CHAPITRE P' De la nécessité de l'Oraison
Double effet de l'oraison. — Importance de l'oraison mentale. — La vie de Notre-Seigneur et sa passion doivent en être le sujet le plus habituel. — Avis pour bien dire les prières vocales. — Le chapelet, les litanies et les prières vocales sont une uiile manière de prier. — L'oraison mentale est plus salutaire à l'âme et plus agréable à Dieu. — L'oraison jaculatoire, les fréquentes élévations de l'esprjt et du cœur à Dieu sont auEsi très-ulilcs.
•ORAISON mettant notre entendement (notre 1 esprit) en la clarté et lumière divine, et/ exposant notre volonté à la chaleur de l'amour céleste, // n'y a rien qui débarrasse tant noire entendement de ses ii^norances et notre volonté
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de ses affections dépravées (1). C'est Teau de bénédiction qui, par son arrosement, fait reverdir et fleurir les plantes de nos bons désirs, lave nos âmes de nos imperfections, et désaltère nos cœurs de leurs passions.
2. Mais surtout je vous conseille la mentale et cordiale, et particîdièrement celle qui se fait autour delà vie et passion de Notre-Seigneur ; en le regardant souvent par la méditation, toute votre âme se remplira de lui, vous apprendrez ses contenances et formerez vos actions au modèle des siennes. Il est la lumière du monde ; c'est donc en lui, par lui et pour lui, que nous devons être éclairés et illuminés. C'est l'arbre du désir, à l'ombre
(i) On voit de suite que saint François de Sales ne fait pas de rOraison une pratique réservée aux âmes déjà avancées dans la vie spirituelle. C'est dès le moment même de la vraie conversion, et comme conséquence de la conversion, qu'il conseille ce pieux exercice. Pour le saint Docteur, l'Oraison est l'un des moyens les plus efficaces de dissiper les préjugés accumulés dans l'esprit par l'ignorance, et de détacher Fâme de tous les liens qui la retiennent loin de Dieu. L'expérience, toujours d'accord avec ce maître excellent de la vie intérieure, démontre en eflét que trop souvent les retours à Dieu les plus sincères échouent ou ne persévèrent que dans les termes d'une vie chrétienne mal comprise et encore remplie de grandes misères, faute de ces réflexions sérieuses, élevées et fréquentes, qui font vivre l'âme dans la véritable atmosphère de la foi. Du plus au moins, il faut dire la même chose pour les âmes déjà chrétiennes, mais qui manquent encore dans une foule de points aux enseignements de l'Evangile : elles ne commencent à sortir de l'ornière de la routine que lorsqu'on obtient d'elles l'habitude d'un peu de fréquente oraison. Quant aux âmes à qui Dieu révèle abondamment son esprit, elles n'ont plus à apprendre que l'oraison est, après la sainte communion, leur plus grande ressource pour faire des progrès dans l'union avec Dieu.