Oeuvres. Publiées
ES Œuvres de saint François de Sales occupent le premier rang parmi les ouvrages y^j^^o destinés à enseigner au peuple chrétien la vraie piété et à le former selon l'esprit de F Evangile. Dès qu'elles parurent, les Souverains Pontifes, les Evêques et tous ceux qui avaient charge et soin des âmes , les accueillirent comme un immense secours accordé à l'Eglise par la douce Providence de Dieu. On sait avec quelle avidité les fidèles recherchèrent, dès qu'ils la connurent, cette admirable doctrine.
Pendant que la Philothée relevait aux 3'^eux des chrétiens du monde la dévotion, jusque-là et depuis trop longtemps tournée en ridicule, ou reléguée dans le cloître comme incompatible avec les rapports de société', Théotime, remplissait la mission, plus noble encore, de vulgariser la science de l'amour de Dieu, mais de l'amour parfait, avec ses sublimes
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délicatesses, avec ses aspirations toutes célestes, avec cette puissance d'union qui permet de dire avec l'Apôtre ; Ce n'est plus moi qui vis; c'est Jésus- Christ qui vit en moi. En même temps, ses Lettres spirituelles, adressées.à plusieurs âmes pieuses, pour leur instruction ou leur direction intime, se répandaient, se rencontraient et arrivaient à composer jusqu'à sept livres. Et enfin, les instructions sorties de ses lèvres et recueillies par ses pieuses filles de la Visitation Sainte-Marie et par d'autres fidèles mémoires, formaient un ensemble de doctrine où l'on retrouve à chaque page, avec les plus heureuses applications de la Sainte-Ecriture, les enseignements les plus touchants des Pères, et aussi cette onction qui était, chez le saint Evêque de Genève, comme la note distinctive de son éloquence.
Dès le milieu du xvn^ siècle, de magnifiques éditions complètes des Œuvres de saint François de Sales furent livrées au public et elles eurent le succès qu'on en pouvait attendre. D'autres suivirent vers la fin du même siècle et furent également appréciées. Le xviii* tout à sa froide philosophie, parut moins soucieux de répandre ces écrits pleins de cœur et de dilection^ mais le réveil s'opéra avec le xix^ siècle. L'on vit paraître successivement, et les belles éditions de Biaise et Béthune, et celles
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de Vives, de Migne et d'un grand nombre d'autres éditeurs renommés.
Ce nouvel essor donné aux admirables écrits du saint Evêque de Genève les rendit familiers à tous ceux qui voulaient étudier à fond la science de la vraie et solide piété. Mais un grand événement providentiel vient d'assurer aux Œuvres de ce Saint, des fruits de salut plus abondants encore ; c'est le décret solennel du 3o janvier 1878, par lequel Pie IX, de pieuse et chère mémoire, attribua à saint François de Sales le titre de Docteur de l'Eglise. Aussi le peuple chrétien, qui applaudit de si grand cœur à ce jugement suprême de Rome touchant les Œuvres du saint Evêque de Genève, aime-t-il plus que jamais à se nourrir de cette suave et fortifiante doctrine.
Mais ici se place une difficulté pratique dont la plupart des Éditeurs ne se sont pas suffisamment pénétrés. Le saint Evêque de Genève a parlé et écrit à une époque et dans un milieu où l'on pouvait tenir un langage bien différent de celui qu'on accepte aujourd'hui. De là, dans ses Œuvres complètes, des développements, des comparaisons, des expressions qui étonnent les chrétiens de nos jours. Nous savons ce qu'on a répondu à ce sujet ; nous savons les autorités qu'on a invoquées contre une révision même discrète, même respectueuse du texte
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du saint auteur. Ce que l'on a établi, c'est ce que personne ne contestait : à savoir, que les hommes d'étude, les théologiens, les prédicateurs, les moralistes, n'ont rien à craindre de la lecture intacte de ses écrits, et que, pour eux, le texte complet, sans aucune réticence, sans aucun adoucissement, laisse mieux à l'Œuvre le cachet de son époque et révèle mieux l'âme si hardiment pure du saint Docteur. Mais la raison veut toujours avoir raison î et, finalement, il est arrivé ce qu'on aurait dû attendre : pendant que les hommes d'étude se sont nourris de ce beau texte intact, les autres chrétiens, et ils sont le grand nombre, ont demandé qu'on leur présentât la doctrine du saint Evêque de Genève dégagée de ces choses qu'on ne comprend plus aujourd'hui ', et, pratiquement, pas une mère n'a autorisé sa fille à lire dans l'intégrité originale ces Couvres complètes ; pas une maison religieuse n'a permis pour la lecture en commun les éditions qui les donnent sous cette forme. Partout, au contraire, on a publié, avec les légères modifications rendues nécessaires, et V Introduction à la pie dévote, et le Traité de Vamoiir de Dieu, et les autres ouvrages ascétiques du saint Auteur; ce sont ces publications, et non les Œuvres intactes, qui ont vulgarisé parmi le peuple chrétien de notre époque et le nom et la doctrine du saint Evêque de Genève.
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Mais ce travail de respectueuse élimination exigeait, pour remplir le but désiré, et une connaissance exacte du langage français tel qu'on le parlait au xvii'^ siècle dans le pays de saint François de Sales , et des études théologiques trèssérieuses-, sans ces précautions, on risquait, ou de donner à un mot le sens directement contraire au sens qu'avait voulu lui donner le saint auteur, ou de jeter dans des erreurs sur la foi ou la morale, des âmes d'autant moins disposées à se défier, qu'elles se mettaient à l'école d'un si pieux Docteur. Or, ces précautions n'ont pas toujours été prises, et nous avons eu sous les yeux des éditions qui présentaient ces deux dangers.
Oserons-nous dire que l'édition présente des « Œuvres spirituelles complètes » de saint François de Sales soit à l'abri de ces défauts ? Dieu aidant, nous l'espérons. Depuis bientôt vingt ans, les écrits de saint François de Sales n'ont pas cessé d'être l'un des objets de nos plus chères études -, et à force de les lire, de les méditer, d'en comparer les diverses parties, nous croyons être à même d'offrir aux disciples du saint Docteur de la piété, avec son vrai texte, sa vraie pensée.
Nous terminerons ces réflexions en faisant remarquer que cette édition étant surtout destinée au clergé, qui veut répandre la suave et forte doctrine
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de saint François de Sales, et aux âmes qui sont désireuses de se placer sous la conduite de ce grand Directeur spirituel, nous avons laissé de côté les pièces administratives, et autres documents divers, qui n'ont point de rapports directs avec la formation et le développement de la vie chrétienne. Cette surcharge, utile aux historiens du Saint, ne pouvait, en augmentant le nombre des volumes, que rendre moins abordable pour les fidèles, la diffusion de ses « Œuvres spirituelles ». Nous ne pouvons hésiter, devant cette considération, à élaguer ce qui n'est pas utile, pour rendre plus fructueux ce que tout le monde a le désir de posséder. Puissions-nous avoir par là contribué, pour notre humble part, à répandre de plus en plus dans l'Eglise de Dieu la céleste et fortifiante et consolante doctrine de saint François de Sales.
H. Ghaumont.
Paris, en la fête de saint François de Sales, 29 janvier 1879.