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les conseils que l on prend d' autrui, et surtout des conducteurs des âmes, encore que d'ailleurs il ny eût pas grande apparence (i)-, comme il rendit profitables à Naaman les eaux du Jourdain, desquelles Elisée, sans aucune apparence de raison humaine, lui avait ordonné l'usage.
IV. Mais après tout cela, rien n'est si utile, rien si fructueux en telles sécheresses et stérihtés, que de ne point s'affectionner et attacher au désir d'en être délivré. Je ne dis pas qu'on ne doive faire des simples souhaits de la délivrance; mais je dis qu'on ne s'y doit pas affectionner, mais se remettre à la pure merci de la spéciale Providence de Dieu, afin que, tant qu'il lui plaira, il se serve de nous entre ces épines et parmi ces désirs. Disons donc à Dieu en ce temps-là : ce O Père, s'il est possible, transportez de moi ce calice )) (2) '^ mais ajoutons aussi de grand courage : « Toutefois (3) non ma volonté, mais la vôtre soit faite ; » et arrêtons nous à cela avec le plus de repos que nous pourrons. Car Dieu, nous voyant en cette
(1) Pour comprendre cette parole du saint Docteur, il faut se souvenir de l'oracle prononcé par Notre-Seigneur ausujeides « petits enfants » : le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Humainement parlant, il n'y aurait pas «grande apparence n de secours dans une ouverture d'âme sur une difficulté dont la solution serait toute simple ; mais il y a grand profit dans l'acte d'hum.ble obéissance qui consiste à demander ce conseil ; et l'insistance que met saint François de Sales à recommander cette noble simplicité dans la vie spirituelle, en doit faire comprendre l'importance aux âmes vraiment désireuses d'avancer duns la piété.
(2} S. Nktth., XXVI., 39.
('■>) S. Luc, XXTT, 42. '
QUATKIKME PARTIE, CHAl'ITKFf XIV 433
sainte indilîcrencc ^i;, nous consolera par plusieurs grâces et faveurs; comme quand il vit Abraham résolu de se priver de son enfant Isaac, il se contenta de le voir indifférent en cette pure résignation, le consolant d'une vision très-agréable et par de trcs-douces bénédictions. Nous devons donc, en toutes sortes d'alîlictions, tant corporelles que spirituelles, et dans les distractions ou soustractions de la dévotion sensible qui nous arrivent, dire de tout notre cœur et avec une profonde soumission : oc Le Seigneur m'a donné des coni< solations, le Seigneur me les a ôtées ; son saint « nom soit béni. •> Car, persévérant en cette humilité, il nous rendra ses délicieuses faveurs, comme il fit à Job, qui usa constament de pareilles paroles en toutes ses désolations.
V. Finalement, Philothée, entre toutes nos sécheresses et stérilités ne perdons point courage; n\3i\s attendant en patience le reioiir des consolations, suivons toujours notre train ; ne laissons pour cela aucun exercice de dévotion; mais, s'il est possible, multiplions nos bonnes œuvres, et ne pouvant présenter à notre cher Époux des confitures liquides, présentons-lui-en des sèches, car ce lui est tout un, pourvu que le cœur qui les lui offre soit parfaitement résolu de le vouloir aimer. Quand le printemps est beau, les abeilles font plus de
(i) Le mot indifférence prend ici un sens autre et plus élevé que l'insouciance, qu'il exprime ordinairement. La « sainte indiftérence o dont il sera lonj^uement parlé dans le Traité de l'amour de Dieu, est la parfaite soumission et le total et rilial abandon de l'âme entre les mains de Dieu.
miel et moins de mouchons, parce qu'à la faveur du beau temps elles s'amusent tant à faire leur cueillette sur les fleurs, qu'elles en oublient la production de leurs nymphes. Mais quand le printemps est âpre et nébuleux, elles font plus de nymphes et moins de miel ; car, ne pouvant pas sortir pour faire la cueillette du miel, elles s'emploient à se peupler et à multiplier leur race. Il arrive maintes fois, ma Philothée, que l'âme, se voyant au beau printemps des consolations spirituelles, s'amuse tant à les amasser et sucer, qu'en l'abondance de ces douces délices elle fait beaucoup moins de bonnes œuvres ; et qu'au contraire, parmi les âpretés et stérilités spirituelles, à mesure quelle se voit privée des senti- Tîienis agréables de la dévotion, elle en Jiîultiplie d'autant plus les œuvres solides, et abonde en la production intérieure des vraies vertus de patience, humilité, abjection de soi-même, résignation et abnégation de son amour-propre.
C'est donc un grand abus de plusieurs, et notamment des femmes, de croire que le service que nous faisons à Dieu sans goût, sans tendreté de cœur et sans sentiment, soit moins agréable à sa divine Majesté, puisqu'au contraire nos actions sont comme les roses, lesquelles, bien qu'étant fraîches, elles ont plus de grâce, étant néanmoins sèches, elles ont plus d'odeur et de force, (^ar, tout de même, bien que nos œuvres faites avec tendreté de cœur nous soient plus agréables, à nous, dis-je, qui ne regardons qu'à notre propre satisfaction, cependant, étant faites en sécheresse et sté-