SCENE PREMIÈRE
CAMBIEN et THEMOLE.
CAMBIEN.
SoiEZ en seurté, car ie ne luy en bailleray pas vn, si deuant ie ne luy voy faire œuvre digne du pris. Mais voicy Themole.
THEMOLE.
Vous deuiniezbien que nous auions mal conseillé Cinthien de descouvrir ses secrets au Fizicien.
CAMBIEN.
Vous ne me vouliez pas croire. Qui at-il de nouveau ?
THEMOLE.
C'est que le traistre ne tend à autre chose qu'à luy arracher toute l'affection qu'il a vers vostre Lauinie, pour la transporter toute à ceste autre. Et se départant tantost de Maxime, il a dit qu'il luy enuoyroit ou coffre, ou armoire, certain autel enchanté, que, s'il le fait mettre auprès du lieu où dorment les mariez, aura force de faire qu'ils s'aiment ensemble, quand bien il y eust hayne capitale entre eux.
CAMBIEN.
Quand parlet-il de Tenuoycr ?
THEMOLE.
le m'émerveille qu'il n'est desia icy. Il disoit qu'il l'enuoyroit aussi tost qu'il seroit en la maison.
CAMBIEN.
Il nous a sans doute trompez. Hâ, le larron!
THEMOLE.
O le paillard!
CAMBIEN.
Mais nous autres bien fols qui luy auons ouuert le chemin par où il nous vient nuyre, et lequel il n'eust peu trouver si nous l'eussions peu taire.
THEMOLE.
Or ne l'ayant point teu, que ferons-nous ?
CAMBIEN.
Il faut trouuer Cinthien] et l'en aduertir. Que
diable je suis Mais dittes-moy, est-il en la
maison ?
THEMOL&»
Non.
CAMBIEN.
Me sçauriez-vous enseigner où il est?
THEMOLE.
Non.
CAMBIEN.
Si le faut-il trouver quelque part où il soit, à fin qu'il vienne appaiser Lauinie qui ne fait que pleurer si qu'il semble qu'elle doyue fondre en larmes. Mais l'en ay esté bien la cause, qui luy ay dit que ie craignois que le Fizicien ne feist auec quelque art diabolique oster l'amour de Cinthien vers elle.
THEMOLE.
Ah, vous auez mal fait. Retournez et luy ostez ceste peur, qu'il n'y a point icy de danger, comme vous luy auiez dit.
CAMBIEN.
Il y faut autre que moy. Tant qu'elle ne verra pas Cinthien, elle n'est pas pour se reconforter.
THEMOLE.
Trouvez-le doncques.
CAMBIEN.
J'iray en la place.
Allez. Il seroit facile que vous l'eussiez. Vous n'oyez pas. Escoutez moy. Vous le pourrez
— cxcni"-—
mieux trouuer vous tirant vers le logis du Negromant, car il doit estre auec luy. Mais d'où tournez-vous si vistement ?
CAMBIEN.
Hô, ilz araeinent le coffre que vous avez dit.
THEMOLE.
Où est-il ?
CAMBIEN.
Venez où ie suis, vous le verrez.
THEMOLE.
Qui le porte ?
CAMBIEN.
Un facquin.
THEMOLE.
Seul?
CAMBIEN.
Le vallet du Negromant est auec luy.
THEMOLE.
Le Fizicien n'y est-il pas ?
Non, vous di-ie.
THEMOLE.
Laissez donc faire à moy.
r- :C3ECIV —
. CAMBIEN.
Que voulez-vous faire !*
THEMOLE.
le les voy, auisez à me respondreà propos.
CAMBIEN.
Que dittes-vous? Mais à qui parlé-ie ? Ou court cestuy ? Pourquoy s'est-il party de moy si tost ? le croy qu'il est hors du sens.