoir, ton deuoir est de les despouiller et derobber sur l'heure. Il y en a d'autres, comme tauerniers et artisans qui ont tousiours quelque carlin ou quelque lulles(i) en la bourse, mais ils n'ont iamais beaucoup : à ceux-là c'est vn très bon conseil, oster souuent et peu à la fois. Si ie voulois, ie leur osterois la peau, mais, il y a peu de gain en une seule fois et perdrois ce que quasi tous les iours ie pourrois auoir. Il y en a d'autres aux villes qui sont aisez de possessions, de logis et de biens meubles, lesquelz nous deuons garder pour mordre et non pour manger, tant qu'il y aura à sucer, or trois florins, or cinq, or dix, ou douze, mais, quand ils veuUent changer pais, tond-les iusques sus le visaige ou les escorche. En ceste troisième bande ie metz Maxime et Camille, lesquels auec promesses et fables ie meineet menerayau long. Cependant ie pouruoiray qu'ils ne se seichent point de laict : et puis vniour prenant ma commodité que ie les retrouue gras et en bon

(i) Gim/Zo, c'est une pièce vallant iiij sols (Note de l'auteur.)

poinct, ie leurosteray la peau et la mangerons. Or à fin que Camille m'aye à rendre plus de lait, ie le pais d'herbes et de fueilles tendres d'espérance, luy promettant d'enflamber tellement Emilie de son amour que vueillent ou non vueillent ses parens, aussi tost qu'elle lairra Cinthien, ne se voudra conioindre à autre homme qu'à luy : et luy ay donné à entendre que l'avois desia si bien fait en cecy qu'elle se destruit de son amour, et de sa part ie luy ay fait des fausses lettres et ambassades.

NEBBIE.

Avez-vous tant mis à me direceste pratique?

FIZICIEN.

Et de sa part ie luy ay encor apportez certains petits dons qu'il a pour très aggreables.

NEBBIE.

Ces dons ressemblent aux salades que les moynes envoyent pour auoir des tourtes.

FIZICIEN.

le puis bien croire que si ie veus despendre un soûl i'en retireray à rencontre un ducat. Ce matin il m'a donné vn beau rubis que ie luy donnasse en contre change.

NEBBIE.

Luy donnerez vous ?

FIZICIEN.

Si tu me le conseilles ie le feray.

NEBBIE.

Non, par Dieu.

flZICIEN.

Le voicy.

NEBBIE.

le l'ay veu.

FIZICIEN.

Fay seulement, pren le gand, et fa y semblant de n'auoir point les sonnettes.

NEBBIE.

le ne diray mot.

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