QUATRIEME PARTIE, CHAPITRE XIII 42j
ce goût que l'on a dans les choses divines, pour lequel David s'écriait : « O Seiiiiiciir, que vos paroles sont douces à mon palais, elles sont plus douces que le miel à ma bouche ( i ) ! > Et certes, la moindre petite consolation de dévotion que nous recevons, vaut mieux de toute façon que les plus excellentes récréations du monde. Les faveurs du divin Epoux sont meilleures à Tâme que le vin le plus précieux des plaisirs de la terre ; qui en a goCité, tient tout le reste des autres consolations pour du fiel et de l'absinthe. Et comme ceux qui ont l'herbe scytique en la bouche en reçoivent une si extrême douceur, qu'ils ne sentent ni faim ni soif, ainsi ceux à qui Dieu a donné cette manne céleste des suavités et consolations intérieures, ne peuvent désirer ni recevoir les consolations du monde, au moins pour y prendre goût et y amuser leurs affec-
battent de parti pris toutes les consolations spirituelles. Les unes le tbnt par une ignorance singulière des voies de Dieu et parce qu'elles se ligurent que ces grâces ne sauraient être accordées qu'aux saints; cette erreur funeste les prive d'un secours utile et peut les entraîner ensuite dans le découragement. 11 y a lieu de les instruire très-sérieusement sur ce point. Les autres, plus éclairées peut-être, mais moins humbles, estiment n'avoir pas besoin de celte aide pour servir Dieu courageusement, et reçoivent sans reconnaissance, presque sans y prendre garde, les plus paternelles avances de la bonté de Notre Seigneur ! Hélas! à de telles âmes, on peut prédire, si elles ne changent pas, des chutes déplorables. Dieu a des représailles terribles contre ces dédains et il donne enfin bien sec le pain qu'on n'a pas voulu détrempé dans le miel de ses suaves et sanctifiantes consolations. Il faut appliquer à ces joies spirituelles le grand principe de notre saint Docteur ; « Ne rien demander, ne rien refuser. » (i) Qiiam dulcia faucibus mcis ehquia tua! super mcl ori meo. Ps., cxvm, io3.
tions. Ce sont de petits avant- goûts des suavités immortelles que Dieu donne aux âmes qui le cherchent ^ ce sont des grains sucrés qu'il donne à ses petits enfants pour les amorcer ^ ce sont des eaux cordiales qu'il leur présente pour les conforter \, ce sont aussi quelquefois des arrhes des récompenses éternelles.
On dit qu'Alexandre le Grand, cinglant en haute mer, découvrit premièrement l'Arabie-Heureuse par le sentiment qu'il eut des suaves odeurs que le vent lui donnait, et sur cela se donna du courage et à tous ses compagnons ; ainsi, nous recevons souvent des douceurs et suavités en cette mer de la vie mortelle, qui, sans doute, nous font pressentir les délices de cette patrie heureuse et céleste, à laquelle nous tendons et aspirons.
III. Mais, ce me direz-vous, puisqu'il y a des consolations sensibles qui sont bonnes et viennent de Dieu, et que néanmoins il y en a des inutiles, dangereuses, voire pernicieuses, qui viennent ou de la nature, ou même de l'ennemi, comment pour- 7'ai-je discerner les unes des autres, et connaître les mauvaises ou inutiles, entre les bonnes ? C'est une générale doctrine, très-chère Philothée, pour les affections et passions de nos âmes, que nous les devons connaître fjr leurs fruits; nos cœurs sont des arbres, les affections et passions sont leurs branches, et leurs œuvres ou actions sont les fruits. Le cœur est bon, qui a de bonnes affections, et les affections et passions sont bonnes, qui produisent en nous de bons effets et saintes actions. Si les douceurs, tendretés et consolations nous rendent plus