TROISIÈME PARTIE, CHAPITRK XXI 2S
feu fâcheux et fumeux*, ou, pour le plus, s'il est forcé de parler au complice, que ce soit pour déclarer par une hardie, courte et sévère protestation, le divorce éternel que Ton a juré. Je crie tout haut à quiconque est tombé dans ces pièges : Taillez, tranchez, rompez ; il ne faut pas s'amuser à découdre CCS folles amitiés, il les faut déchirer; il n'en faut pas dénouer les liaisons, il les faut rompre ou couper; aussi bien, les cordons et les liens n'en valent rien. Il ne faut point ménager, pour un amour qui est si contraire à Tamour de Dieu (j).
Mais après que j'aurai ainsi rompu les chaînes de cet infâme esclavage, encore m'en restera-t-il quelque souvenir, et les marques et traces des fers en demeureront encore imprimées en mes pieds, c'est-à-dire, en mes affections. Non feront, Philothée, si vous avez conçu autant de détestation de votre mal comme il mérite; car, si cela est, vous ne serez plus agitée d'aucun mouvement que de celui d'une extrême horreur de cet infâme amour et de tout ce qui en dépend, et demeurerez quitte de toute autre affection envers l'objet abandonné, que de celle d'une très-pure charité pour Dieu. Mais si, pour l'imperfection de votre repentir, il
(1) Quelques âmes peuvent être tentées de voir dans ce langage du saint Docteur, sinon une rigueur excessive, du moins une prudence sujette à des tempéraments. Ce serait une déplorable erreur. Nul de ceux qui ont vu ces âmes aux prises avec ces sortes d'obsession, n'ignore que, sur ce point surtout, les demi-mesures et les transactions n'aboutissent qu'à éterniser le mal, et que rien n'est Jîni, tant que tout n'est pas fini.
VOUS reste encore quelques mauvaises inclinations, procurez pour votre âme une solitude mentale, selon ce que je vous ai enseigné ci-devant, et retirez-vous-y le plus que vous pourrez, et, par mille réitérés élancements d'esprit, renoncez à toutes vos inclinations-, reniez-les de toutes vos forces; lisez plus que l'ordinaire des saints livres; confessez-vous plus souvent que de coutume et vous communiez; conférez humblement et naïvement avec votre directeur, si vous pouvez, ou au moins avec quelque âm^ fidèle et prudente, de toutes les suggestions et tentations qui vous arriveront à cet égard, et ne doutez point que Dieu ne vous affranchisse de toutes ces passions, pourvu que vous continuiez fidèlement en ces exercices.
Ah ! ce me direz-vous, mais ne sera-ce point une ingratitude, de rompre si impitoyablement une amiiié ? Oh ! que bienheureuse est l'ingratitude qui nous rend agréables à Dieu ! Non, de par Dieu, Philothée, ce ne sera pas une ingratitude, mais un grand bénéfice que vous ferez à Tautre ; car, en rompant vos liens, vous romprez les siens, puisqu'ils vous étaient communs, et, bien que pour l'heure il ne s'aperçoive pas de son bonheur, il le reconnaîtra bientôt après, et avec vous chantera pour action de grâces : « O Seigneur, l'ous ave^ rompu mes liens, je vous sacrifierai l'hostie de louange et invoquerai votre saint nom » (i)*
(i^ Dinipisii vinsida nua, tibi s.:crijîc.ib3 hosiia.n uVidis, et no.njii Domini tnvocabo. l's.cxv, 7.