‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 21 sur 40 · DE LKSPRIT HUMAIN. IX" ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DE LKSPRIT HUMAIN. IX" ÉPOQUE

des expériences; et l'application, enfin, du calcul aux phénomènes de la cristallisation, aux lois suivant les(juelles les éléments de certains corps affectent, en se réunissant, des formes réirulières et constantes. Les hommes, qui n'avaient su longtemps qu'exprimer, par des rêves superstitieux ou philosophiques, la formation duglohe, avant de chercher à le bien connaître, ont enfin senti la nécessité d'étudier avec une attention scrupuleuse, soit à la surface, soit dans cette partie de l'intérieur où leurs besoins les ont fait pénétrer, et les substances qui s'y trouvent, et leur distribution fortuite ou régulière, et la disposition des masses qu'elles y ont formées. Ils ont appris à y reconnaître les traces de l'action lente et longtemps j)rolongée de l'eau de la mer, des eaux terrestres, du feu; à distinguer la partie de la surface et de la cioûte extérieure du globe, où les inégalités, la disposition des substaiices qu'on y trouve, et souvent ces substances mêmes, sont l'ouvrage du feu , des eaux terrestres, des eaux de mer, d'avec cette autre portion du globe, formée en grande partie de substances hétérogènes, et portant des mar(jues de révolutions plus anciennes, dont les agents nous sont encore inconnus.

Les minéraux, les végétaux, les animaux, se divisent en plusieurs espèces, dont les individus ne diffèrent que par des variétés insensibles, peu constantes, ou produites par des causes purement locales : plusieurs de ces espèces se rapprochent par un nombre plus ou moins grand de qualités communes (jui servent à établir des divisions successives

et de plus en plus étendues. Les naturalistes ont appi'is à classer méthodiquement les individus, d'après des caractères déterminés, faciles à saisir, seul moyen de se reconnaître au milieu de cette innombrable multitude d'êtres divers. Ces méthodes sont une espèce de langue réelle, où chaque objet est désigné par quelques-unes de ses qualités les plus constantes, et au moyen de laquelle, en connaissant ces qualités, on peut retrouver le nom que porte un objet dans la langue de convention. Ces mêmes langues, lorsqu'elles sont bien faites, apprennent encore quelles sont, pour chaque classe d'êtres naturels, les qualités vraiment essentielles, dont la réunion emporte une ressemblance plus ou moins entière dans le reste de leurs propriétés.

Si l'on a vu quelquefois cet orgueil , qui grossit aux yeux des hommes les objets d'une étude exclusive et de connaissances péniblement acquises, attachera ces méthodes une importance exagérée, et prendre pour la science même ce qui n'était, en quelque sorte , que le dictionnaire et la grammaire de sa langue réelle; souvent aussi, par un excès contraire, une fausse philosophie a trop rabaissé ces mêmes méthodes, en les confondant avec des nomenclatures arbitraires, comme de futiles et laborieuses compilations.

L'analyse chimique des substances qu'offrent les trois grands règnes de la nature; la description de leur forme extérieure; l'exposition de leurs qualités physiques , de leurs propriétés usuelles ; l'histoire du développement des corps organisés, animaux ou

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piailles, de leur nulrilion et de leur reproduction; les détails de leur organisation; Tanalomie de leurs diverses parties, les fonctions de chacune d'elles; l'histoire des mœurs des animaux, de leur industrie pour se procurer de la nourriture, des abris, un logement; pour saisir leur proie ou se dérober à leurs ennemis; les sociétés de famille ou d'espèce qui se forment entre eux ; cette foule de vérités on l'on est conduit, en parcourant la chaîne immense des êtres; les rapports dont les anneaux successifs conduisent de la matière brute au plus faible degré d'organisation, de la matière organisée à celle qui donne les premiers indices de sensibilité et de mouvement spontané ; enfin, de celle-ci jusqu'à l'homme ; les rapports de tous ces êtres avec l'homme, soit relativement à ses besoins, soit dans les analogies (|ui le rapprochent d'eux, ou dans les différences ({ui l'en séparent : tel est le tableau que nous présente aujourd'hui l'histoire naturelle.

L'homme physique est lui-même l'objet d'une science à part; Canatomie, qui, dans son acception générale, renferme la physiologie, cette science qu'un respect superstitieux pour les morts avait letardée, a profité de l'affaiblissement général des préjugés, et y a heureusement opposé cet intérêt de leur propre conservation, qui lui a concilié le secours des hommes puissants. Ses progrès ont été tels, qu'elle semble en quelque sorte s'être épuisée, attendre des instruments plus parfaits, et des méthodes nouvelles; être pres(pie réduite à chercher, dans la comparaison entre les parties des animaux

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et celles de l'Iionime, entre les organes communs à différentes espèces, entre la manière dont s'exercent des fonctions send3lables, les vérités cjue l'observation directe de l'homme paraît aujourd'hui refuser. Presque tout ce que l'œil de l'observateur, aidé du microscope, a pu découvrir, est déjà dévoilé. L'anatomie paraît avoir besoin du secours des expériences, si utile au progrès des autres sciences, et la nature de son objet éloigne d'elle ce moyen maintenant nécessaire à son perfectionnement.

La circulation du sang était depuis longtemps connue; mais la disposition des vaisseaux qui portent le chyle destiné à se mêler avec lui pour en réparer les perles; mais l'existence d'un suc gastiique, qui dispose les aliments à cette décomposition nécessaire, pour en séparer la portion propre à s'assimiler avec les fluides vivants, avec la matière organisée; mais les changements qu'éprouvent les diverses parties, les divers organes, et dans l'espace qui sépare la conception de la naissance, et depuis cette époque, dans les différents âges de la vie; mais la distinction des parties douées de sensibilité, ou de cette irriîabilité , propriété découverte par Haller, et commune à presque tous les êtres organiques; voilà ce que la physiologie a su , dans celte époque brillante, découvrir, et appuyer sur des observations certaines; et tant de vérités importantes doivent obtenir grâce pour ces explications mécaniques, chimiques, organiques, qui, se succédant tour à tour, l'ont surchargée d'hypothèses funestes aiix progrès de la science, dangereuses quand

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leur aj)|)licalion s'est étendue juscju'à la iiiédecine.

Au tableau des sciences doit s'unir celui des arts qui, s'appuyant sur elles, ont pris une marche plus sûre, et ont brisé les chaînes où la routine les avait jusqu'alors retenus.

Nous montrerons l'influence que les progrès de la mécanicjue, ceux de l'astronomie, de l'optique et de l'art de mesurer le temps, ont exercée sur l'art de construire, de mouvoir, de diriger les vaisseaux. Nous exposerons comment l'accroissement du nombre des observateurs, l'habileté plus grande du navigateur, une exactitude plus rigoureuse dans les déterminations astronomiques des positions, et dans les méthodes topographiques, ont fait connaître enfin ce globe encore presque ignoré vers la fin du siècle dernier; combien les arts mécaniques proprement dits ont dû de perfectionnements à ceux de l'ait de construire les instruments , les machines, les métiers; et ceux-ci aux progrès de la mécanique rationnelle et de la pliysique ; ce que doivent ces mêmes arts à la science d'employer les moteurs déjà connus, avec moins de dépense et de perte, ou à l'invention de nouveaux moteurs.

On verra l'architectuie puiser dans la science de l'écjuihbre et dans la théoiie des fluides, les moyens de donner aux voûtes des formes plus commodes et moins dispendieuses, sans craindre d'altérer la solidité des constructions; d'opposer à l'effort des eaux une résistance plus sûrement calculée ; d'en diriger le cours; de les employer en canaux avec plus d'habileté et de succès.

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On verra les arts chimiques s'enrichir de procédés nouveaux; épurer, simplifier les anciennes méthodes; se déi)arrasser de tout ce que la routine y avait introduit de suhstances inutiles ou nuisibles, de pratiques vaines ou imparfaites; tandis qu'on trouvait, en même temps, les moyens de prévenir une partie des dangers, souvent terribles, auxquels les ouviiers y étaient exposés; et qu'ainsi, en procurant ^jÊM plus de jouissance, plus de richesses, ils ne les faisaient plus acheter par tant de sacrifices douloureux, et par tant de remords.

Cependant, la chimie, la botanique, l'histoire naturelle, lépandaient une lumière féconde sur les aits économiques, sur la culture des végétaux destinés à nos divers besoins; sur l'art de nourrir, de multipliei-, de conserver les animaux domestiques, d'en perfectionner les races, d'en améliorer les produits; sur celui de préparer, de conserver les productions de la terre, ou les denrées que nous fournissent les animaux.

La chirurgie et la pharmacie deviennent des arts presque nouveaux, dès l'instant où l'anatomie et la chimie viennent leur offrir des guides plus éclairés et plus sûrs.

La médecine, qui, dans la pratique, doit être considérée comme un art, se délivre du moins de ses fausses théories, de son jargon pédantesque, de sa routine meurtrière, de sa soumission servile à l'autorité des hommes, aux doctrines des facultés; elle apprend à ne plus croire qu'à l'expérience. Elle a multiplié ses moyens; elle sait mieux les combi-

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ner et les employer; et si, dans queKjues parties, ses progrès sont en quel(|ue sorte négatifs, s'ils se bornent à la deslruction de pratiques dangereuses, des préjugés nuisibles, les niétbodes nouvelles d'étudier la médecine cbimique et de combiner les observations, annoncent des progrès plus réels et plus étendus.

Nous cbercberons surtout à suivre cette marcbe du génie des sciences, qui tantôt descendant d'une théorie abstraite et profonde à des applications savantes et délicates; simplifiant ensuite ses moyens, les proportionnant aux besoins, finit par répandre ses bienfaits sur les pratiques les plus vulgaires; et tantôt réveillé par les besoins de cette même pratique, va chercher dans les spéculations les plus élevées, les ressources que des connaissances communes auraient refusées.

Nous ferons voii- que les déclamations contre l'inutilité des théories, même pour les arts les plus simples, n'ont jamais prouvé que l'ignorance des déclamateurs. Nous montrerons que ce n'est point à la profondeur de ces ihéoiies, mais au contiaiie à leur imperfection, qu'il faut attribuer l'inutilité ou les effets funestes de tant d'applications malheureuses.

Ces observations conduiront à cette vérité générale, que, dans tous les arts, les vérités de la théorie sont nécessairement modifiées dans la pratique; qu'il existe des inexactitudes réellement inévitables, dont il faut chercher à rendre l'effet insensible, sans se livrerai! chimérique espoir de les prévenir; (|u'un

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grand nombre de données relatives aux besoins, aux moyens, au temps, à la dépense, nécessairement négligées dans la tliéorie, doivent entrer dans le problème relatif à une pratique immédiate et réelle; et qu'enfin, en y intioduisant ces données avec une habileté qui est vraiment le génie de la pratique , on peut à la fois et franchir les limites étroites où les préjugés contre la théorie menacent de retenir les arts, et prévenir les erreurs dans lesquelles un usage maladroit de la théorie pourrait entraîner.

Les sciences, qui s'étaient divisées, n'ont pu s'étendre sans se rapprocher, sans qu'il se formât entre elles des points de contact.

L'exposition des progrès de chaque science suffirait pour montrer quelle a été dans plusieurs l'utilité de l'application immédiate du calcul; combien, dans presque toutes, il a pu être employé à donner aux expériences et aux observations une précision plus grande; ce qu'elles ont dû à la mécanique qui leur a donné des instruments plus parfaits et plus exacts; combien la découverte des microscopes et celle des instruments météorologiques ont contribué au perfectionnement de l'histoire naturelle; ce que cette science doit à la chimie, qui seule a pu la conduire à une connaissance plus approfondie des objets qu'elle considère; lui en dévoiler la nature la plus intime, les différences les plus essentielles, en lui en montrant la composition et les éléments; tandis que l'histoire naturelle offrait à la chimie tant de produits à sépaier et à recueillir, tant d'opérations à

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exécuter, tant de combinaisons formées par la nature, dont il fallait séparer les véritables éléments, et quelquefois découvrir ou même imiter le secret; enfin quels secours mutuels la physique et la chimie se sont prêtés, et combien l'analomie en a déjà reçu, ou de l'histoire naturelle, ou de ces sciences.

Mais on n'aurait encore exposé que la plus petite portion des avantages qu'on a reçus, qu'on peut attendre de celte application. Plusieurs géomètres ont donné des méthodes générales de trouver, d'après les observations, les lois emj)iriques des phénomènes, méthodes qui s'étendent à toutes les sciences, puisqu'elles peuvent également conduire à connaître, soit la loi des valeurs successives d'une même quantité pour une suite d'instants ou de positions, soit celle suivant laquelle se distribuent, ou diverses propriétés, ou diverses valeurs d'une quahté semblable, entre un nombre donné d'objets.

Déjà quelques applications ont prouvé qu'on peut employer avec succès la science des combmaisons, pour disposer les observations de manière à en pouvoir saisir avec plus de facilité les rapports, les résultats et l'ensemble.

Les applications du calcul des probabilités font présager combien elles peuvent concouiii" aux pingrès des autres sciences; ici, en déterminant la vraisemblance des faits extraordinaiies, et en apprenant à juger s'ils doivent être rejetés, ou si, au contraire, ils méritent d'être vérifiés; là, en calculant celle du retour constant de ces faits qui se présentent souvent dans la prali(]ue des arts, et (|ui ne sont point liés

par eux-mêmes à un ordre déjà regardé comme une loi générale : tel est, par exemple, en médecine, l'effet salutaire de certains remèdes, le succès de certains préservatifs. Ces applications nous montrent encore quelle est la probabilité qu'un ensemble de phénomènes résulte de l'intention d'un êlre intelligent, qu'il dépend d'autres phénomènes qui lui coexistent, ou l'ont précédé; et celle qu'il doive être attribué à cette cause nécessaire et inconnue que l'on nomme hasard; mot dont l'étude de ce calcul peut seule bien faire connaître le véritable sens.

Ces applications ont appris également à reconi naître les divers degrés de ceititude où nous pouvons i espérer d'atteindre ; la vraisemblance d'après laquelle nous pouvons adopter une opinion, en faire la base i àe nos raisonnements, sans blesser les droits de la raison et la règle de notre conduite; sans manquer à la prudence, ou sans offenser la justice. Elles montrent quels sont les avantages ou les inconvénients des diverses formes d'élection, des divers modes de décisions prises à la pluralité des voix; les différents degrés de probabilité qui en peuvent résulter; celui que l'intérêt public doit exiger suivant la nature de chaque question ; les moyens, soit de l'obtenir presque sûrement lorsque la décision n'est pas nécessaire, ou que les inconvénients de deux partis étant inégaux, l'un d'eux ne peut être légitime tant qu'il reste au-dessous de celte probabilité; soit d'être assuré d'avance d'obtenir souvent cette même probabilité, lorsqu'au contraire la décision est nécessaire,

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et que la plus faible vraisemblance suffit pour s'y conformer.

On peut meltre encore au nombre de ces applications l'examen de la probabilité des faits, pour celui qui ne peut appuyer son adhésion sur ses propres observations; probabilité qui résulte, ou de l'autorité des témoignages, ou de la liaison de ces faits avec d'autres immédiatement observés.

Combien les reclierches sur la durée delà vie des hommes, sur l'influence qu'exerce sur cette durée, la différence des sexes, des températures, du climat, des professions, des gouvernements, des habitudes de la vie; sur la mortalité qui résulte des diverses maladies; sur les changements que la population éprouve; sur l'étendue de l'action des diverses causes (jui produisent ces changements; sur la manière dont elle est distribuée dans chaque pays, suivant les âges, les sexes, les occupations; combien toutes ces recherches ne peuvent-elles pas être utiles à la connaissance physi(jue de l'homme, à la médecine, ; à l'économie publique î .^i'" It ^mîi^. ^^ tHCîvl^t* ^'

Combien l'économie publi([ue n'a-t-elle pas fait usage de ces mêmes calculs, pour les établissements des rentes viagères, des tontines, des caisses d'accumulation et de secours, des chambres d'assurance de toute espèce!

L'application du calcul n'est-elle pas encore nécessaire à cette partie de l'économie publique qui embrasse la théorie des mesures, celle des monnaies, des banques, des opérations de finances, enfin celle des impositions, de leur répartition établie par la

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loi, de leur dislribiilion réelle qui s'en écarle si souvent, de leurs effets sur toutes les parties du système social?

Combien de questions importantes, dans cette même science, n'ont pu être bien résolues qu'à l'aide des connaissances acquises sur l'histoire naturelle, sur l'agriculture, sur la pliysique végétale, sur les arts mécaniques ou chimiques!

En un mot, tel a été le progrès général des sciences, qu'il n'en est pour ainsi diie aucune qui puisse être embrassée tout entière dans ses principes, dans ses détails, sans être obligée d'emprunter le secours de toutes les autres.

En présentant ce tableau, et des véiilés nouvelles dont chaque science s'est enrichie, et de ce que chacune doit à l'application des théories ou des méthodes qui semblent appartenir plus paniculièrement à des connaissances d'un autre ordre, nous chercherons quelle est la nature et la limite des vé- • rites auxquelles l'observation, l'expérience, la méditation peuvent nous conduire dans chaque science; nous chercherons également en quoi, pour chacune d'elles, consiste précisément le talent de l'invention, cette première faculté de l'intelligence humaine, à laquelle on a donné le nom de génie; par quelles opérations l'esprit peut atteindre les découvertes qu'il poursuit, ou quelquefois être conduit à celles qu'il ne cherchait pas, qu'il n'avait pu même prévoir. Nous montrerons comment les méthodes qui nous mènent à des découvertes peuvent s'épuiser de manière que la science soit en quekjue sorte forcée de

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s'arrêter, si des niétliodes nouvelles ne vionnenl fournir un nouvel instrument au génie, ou lui faciliter l'usage 'de celles ({u'il ne peut plus employer sans y consommer hop de temps et de fatigues.

Si nous nous bornions à montrer les avantages qu'on a retirés des sciences dans leurs usages immédiats, ou dans leurs a[)plications aux arts, soit pour le bien-être des individus, soit pour la prospérité des nations , nous n'auiions fait connaître encore qu'une faible partie de leurs bienfaits.

Le plus important peut-êlie est d'avoir détruit les préjugés, et redressé en quelque sorte l'intelligence Immaine, forcée de se plier aux fausses directions que lui imprimaient les croyances absurdes transmises à l'enfance de chaque génération, avec les terreurs de la superstition et la crainte de la tyrannie.

Toutes les erreurs en politique, en morale, ont pour base des erreurs philosophiques, (pii ellesmêmes sont liées à des erreurs physiques. Il n'existe, ni un système religieux, ni une extravagance suinaturelle, qui ne soit fondée sur l'ignorance des lois de la nature. Les inventeurs, les défenseurs de ces absurdités, ne pouvaient prévoir le perfectionnement successif de l'esprit humain. Persuadés que les hommes savaient, de leur temps, tout ce qu'ils pouvaient jamais savoir, et croiraient toujours ce qu'ils croyaient alors, ils apj)uyaient avec confiance leurs rêveries sur les opinions générales de leur pays et de leur siècle.

Les progrès des connaissances pliysiques sont même d'autaiU plus funestes à ces erreurs, que sou-

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vent ils les détruisent sans paraître les attaquer, et en répandant sur ceux qui s'obstinent à les défendre le ridicule avilissant de l'ignorance.

En même temps l'habitude de raisonner juste sur les objets de ces sciences, les idées précises que donnent leurs méthodes, les moyens de reconnaître ou de prouver une vérité, doivent conduire naturellement à comparer le sentiment qui notis force d'adhérer à des opinions fondées sur ces motifs réels de crédibilité, et celui qui nous attache à nos préjugés d'habitude, ou qui nous force de céder i à l'autorité : et cette comparaison suffit pour apprendre à se défier de ces dernières opinions, pour faire sentir qu'on ne les croit réellement pas, lors même qu'on se vante de les croire, qu'on les professe avec la plus pure sincérité. Or ce secret, une fois découvert, rend leur destruction prompte et certaine.

Enfin , cette marche des sciences physiques que les passions et l'intérêt ne viennent pas troubler, où l'on ne croit pas que la naissance, la profession, les places donnent le droit de jugei' ce qu'on n'est pas en état d'entendre; cette marche plus sûre ne pouvait être observée sans que les honniies éclairés cherchassent dans les autres sciences à s'en rapprocher sans cesse ; elle leur- offrait à chaque pas le modèle qu'ils devaient suivre, d'après lequel ils pouvaient juger de leurs propres efforts , reconnaître les fausses routes où ils auraient pu s'engager, se préserver du pyrrhonisme comme de la crédulité et d'une aveugle défiance, d'une soumission trop en-

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tière même à l'aulorilé des lumières et de la lenonimée.

Sans doute, l'analyse mélapliysicjue conduisait aux mêmes résultais; mais elle n'eut donné (|ue des préceptes abstraits; et ici les mêmes principes abstraits , mis en action , étaient éclairés par Texemple , fortifiés par le succès.

Jusqu'à cette épo(|ue les sciences n'avaient été que le patrimoine de ((uelques hommes; déjà elles sont devenues conununes, et le moment approche où leurs éléments , leurs princij)es, leurs méthodes les plus simples deviendr*ont vraiment populaires. C'est alors que leur application aux arts, que leur influence sur la justesse générale des esprits, sera d'une utilité vraiment universelle.

Nous suivrons les progrès des nations européennes dans rinslruction , soit des enfanls , soit des hommes ; progrès faibles jusqu'ici, si l'on regarde seulement le système philosophique de cette instruction , qui, presque partout, est encoi'e livrée aux préjugés scolastiques ; mais très-rapides, si l'on considère l'étendue et la natur'e des objets de l'enseignement, qui, n'embrassant presque plus que des connaissances l'éelles , renferme les éléments de presque toutes les sciences, tandis que les hommes de tous les âges trouvent, dans les dictionnaires, dans les abrégés, dans les journaux, les lumières dont ils ont besoin , quoiqu'elles n'y soient pas toujours assez pures. Nous examinerons quelle a été l'utilité de joindi'c l'instruction orale des sciences , à celle qu'on reçoit immédiatement par les livres et par Vf. 15

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l'élude; s'il est résulté quelque avantage de ce que le travail des compilalions est devenu un véritable méliet, un moyen de subsistance, ce qui a multiplié le nombre des ouvrages médiocres, mais en multipliant aussi, pour les hommes peu instruits, les moyens d'acquérir des connaissances communes. Nous exposerons l'influence qu'ont exercée, sur les progrès de l'esprit humain, ces sociétés savantes, barrière qu'il sera encore longtemps utile d'opposer à la charlatanerie et au faux savoir; nous ferons, enfin , l'histoire des encouragements donnés par les gouvernements aux progrès de l'esprit humain, et des obstacles qu'ils y ont opposés souvent dans le même pays et à la même époque; nous ferons voir quels préjugés ou quels principes de machiavélisme, les ont dirigés dans cette opposition à la marche des esprits vers la vérité; quelles vues de politique intéressée ou même de bien public les ont guidés, quand ils ont paru au contraire vouloir l'accélérer et la proléger.

Le tableau des beaux-arts n'offre pas des résultats moins brillants. La musique est devenue, en quelque sorte , un art nouveau , en même temps que la science des combinaisons et l'application du calcul aux vibrations du corps sonore , et des oscillations de l'air, en ont éclairé la théorie. Les arts du dessin, qui déjà avaient passé d'Italie en Flandre, en Espagne, en Fiance, s'élevèrent, dans ce dernier pays, à ce même degré où l'Italie les avait portés dans l'époque précédente, et ils s'y sont soutenus avec plus d'éclat qu'en Italie même. L'art de nos peintres

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est celui des Raphaël et des Carraclies. Tous ces moyens, conservés dans les écoles, loin de se perdre, ont été plus répandus. Cependant, il s'est écoulé trop de temps sans pioduire de génie qui puisse leur être comparé, pour n'attribuer qu'au hasard cette longue stérilité. Ce n'est pas que les moyens de l'art aient été épuisés , quoique les grands succès y soient réellement devenus plus difficiles. Ce n'est pas que la nature nous ait refusé des organes aussi parfaits que ceux des Italiens du seizième siècle; c'est uniquement aux changements dans la politique, dans les mœurs, qu'il faut attribuer, non la décadence de l'art , mais la faiblesse de ses productions.

Les lettres cultivées en Italie avec moins de succès, mais sans y avoir dégénéré, ont fait, dans la langue française, des progrès qui lui ont mérité l'honneur de devenir, en quelque sorte, la langue universelle de l'Europe.

L'art tragique, entre les mains de Corneille, de Racine, de Voltaire, s'est élevé, par des progrès successifs, à une perfection jusqu'alors inconnue. L'art comique doit à Molière d'être ])arvenu plus promptement à une hauteur qu'aucune nation n'a pu encore atteindre.

En Angleterre, dès le commencement de celte époque , et dans un temps plus voisin de nous , en Allemagne, la langue s'est perfectionnée. L'art de la poésie, celui d'écrire en ))iose, ont été soumis, mais avec moins de docilité qu'en P'rance, à ces règles universelles de la raison et de la nature qui

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doivent les diriger. Elles sont également vraies pour toutes les langues , pour tous les peuples , bien que jusqu'ici un petit nombre seulement ait pu les connaître, et s'élever à ce goût juste et sûr, qui n'est que le sentiment de ces mêmes règles, qui présidait aux compositions de Sopbocle et de Virgile, comme à celles de Pope et de Voltaire, qui enseignait aux Grecs, aux Romains, comme aux Français, à être frappés des mêmes beautés et révoltés des mêmes défauts.

Nous ferons voir ce qui , dans cbaque nation , a favorisé ou retardé les progrès de ces arts ; par quelles causes les divers genres de poésie ou d'ouvrages en prose ont atteint, dans les différents pays, une perfection si inégale, et comment ces règles universelles peuvent, sans blesser même les principes qui en sont la base , être modifiées par les mœurs , par les opinions des peuples qui doivent jouir des productions de ces arts, et par la nature même des usages auxquels leurs différents genres sont destinés. Ainsi, par exeniple, la tragédie, récitée tous les jours devant un petit nombre de spectateurs dans une salle peu étendue, ne peut avoir les mêmes règles pratiques que la tragédie cbantée sur un tbéâtre immense, dans des fêtes solennelles où tout un peuple était invité. Nous essayerons de prouver que les règles du goût ont la même généralité , la même constance, mais sont susceptibles du même genre de modification que les autres lois de l'univers moral et physique, quand il faut les appliquer à la pratique immédiate d'un art usuel.

I)K LFSPIUT HUMAIN. IX*^ I.POQl)£. 17.C)

Nous montrerons comment l'impression, multij»Iiat)t, lépandant les ouvrages nième destinés à être publi(|uement lus ou récités , les transmet à un nombre de lecteurs incomparablement plus grand que celui des auditeurs; cormnent prescpie toutes les décisions importantes, prises dans des assemblées nombreuses , étant déterminées d'après Tinstruction que leurs membres reçoivent parla lecture, il a dû en résulter, entre les règles de l'art de persuader cliez les anciens et cbez les modernes, des différences analogues à celle de l'effet qu'il doit produire, et du moyen qu'il enq^loie; comment, enfin, dans les genres où, même chez les anciens , on se bornait à la lecture des ouvrages, comme l'histoire ou la philosophie , la facilité que donne l'invention de l'imprimerie de se livrer à plus de développements et de détails, a dû encore influer sur ces mêmes règles.

Les progrès de la philosophie et des sciences ont étendu, ont favorisé ceux des lettres, et celles-ci ont servi à rendre l'étude des sciences plus facile , et la philosophie plus populaire. Elles se sont prêté un mutuel appui, malgré les efforts de l'ignorance et de la sottise pour les désunii-, pour les rendre ennemies. L'érudition, que la soumission à l'autorité humaine, le respect pour les choses anciennes, semblait destiner à soutenir la cause des préjugés nuisibles; l'érudition a cependant aidé à les détruire, parce que les sciences et la philosophie lui ont prêté le flandjeau d'une criticpie plus saine. Elle savait déjà peser les autorités, les comparer

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entre elles; elle a fini par les soumettre elles-mêmes au tribunal de la raison. Elle avait rejeté les prodiges, les contes absurdes, les faits contraires à la vraisemblance; mais en attaquant les témoignages sur lesquels ils s'appuyaient, elle a su depuis les rejeter, malgré la force de ces témoignages , pour ne céder qu'à celle qui pourrait l'emporter sur l'invraisemblance pliysique ou morale des fjiits extraordinaires.

Ainsi, toutes les occupations intellectuelles des liommes, quelque différentes qu'elles soient par leur objet , leur métliode, ou par les qualités d'esprit qu'elles exigent, ont concouru aux progrès de la raison humaine. 11 en est, en effet, du système entier des travaux des hommes, comme d'un ouvrage bien fait, dont les parties, distinguées avec méthode, doivent être cependant étroitement liées, ne former qu'un seul tout, et tendre à un but unique.

En portant maintenant un regard général sur l'espèce humaine , nous montrerons que la découverte des vraies méthodes dans toutes les sciences , l'étendue des théories qu'elles renferment, leur applica- " tion à tous les objets de la nature, à tous les besoins des hommes, les lignes de communication qui se sont établies entre elles, le grand nombre de ceux qui les cultivent; enfin, la multiplication des imprimeries, suffisent pour nous répondre qu'aucune d'elles ne peut descendre désormais au-dessous du point où elle a été portée. Nous ferons observer que les principes de la philosophie, les maximes de la liberté, la connaissance des véritables droits de

DE l'iSPRIT humain. IX' KPOQllK. ^3 I

rhomme et de ses intérêts réels, sont répandus dans un trop grand nombre de nations, et dirigent dans chacune d'elles les opinions d'un trop grand nombre d'hommes éclairés, ])our qu'on puisse redouter de les voir jamais retomber dans l'oubli.

Et quelle crainte pourrait-on conserver encore, en vovant (jue les deux langues qui sont les plus répandues, sont aussi les langues des deux peuples qui jouissent de la liberté la plus entière; qui en ont le mieux connu les principes; en sorte que, ni aucune ligue de tvrans, ni aucune des combinaisons politiques possibles, ne peut empêcher de défendre hautement, dans ces deux langues, les droits de la raison, comme ceux de la liberté?

Mais, si tout nous répond que le genre humain ne doit plus retomber dans son ancienne barbarie; si tout doit nous rassurer contie ce système pusillanime et corrompu, qui le condamne à d'éternelles oscillations entre la vérité et l'erreur, la liberté et la servitude , nous voyons en même temps les lumières n'occuper encore qu'une faible partie du globe, et le nombre de ceux qui en ont de réelles disparaître devant la masse des hommes livrés aux préju- ■ gés et à l'ignorance. lSous vovons de vastes conirées gémissant dans l'esclavage, et n'offrant que des nations, ici dégradées par les vices d'une civilisation dont la coiTupliciU ralentit la maiche; là, végétant encore dans l'enfance de ses premières épocjues. Nous voyons que les travaux de ces derniers âges ont beaucoup fait pour le progrès de l'esprit humain , mais peu pour le peifectionncment de l'es-

pèce humaine; beaucoup pour la gloire de l'homme; quehpje chose pour sa liberté, presque rien encore pour son bonheur. Dans quelques points, nos yeux son! frappés d'une lumière éclatante; mais d'épaisses ténèbres couvrent encore un immense horizon. L'âme du philosophe se repose avec consolation sur un petit nombre d'objets; mais le speclacle de la stupidité, de l'esclavage, de l'extravagance, de la barbarie, l'afflige plus souvent encore; et l'ami de l'humanité ne peut goûter de plaisir sans mélange qu'en s'abandonnant aux douces espérances de l'avenir.

Tels sont les objets qui doivent enti'er dans un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Nous chercherons, en les présentant, à montrer surtout l'influence de ces progrès sur les opinions, ,|| sur le bien-être de la masse générale des diverses -nations, aux différentes époques de leur existence politique; à montrer quelles vérités elles ont connues; de quelles erreurs elles ont été détrompées; quelles habitudes vertueuses elles ont contractées; quel développement nouveau de leurs facultés a établi une proportion plus heureuse entre ces facultés et leurs besoins; et, sous un point de vue opposé, de quels préjugés elles ont été les esclaves; (juelles superstitions religieuses ou politiques s'y sont introduites; par (juels vices l'ignoiance ou le despotisme les ont corrompues; à quelles misères la violence ou leur propre dégradation les ont soumises. Jusqu'ici, riiistoire politique, comme celle de la philosophie et des sciences, n'a été que l'histoire de

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quelques hommes; ce qui forme vérilal)lement l'espèce humaine , la masse des familles qui subsistent presque en entier de leur travail a été oubliée; et même dans la classe de ceux qui, livrés à des i)rofessions publiques, agissent, non pour eux-mêmes, mais pour la société; dont l'occupation est d'instruire, de gouverner, de défendre, de soulager les autres hommes, les chefs seuls ont fixé les regards des historiens.

Pour l'histoire des individus, il suffit de recueillir les faits; mais celle d'une masse d'hommes ne peut s'appuyer (jue sur des observations; et, pour les choisii", pour en saisir les traits essentiels, il faut déjà des lumières, et presque autant de philosophie que pour les bien employer.

D'ailleurs, ces observations ont ici pour objet des choses communes, qui frappent tous les yeux, que chacun peut, quand il veut, connaître [)ar luimême. Aussi, pres(|ue toutes celles qui ont été recueillies sont dues à des voyageurs, ont été faites par des étrangers, parce que ces choses, si triviales dans le lieu où elles existent , deviennent pour eux un objet de cuiiosité. Or, malheureusement, ces voyageurs sont presque toujours des observateurs inexacts; ils voient les objets avec trop de rapidité, au travers des préjugés de leur pays, et souvent par les yeux des hommes de la contrée qu'ils parcourent. Ils consultent ceux avec qui le hasard les a liés; et c'est l'intérêt, l'esprit de parti, l'orgueil national ou l'humeur, qui dictent presque toujours la réponse.

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Ce n'est donc point seulement à la bassesse des historiens, comme on Fa reproché avec justice à ceux des monarchies, qu'il faut attribuer la disette des monuments d'apiès lesquels on peut tracer cette partie la plus importante de l'histoire des hommes.

On ne peut y suppléer qu'imparfaitement par la connaissance des lois, des principes pratiques de gouvernement et d'économie publique, ou par celle des religions, des préjugés généraux.

En effet, la loi écrite et la loi exécutée; les principes de ceux qui gouvernent, et la manière dont leur action est modifiée par l'esprit de ceux qui sont gouvernés ; l'institution telle qu'elle émane des hommes qui la forment, et l'institution réalisée; la religion des livres et celle du peuple; l'universalité apparente d'un préjugé, et l'adhésion réelle qu'il * obtient, peuvent différer tellement, que les effets cessent absolument de répondre à ces causes publiques et connues. 4|

C'est à celte partie de l'histoire de l'espèce humaine, la plus obscure, la plus négligée, et pour laquelle les monuments nous offrent si peu de matériaux, qu'on doit surtout s'attacher dans ce tableau ; et, soit qu'on y rende compte d'une découverte, d'une théorie importante, d'un nouveau système de lois, d'une révolution politique, on s'occupera de déterminer quels effets ont du en résulter pour la portion la plus nombreuse de chaque société; car c'est là le véritable objet de la philosophie, puisque tous les effets intermédiaires de ces mêmes causes ne peuvent être regardés que comme des moyens d'agir

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enfin sur celle portion qui conslilue vraiment la niasse du genre humain.

C'est en parvenant à ce dernier degré de la chaîne, que l'observation des événements passés, comme les connaissances acquises par la méditation, deviennent véritablement utiles. C'est en arrivant à ce terme, que les hommes peuvent apprécier leurs titres réels à la gloire, ou jouir, avec un plaisir certain, des progrès de leur raison; c'est là seulement qu'on peut juger du véritable perfectionnement de l'espèce humaine.

Cette idée, de tout rapporter à ce dernier point , est dictée par la justice et par la raison; mais on serait tenté de la regarder comme chimérique; cependant, elle ne l'est pas : il doit nous suffire ici de le prouver par deux exemples fraj)pants.

La possession des objets de consommation les plus communs, qui satisfont avec quelque abondance aux besoins de l'homme dont les mains fertilisent notre sol, est due aux longs efforts d'une industrie secondée par la lumière des sciences; et dès lors celle possession s'attache, par Thisloire, au gain de la balaille de Salamine, sans letjuel les ténèbres du despotisme oriental menaçaient d'envelo[)per la terre entière. Le matelot, qu'une exacte observation de la longitude préserve du naufrage, doit la vie à une théorie qui , par une chaîne de vérités, remonte à des découvertes faites dans l'école de Platon, et ensevelies pendant vingt siècles dans une entière inutilité.

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