CHAPITRE XXVI
Du parler, et premièrement comment il faut parler de Dieu.
Les paroles sont l'indice des bonnes ou des mauvaises dispositions de notre âme. — Exemple de saint François d'Assise. — Il faut parler de Dieu avec un sentiment de respect et de piété. — Il faut parler toujours en esprit de charité, de douceur et d'humilité.
ES médecins prennent une grande connaissance de la santé ou maladie d'un homme par rinspection de sa langue, et nos paroles sont les vrais indices des qualités de nos âmes. « Par tes paroles, dit le Sauveur, tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné {i). » Nous portons soudain la main sur la douleur que nous sentons, et la langue sur l'affection que nous avons.
Si donc vous êtes bien affectionnée envers Dieu, Philothée , vous parlerez souvent de Dieu, dans les devis familiers que vous ferez avec vos parents amis et voisins. Oui, car « la bouche du juste méditera la sapience, et sa lans^ue parlera le juge-
(i) Ex vcrbis tais jusiificabcris, cl ex vcrbis tuis condamnabcris. S. Matth , xir, Sy.
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tficiit [\). » Et comme les abeilles ne démêlent autre chose que le miel avec leur petite bouchette , ainsi votre langue sera toujours emmiellée de son Dieu, et n'aura point de plus grande suavité que de sentir couler entre ses lèvres des louanges et bénédictions de son nom, ainsi qu'on dit de saint François, qui, prononçant le saint nom du Seigneur, suçait et léchait ses lèvres, comme pour en tirer la plus grande douceur du monde.
Mais parky toujours de Dieu comme de Dieu, c'est-à-dire révéremment et dévotement, non point faisant la suffisante et la prêcheuse, mais avec l'esprit de douceur, de charité et d'humilité, distillant autant que vous savez (comme il est dit de l'Epouse au Cantique des Cantiques;, le miel délicieux de la dévotion et des choses divines, goutte à goutte, tantôt dedans Toreilie de l'un, tantôt dedans l'oreille de l'autre ; priant Dieu, dans le secret de votre ame, qu'il lui plaise de faire passer cette sainte rosée jusque dans le cœur de ceux qui vous écoutent.
Surtout, il faut faire cet office angélique doucement et suavement; non point par manière de correction, mais par manière d'' inspiration; car c'est merveille combien la suavité et amiable proposition de quelque bonne chose est une puissante amorce pour attirer les cœurs (2).
(i) Os jitsti meditabitur sapientiam, et liugua ejus loqueliir judicium. Ps.,xxxvi, 3o.
(2) Le ministère si fructueux du saint Docteur, non-seulement auprès des âmes dociles qui l'entouraient, mais parmi les hérétiques les plus tenaces, n'avait pas d'autre secret que cette puissance de la sainte douceur et liumilité. Une dame protestante
3lG INTRODUCTION A LA VIE DEVOTE
Ne parlez donc jamais de Dieu ni de la dévotion par manière d^acquit et d'entretien ( i ), mais toujours avec attention et dévotion; ce que je dis pour vous ôter une remarquable vanité qui se trouve en plusieurs, qui font profession de dévotion, et lesquels, à tous propos, disent des paroles saintes et ferventes par manière d'entretien, et sans y penser nullement^ et, après les avoir dites, il leur est avis qu'ils sont tels que les paroles témoignent • ce qui n'est pas.
ayant entendu vanter cette éloquence céleste de l'évêque de Genève déclara sans hésitation qu'elle considérait comme une faiblesse de se laisser vaincre de la sorte, et elle gagea d'aflronter, sans céder, cette épreuve. Le bon Saint la reçut a^■ec charité; il écouta avec une patience inaltérable les objections qu'elle entassa sans mesure; et, quand elle daignait lui laisser le temps de répondre, il n'en profitait que pour exposer suavement et ouvertement la vérité. Humiliée de voir que son émotion n'avait pas d'écho, cette personne prit le parti de se fâcher grandement et reprocha au saint Evêque, comme une excitation, son calme parfait. Ce fut peine inutile : toute cette écume vint s'épuiser sans résultat, jusqu'à ce que, honteuse de sa propre conduite et vaincue comme les autres par la mansuétude de ce vrai pasteur, elle tomba à ses pieds, promit de rentrer au giron de l'Eglise, et, peu après, abjura l'hérésie protestante, (i) C'est à dire : d'artèctation.
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