CHAPITRE XII
De la nécessité de la chasteté i\).
Eloge de la chasteté. — La chasteté est nécessaire dans toutes les vocations.
^,(^^/|a chasteté est le lis des vertus; elle rend les hommes presque égaux aux Anges ; rien n'est beau que par la pureté, et, la pureté des hommes, c'est la chasteté (2). On appelle
Ci) Nous avons retranché de ce chapitre ce qui ne se rapporte pas à toutes les conditions de vie. On le trouvera, avec ce qui concerne la vocation spéciale à laquelle il appartient, dans le dernier volume de cet ouvrage. — Note de l'éditeur.
(2) « La chasteté se rattache à celte grande vertu cardinale qu'on appelle la tempérance; elle forme comme un domaine distinct de cette vaste région où la tempérance est maîtresse. Elle est comme une alliée puissante, prêtant sa force à la raison, pour que, parmi tant de sujets que cette raison trouve en chacun de nous, et spécialement parmi nos organes, si facilement émus, si indisciplinés et toujours si près d'être rebelles, il n'y en ait pas un seul qui n'attende ses ordres, ou du moins ne s'y range quand il les a prévenus. Et lorsque, de morale et naturelle qu'elle est, en faisant cela, cette vertu devient chrétienne et surnaturelle, outre que sa force grandit immensément, ce n'est plus alors la seule raison qu'elle sert, mais encore la foi, la vraie reine divinement sacrée, et de qui relève la raison elle-même. Si bien que, s'inspirant de cette foi et épousant sa cause, la chasteté enlace tout ce monde inférieur de notre corps dans des liens plus nombreux, plus fermes, plus
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la chasteté honnêteté, et sa profession, honneur-, elle est nommée intégrité, et son contraire corruption. Bref, elle a sa gloire toute à part d'être la belle et blanche vertu de l'ûme et du corps.
Les vierges ont besoin d'une chasteté extrêmement simple et douillette, pour bannir de leur cœur toutes sortes de curieuses pensées, et mépriser d'un mépris absolu toutes sortes de plaisirs immondes, lesquels, à la vérité, ne méritent pas d'être désirés par les hommes, puisque les unes et les pourceaux les aiment plus qu'eux. Que donc ces âmes pures se gardent bien de jamais révoquer en doute que la chasteté ne soit incomparablement meilleure que tout ce qui lui est incompatible; car, comme dit le grand saint Jérôme, l'ennemi presse violemment les vierges au désir des voluptés , les leur représentant infiniment plus agréables et délicieuses qu'elles ne sont; ce qui souvent les trouble bien fort, tant, dit ce saint Père, quMles estim.ent plus doux ce qu'elles ignorent; car, comme le petit papillon vo3'ant la flamme, va curieusement voletant autour, pour essa5'^er si elle est aussi douce que belle, et, pressé de cette fantaisie, ne cesse point qu'il ne se perde au premier
serrés : liens de lumière et d'amour qui l'obligent à des réserves et à des œuvres non plus sages seulement, mais saintes. Vous le voyez donc : elle met l'ordre, et un ordre divin, dans toute l'économie humaine organique, en tant du moins que cette économie est soumise à notre liberté et tombe sous la loi morale. Elle devient ainsi comme la main même de Dieu appliquée au corps de l'homme et le gouvernant totalement, toujours et sans contestation, r^ De la vie et des vertus chrétiennes , M'' Gay. — Abrégé, p. 329-33o,
essai, ainsi les jeunes gens bien souvent se laissent tellement saisir de la fausse et sotte estime qu'ils ont du plaisir de ces flammes mauvaises, qu'après plusieurs curieuses pensées ils s'y vont en fin finale ruiner et perdre, plus sots en cela que les papillons ; d'autant que ceux-ci ont quelque occasion de croire que le feu soit délicieux, puisqu'il est si beau, Q\i ceux-là, sachant que ce qu'ils recherchent est extrêmement déshonnête , ne laissent pas pour cela d'en sur-estimer la folle et brutale jouissance.
Quant à ceux qui sont mariés, ils sont obligés de pratiquer la chasteté selon leur état. C'est pourquoi sainte Catherine de Sienne vit entre les damnés plusieurs âmes grandement tourmentées pour avoir profané la sainteté du mariage.
Vous voyez donc que la chasteté est nécessaire à toutes sortes de gens. « Siiive:{ la paix avec tous, dit l'Apôtre, et la sainteté, sans laquelle aucun ne verra Dieu (i). » Or, par la sainteté, il entend la chasteté, comme saint Jérôme et saint Chrysostome l'ont remarqué. Non, Philothée, nul ne verra Dieu sans la chasteté, nul n'habitera en son saint tabernacle, qui ne soit net de cœur. Et comme dit le Sauveur même, « les chiens et les impudiques en seront bannis; et bienheureux sont les nets de cœur, car ils verront Dieu (2). »
(i) Paccm scquamini cum omnibus, et sanctimoniam , sine qua nemo vidcbit Deiini. Heb , xn, 14.
(2) Beaii mundo corde, qiioniam ipsi Deitm vidcbunt. S. Matth., V, <S.