‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 13 sur 40 · DE L ESPRIT HUMAIN. — V*" EPOQUE. J · texte numérisé non relu

DE L ESPRIT HUMAIN. — V*" EPOQUE. J

fiance, sur- raiicienneté d'un livre, sur la difficullé de l'entendre ou de le liouver; une disposition à juger les ()j)inions, non en elles-mêmes, mais sur le nom de leurs auteurs; à croire d'après l'autorité, plutôt (jue d'apiès la raison; enfin, l'idée si fausse et si funeste de la décadence du genre humain, et de la supériorité des temps antiques. L'importance que les homuies attachent à ce qui fait l'objet de leurs occupations, à ce (|ui leur a coûté des effoils, est à la fois rex[)licalion et l'excuse de ces erreurs, que les érudits de tous les pays et de tous les temps ont plus ou moins partagées.

On peut reprocher aux érudits grecs et romains, et même à leurs savants et à leurs philosophes, d'avoir manqué absolument de cet esprit de doute, qui soumet à l'examen sévère de Fa ràîson , et Tes faits et leurs preuves. En parcourant, dans leurs écrits, l'histoire des événements ou des mœurs, celle - des productions et des phénomènes delà natuie, celle des produits et des procédés des arts, on s'élonne de les voir raconter avec tranquillité les absurdités les plus palpables , les prodiges les plus révoltants. Un on dil , on rapporte , placé au commencement de la phrase, leur parait suffire pour se mettre à l'abri du ridicule d'une crédulité puérile. C'est surtout au malheur d'ignorer encore l'art de l'imprimerie qu'on doit attribuer cette indifférence, qui a corrompu chez eux l'étude de l'histoire, et (jui s'est opposée à leurs progrès dans la connaissance de la nature. La certitude d'avoir rassemblé sur chaque fait toutes les autorités qui peuvent le

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confirmer ou le détruire; I.i facilité de comparer les divers témoignages, de s'éclairer par les discussions que fait naître leur différence; tous ces moyens de s'assurer de la vérité ne peuvent exister que lorsqu'il est possible d'avoir un grand nombre de livres, d'en multiplier indéfiniment les copies, de ne pas craindre de leur donner trop d'étendue.

Comment des relations de voyageurs, des descriptions, dont souvent il n'existait qu'une copie, qui n'étaient point soumises à la censure publique, auraient-elles pu acquérir cette autorité, dont la base première est l'avantage de n'avoir pas été contredites, et d'avoir pu l'être? Ainsi, l'on rapportait tout également, parce qu'il était difficile de choisir avec quelque certitude ce qui méritait d'être rapporté. D'ailleurs , nous ne sommes pas en droit de nous étonner de cette facilité à présenter avec une même confiance, d'après des autorités égales, et les faits les plus naturels et les faits les plus miraculeux. Cette erreur est encore enseignée dans nos écoles , comme un principe de philosophie, tandis qu'une incrédulité exagérée dans le sens contraire nous porte à rejeter sans examen tout ce qui nous paraît hors de la nature ; et la science qui peut seule nous apprendre à trouver, entre ces deux extrêmes, le point où la raison nous prescrit de nous arrêter, n'a commencé à exister que de nos jours.

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