PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXIIl gS
seulement de tout ce qui pouvait enivrer , mais aussi des raisins et du verjus, non point que le raisin ou le verjus enivrent, mais parce qu'il y avait danger, en mangeant du verjus, d'exciter le désir de manger des raisins, et en mangeant des raisins, de provoquer Tappctit à boire du moût et du vin. Or je ne dis pas que nous ne puissions user de ces choses dangereuses ; mais je dis bien pourtant que nous lie pouvons jamais y mettre de l'affection, sans intéresser la dévotion. Les cerfs ayant pris trop de venaison s'écartent et retirent dans leurs buissons, connaissant que leur graisse les charge, en sorte qu'ils ne sont pas habiles à courir, si, d'aventure, ils étaient attaqués. Le cœur de l'homme, se chargeant de ces aflbctions inutiles, superflues et dangereuses, ne peut, sans aucun doute, promptement, aisément et facilement, courir après son Dieu, ce qui est le vrai point de la dévotion. Les petits enfants s'affectionnent et s'échauffent après les papillons; nul ne le trouve mauvais, parce qu'ils sont enfants ; mais n'est-ce pas une chose ridicule, et plutôt lamentable, de voir des hommes faits s'empresser et s'aftèctionner après des baga-, telles si indignes, comme sont les choses que j'ai' nommées, lesquelles, outre leur inutilité, nous mettent en péril de nous dérégler et désordonner à leur poursuite?
C'est pourquoi, ma chère Philothée, je vous dis qu'il se faut purger de ces affections -, et, bien que les actes ne soient pas toujours contraires à la dévotion, les affections au péché, néanmoins, lui sont toujours dommageables.