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QUATRIEME PARTIE, CHAPITRE XV

perdre courage entre les ennuis intérieurs, ni dire comme le bon GeotVroy : Jamais je ne serai joyeux ; car parmi la nuit nous devons attendre la lumière. Et réciproquement, au plus beau temps spirituel que nous puissions avoir, il ne faut pas dire : Je ne serai jamais ennuyé ; non, car, comme dit le Sage: Dans les jours heureux, il se faut ressouvenir du malheur. Il faut espérer entre les travaux, et craindre entre les prospérités ; et tant en l'une des occasions qu'en l'autre, il se faut toujours humilier. 5" Que c'est un souverain remède, de découvrir son mal à quelque ami spirituel qui nous puisse soulager.

Enfin, pour conclusion de cet avertissement qui est si nécessaire, je remarque que, comme en toutes choses, de même en celles-ci, notre bon Dieu et notre ennemi ont aussi de contraires prétentions \, car Dieu nous veut conduire par elles à une grande pureté de cœur, à un entier renoncement de notre propre intérêt en ce qui est de son service, et à un parfait dépouillement de nous-mêmes ; mais le démon tâche d'employer ses travaux pour nous faire perdre courage, pour nous faire retourner du côté des plaisirs sensuels, et enfin nous rendre ennuyeux à nous-mêmes et aux autres, afin de décrier et diffamer la sainte dévotion. Mais si vous observez les enseignements que je vous ai donnés, vous accroîtrez grandement votre perfec-

lontaires. La tentation venant du dcmon, il la faut combattre- Yépreuve venant de Dieu, il la faut recevoir et supporter humblement et joyeusement. Cette distinction est importante et d'une pratique fréquente dans la vie spirituelle.

tion en l'exercice que vous ferez entre ces afBictions intérieures, desquelles je ne veux pas finir le propos, que je ne vous dise encore ce mot. Quelquefois les dégoûts, les stérilités et sécheresses ■proviennent de l'indisposition du corps, comme quand, par l'excès des veilles, des travaux et des jeunes, on se trouve accablé de lassitude, d'assoupissements, de pesanteurs et d'autres telles infirmités, lesquelles, bien qu'elles dépendent du corps, ne laissent pas d'incommoder l'esprit, pour (à cause de) l'étroite liaison qui est entre eux. Or, en telles occasions, il faut toujours se ressouvenir de faire plusieurs actes de venu, avec la pointe de notre esprit et volonté supérieure ; car, encore que toute notre âme semble dormir et être accablée d'assoupissement et lassitude, néanmoins les actions de notre esprit ne laissent pas d'être fort agréables à Dieu. Et nous pouvons dire en ce temps-là, comme l'Epouse sacrée : « Je dors, mais mon cœur veille (i). » Et comme j'ai dit ci-dessus, s'il y a moins de goût à travailler de la sorte, il y a pourtant plus de mérite et de vertu (2). Mais le remède en cette occurrence c'est de revigourer le corps par quelque sorte de

(i) Ego donnio, ci cor meuin vigilai. Gant., v, a.

(2) Si les âmes chrétiennes ne l'oubliaient pas, elles feraient tourner à la plus grande gloire de Dieu et au progrès de leur vie spirituelle ces états pénibles, où la nature semble vouloir se refuser à tout ce qui est du service de Dieu; loin d"y trouver un prétexte de découragement, elles s'écrieraient comme le grand apôtre : Je me glorifierai en mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi. C'est toujours mal juger de Dieu, que de lui attribuer des exigences que n'aurait pas un tendre père, et. une grande foi en son infmie bonté l'honore plus que , toute la peur qu'on voudrait prendre de lui.

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léi^itimc allcgeinciil et récréation. Ainsi, saint François ordonnait à ses religieux qu'ils fussent tellement modérés en leurs travaux, qu'ils n'accablassent pas la ferveur de l'esprit.

Et à propos de ce glorieux Père, il fut une fois attaqué et agité d'une si profonde mélancolie d'esprit, qu'il ne pouvait s'empcchcr de le témoigner en son extérieur; car s'il voulait converser avec ses religieux, il ne pouvait; s'il s'en séparait, il était pis ; l'abstinence et macération de la chair l'accablaient, et l'oraison ne l'allégeait nullement. Il fut deux ans en cette sorte, tellement qu'il semblait être du tout abandonné de Dieu; mais enfin, après qu'il eut humblement souffert cette rude tempête, le Sauveur lui redonna en un moment une heureuse tranquillité. C'est pour dire que les plus grands serviteurs de Dieu sont sujets à ces secousses, et que les moindres ne doivent pas s'étonner s'il leur en arrive quelques-unes.

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