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ils la combat taieiil encore, lorsque c'était leur patrie niéiiie qui s'en rendait coupable envers d'autres peuples; ils s'élevaient en Europe contre les crimes dont l'avidité souille les rivages de l'Amérique, de l'Afrique ou de l'Asie. Les [>hilosoplies de l'Angleterre et de la France s'honoraient de prendre le nom, de remplir les devoirs Garnis de ces mêmes noirs, que leurs slupides tyrans dédaignaient de compter au nombre des hommes. Les éloges des écrivains français étaient le prix de la tolérance accordée en Russie et en Suède , tandis que Beccaria réfutait en Italie les maximes barbares de la jurisprudence française.
On cherchait en France à guérir l'Angleterre de ses préjugés commerciaux, de son respect superstitieux pour les vices de sa constitution et de ses lois, tandis que le respectable Howard dénonçait aux Français la barbare insouciance qui, dans leurs cachots et leurs hôpitaux, immolait tant de victimes humaines.
Les violences ou la séduction des gouvernements, l'intolérance des prêtres, les préjugés nationaux eux-mêmes , avaient peidu le funeste pouvoir d'étouffer la voix de la vérité , et rien ne pouvait soustraire ni les ennemis de la raison, ni les oppresseurs de la liberté, à un jugement qui devenait bientôt celui de l'Europe entière.
Enfin, on y vit se développer une doctrine nouvelle, qui devait porter le dernier coup à l'édifice déjà chancelant des préjugés : c'est celle de la perfectibilité indéfinie de l'espèce humaine, doctrine
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/ dont Tiirgol , Piice et Priestley ont été les premiers I et les plus illustres apôtres ; elle appartient à la dixième époque, où nous la développerons avec étendue. Mais nous devons exposer ici l'origine et les progrès d'une fausse philosophie, contie laquelle l'appui de cette doctrine est devenu si nécessaire ( au triomphe de la raison.
Née, dans les uns, de l'orgueil, dans les autres, del'inléiét, ayant pour but secret de perpétuer l'ignorance, et de prolonge?' le règne des erieurs, on en a vu les nombreux sectateurs, tantôt corrompre la raison par de brillants paradoxes , ou la séduire parla paresse commode d'un pyrrhonisme absolu; tantôt mépriser assez l'espèce himiaine pour annoncerquele progrès des lumières serait inutile ou dangereux à son bonheur comme à sa liberté; tantôt, enfin, l'égarer par le faux enthousiasme d'une grandeur ou d'une sagesse imaginaires, qui dispensent la vertu d'être éclairée, et le bon sens de s'appuyer sur des connaissances réelles; ici, parler de la philosophie et des sciences profondes comme de théories trop supérieures à un être borné, entouré de besoins, et soumis à des devoiis journaliers et pénibles; ailleurs, les dédaigner comme un ramas de spéculations incertaines, exagérées, (jui doivent disparaître devant l'expérience des affaires et rhai)ileté d'un homme d'Etat. Sans cesse on les entendait se plaindre de la décadence des lumières au milieu de leurs progrès; gémir sur la dégradation de l'espèce humaine, à mesure que les hommes se ressouvenaient de leurs dioits, se servaient de leur rai-
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son; annoncer même l'époque prochaine d'une de ces oscillations qui doivent la ramener à la barbarie, à l'ignorance, à l'esclavage, au moment où tout se réunissait pour prouver qu'elle n'avait plus à les redouter. Ils semblaient humiliés de son perfectionnement, j)arce qu'ils ne partageaient point la gloire d'v avoir contribué , ou effrayés de ses progrès , qui leur annonçaient la chute de leur importance ou de leur pouvoir. Cependant, plu-] habiles que ceux qui, d'une main maladroite, s'efforçaient d'étaver l'édifice des superstitions antic|ues, dont la philosophie avait sapé les fondements, quelques charlatans tentèrent d'en employer les ruines à l'établissement d'un système religieux, où l'on n'exigerait de la raison, rétablie dans ses droits, qu'une demi-soumission; où elle resterait presque libre dans sa crovance, pourvu qu'elle consentît à croire quelque chose d'incompréhensible : tandis que d'autres essayaient de ressusciter, dans des associations secrètes, les mystères oubliés de l'ancienne théurgie; et, laissant au peuple ses vieilles erreurs, enchaînant leurs disciples par des superstitions nouvelles, ils osaient espérer de rétablir, en faveur de quelques adeptes, l'ancienne tyrannie des rois-pontifes de l'Inde et de l'Egypte. Mais la philosophie, appuyée sur cette base inébranlable que les sciences lui avaient préparée, leur opposait une barrière contre laquelle leurs impuissants efforts devaient bientôt se briser.
En comparant la disposition des esprits, dont j'ai ci-dessus tracé l'esquisse, avec ce système politique des gouvernements, on pouvait aisément prévoir
DK l'kSIMUT humain. IX*" ÉPOQLE. IQ"
fjirune graiule révolution rlail infaillible ; et il n'était pas diflicile de juger qu'elle ne pouvait être amenée que de deux manières : il fallait ou que le peuple établît lui-même ces principes de la raison et de la nature, que la philosophie avait su lui rendre chers; ou que les gouvernements se hâtassent de le prévenir, et réglassent leur marche sur celle de ses opinions. L'une de ces révolutions devait être plus entière et plus prompte, mais plus orageuse; l'autre plus lente, plus incomj)lète, mais plus tranquille : dans l'une, on devait achetei- la liberté et le bonheur par des maux passagers; dans l'autre, on évitait ces maux, mais en retardant pour longtemps, peut-être, la jouissance d'une partie des biens que cependant elle devait infailliblement produire.
La corruption et l'ignorance des gouvernements ont préféré le premier moyen ; et le trionqihe rapide de la raison et de la liberté a vengé le génie humain.
Le simple bon sens avait appris aux habitants des colonies britanniques, que des Anglais , nés au delà de l'Océan Atlantique, avaient reçu de la natuie précisément les mêmes droits que d'autres Anglais nés sous le méridien de Greenwich , et (ju'une différence de soixante-dix degrés de longitude n'avait pu changer ces droits. Ils connaissaient, peut-être mieux que les Européens, quels étaient ces droits communs à tous les individus de l'espèce humaine; et ils y comprenaient celui de ne payer aucune taxe sans y avoir consenti. Mais le gouvernement brilau-
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nicjue faisait semblant de croire que Dieu avait créé l'Amérique comme TAsie, pour le plaisir des habitants de Londres, et voulait, en effet, tenir entre ses mains, au delà des mers, une nation sujette, dont il se servirait, quand il en serait temps, pour opprimer l'Angleterre européenne. Il ordonna aux dociles représentants du peuple anglais de violer les droits de l'Amérique, et de la soumettre à des taxes involontaires. L'Amérique prononça que l'injustice avait biisé ses liens, et déclara son indépendance.
On vit alors, pour la première fois, un grand peuple délivié de toutes ses chaînes, se donner paisiblement à lui-même la constitution et les lois qu'il croyait les plus propres à faire son bonheur; et comme sa position géogiaphique, son ancien étal politique, l'obligeaient à former une république fédérative, on vit se préparer à la fois, dans son sein, treize constitutions républicaines, ayant pour base une reconnaissance solennelle des droits naturels de l'homme, et, pour premier objet, la conservation de ces droits. INous tracerons le tableau de ces constitutions; nous montrerons ce qu'elles doivent aux progrès des sciences politiques, et ce que les préjugés de l'éducation ont pu y mêler des anciennes erreurs : pourquoi, par exemple, le système de l'équilibre des pouvoirs en altère encore la simplicité; pounjuoi elles ont eu pour principe l'identité des intérêts , plus encore que l'égalité des droits. Nous prouverons, non-seulement combien ce principe de i'idenlité des intérêts, si on en fait la règle des droits
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poIiti(jiies, en est une violation à l'égaicl de ceux auxquels on se permet de ne pas en laisser l'entier exercice, mais que celte identité cesse d'exisler, précisément dans l'instant même où elle devient une véritable inégalité. Nous insisterons sur cet objet, parce que cette erreur est la seule qui soit encore dangereuse, parce qu'elle est la seule dont les hommes vraiment éclairés ne soient pas encore désabusés. INous montrerons comment les républiques américaines ont réalisé cette idée, alors presque nouvelle en théorie, de la nécessité d'établir et de régler, par la loi, un mode régulier et paisible pour réformer les constitutions elles-mêmes, et de séparer ce pouvoir de celui de faire des lois.
Mais dans la guerre qui s'élevait entre deux peuples éclairés, dont l'un défendait les droits naturels de l'humanité, dont l'autre leur opposait la doctrine impie qui soumet ces droits à la prescription, aux intérêts politiques, aux conventions écrites; cette grande cause fut plaidée au tribunal de l'opinion, en présence de l'Europe entière; les droits des hommes furent hautement soutenus et développés sans restriction, sans réserve, dans des écrits qui ciiculaient avec liberté des bords de la Neva à ceux du Guadalcjuivir. Ces discussions pénétrèrent dans les contrées les plus asservies, dans les bourgades les plus reculées, et les hommes qui les habitaient furent étonnés d'entendre (pi'ils avaient des droits; ils apprirent à les connaître; ils surent que d'autres hommes osaient les reconquéiir ou les défendre. ^iè
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La révolulion américaine devait donc s'étendre bientôt en Europe; et s'il y existait un peuple où l'intérêt pour la cause des Américains eût répandu plus qu'ailleurs leurs écrits et leurs principes, qui fût à la fois le pays le plus éclairé et un des moins libres; celui où les philosophes avaient le plus de véritables lumières, et le gouvernement une ignorance plus insolente et plus profonde; un peuple où les lois fussent assez au-dessous de l'esprit public , pour qu'aucun orgueil national, aucun préjugé, ne l'attachât à ses institutions antiques; ce peuple n'était-il point destiné, par la nature même des choses, à donner le premier mouvement à cette révolution, que les amis de l'humanité attendaient avec tant d'espoir et d'impatience? Elle devait donc commencer par la France.
La maladresse de son gouvernement a précipité xîelte révolulion ; la philosophie en a dirigé les principes, la force populaire a détruit les obstacles qui pouvaient arrêter les mouvements.
, Elle a été plus entière que celle de l'Amérique, et par conséquent moins paisible dans l'intérieur, parce que les Américains, contents des lois civiles et criminelles qu'ils avaient reçues de l'Angleterre; n'ayant pointa réformer un système vicieux d'impositions; n'ayant à détruire ni tyrannies féodales, ni distinctions héréditaires, ni corporations privilégiées, riches ou puissantes, ni un système d'intolérance relisfieuse , se bornèrent à établir de nouveaux pouvoirs, aies substituer à ceux que la nation britani' nique avait jusqu'alors exercés sur eux. Rien, dans
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ces innovations, n'atteignait la masse du peuple; lien ne changeait les relations qui s'étaient formées entre les individus. En France, par la laison contraire, la révolution devait embrasser l'économie tout entière de la société, changer toutes les relations sociales, et pénétrer jusqu'aux derniers anneaux de la chaîne politique; jusqu'aux individus qui , vivant en paix de leurs biens ou de leur industrie, ne tiennent aux mouvements publics ni par leurs opinions , ni par leurs occupations, ni par des intérêts de fortune, d'ambition ou de gloire.
Les Américains, qui paraissaient ne combatlie cpie contre les préjugés tyranniques de la mère patrie, eurent pour alliés les puissances rivales de l'Angleterre; tandis que les autres, jalouses de ses lichesses et de son orgueil, hâtaient, par des vœux secrets, le triomphe de la justice: ainsi, l'Kurope entière parut réunie contre les oppresseurs. Les Français, au contraire, ont attaqué en même temps et le des-' polisme des rois, et l'inégalité politique des constitutions à demi libres, et l'orgueil des nobles, et la domination, l'intolérance, les richesses des prêtres, et les abus de la féodalité, qui couvrent encoie l'Europe presque entière; et les puissances de l'Europe ont dû se liguer en faveur de la tyrannie. Ainsi , la Fiance n'a pu voir s'élever en sa faveur que la voix de quelques sages, et le vœu timiJe des peuples opprimés, secours que la calomnie devait encore s'efforcer de lui ravir.
Nous montrerons pourquoi les princi])es sur lesquels la constitution et les lois de la Fiance ont été
loi TABLKAL DES PROGRES
combinées, sont plus purs, plus précis, plus profonds, que ceux qui ont dirigé les Américains; pourquoi ils ont échappé bien plus complètement à l'influence de toutes les espèces de préjugés; comment l'égalité des droits n'y a, nulle part, été remplacée par cette identité d'intérêt, qui n'en est que le faible et hypocrite supplément; comment on y a substitué les limites des pouvoirs, à ce vain équilibre si longtemps admiré; comment, dans une grande nation, nécessaiiement dispersée et partagée en un grand nombre d'assemblées isolées et partielles, on a osé, pour la première fois, conserver au peuple son droit de souveraineté, celui de n'obéir qu'à des lois dont le mode de formation, si elle est confiée à des représentants, ait été légitimé par son approbation immédiate; dont, si elles blessent ses droits ou ses intérêts, il puisse toujours obtenir la réforme, par un acte régulier de sa volonté souveraine.
Depuis le moment oi'i le génie de Descartes imprima aux esprits celte impulsion générale, piemier principe d'une révolution dans les destinées de l'espèce humaine, jusqu'à l'époque heureuse de l'entière et pure liberté sociale, où l'homme n'a pu remplacer son indépendance naturelle, qu'après avoir passé par une longue suite de siècles d'esclavage et de malheur, le tableau du progrès des sciences mathématiques et physiques nous présente un horizon immense, dont il faut distribuer et ordonner les diverses parties, si l'on veut en bien saisir l'ensemble , en bien observer les rapports.
Non-seulement l'application de l'algèbre à lagéo-
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inétiie devint une source féconde de dt'couverles dans ces deux sciences, mais en piouvant, par ce rand exemple, conunent les méthodes du calcul des grandeurs en généial pouvaient s'étendre à toutes les (juestions qui avaient pour objet la mesure de l'étendue, Descaites annonçait d'avance quelles seraient enq)loyées, avec un succès égal, à tous les objets dont les rapports sont suscej)tibles d'être évalués avec précision ; et cette grande découverte, en montrant pour la piemière fois ce dernier but des sciences, dassujettir toutes les vérités à la rigueur du calcul, doiuiait l'espérance d'y atteindie, et en faisait entrevoir les moyens.
Bientôt à cette découverte succéda celle d'un calcul nouveau, qui enseigne à trouver les raj)ports des accioissements ou des décroissements successifs d'une ([uantité variable, ou à retiouver la (juantite elle-même, d'après la connaissance de ce rapport; soit que l'on suppose à ces accroissements une grandeur finie, soit qu'on n'en cherche le rappoit que pour l'instant où ils s'évanouissent; méthode qui, s'élendant à toutes les combinaisons de grandeurs variables, à toutes les hypothèses de leurs variations, conduit également a déterminer, pour toutes les choses dont les changements sont susceptibles d'une mesuie précise, soit les rapports de leurs éléments, soit les rapports des choses, d'après la connaissance de ceux cpj'elles ont entre elles-mêmes, lorsque ceux de leurs éléments sont seulement connus.
On doit à Newton et à Leibnitz l'invention de ces calculs, dont les travaux des géomètres de la gêné-
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ration piëcédente avaient préparé la découverte. Leurs progrès, non interrompus depuis plus d'un siècle, ont été l'ouvrage et ont fait la gloire de plusieurs hommes de génie, et ils présentent, aux yeux du philosophe qui peut les observer, même sans les suivre, un monument imposant des forces de l'inlelligence humaine. ,
En exposant la formation et les principes de la langue de l'algèbre, la seule vraiment exacte, vraiment analytique, qui existe encore; la nature des procédés techniques de cette science; la comparaison de ces procédés avec les opérations naturelles de l'entendement humain; nous montrerons que si cette méthode n'est par elle-même qu'un instrument particulier à la science des quantités, elle renferme les principes d'un instrument universel, applicables à toutes les combinaisons d'idées.
La mécanique rationnelle devient bientôt une science vaste et profonde. Les véritables lois du choc des corps, sur lesquelles Descartes s'était tiompé, sont enfin connues.
Huyghens découvre celles du mouvement d'un corps dans le cercle; il donne en même temps la méthode de déterminer à quel cercle chaque élément d'une courbe quelconque doit appartenir. En réunissant ces deux théories, Newton trouva la théoiie du mouvement curviligne; il l'applique à ces lois, suivant lesquelles Kepler a découvert que les planètes parcouraient leurs orbites elliptiques.
Une planète, qu'on suppose lancée dans l'espace en un instant donné, avec une vitesse et suivant
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xinc. direction déterminée, parcourt, aulour du so- It'il, une ellipse, en veilu d'une force dirigée vers cet astre, et proportionnelle à la raison inverse du carré des dislances. La même force retient les satellites dans leurs orbites , autour de la planète principale. Elle s'étend à tout le système des corps célestes; elle est réciproque entre tous les éléments qui les composent.
La régulaiité des ellipses planétaires en est troublée, et le calcul expli(|ue, avec précision, jusqu'aux nuances les plus légères de ces pertuibations. Elle agit sur les comètes, dont la même tbéorie enseigne à déterminer les orbites, à prédire le retour. Les mouvements observés dans les axes de rotation de la terre et de la lune, attestent encore l'existence de cette force universelle. Elle est enfin la cause de la pesanteur des corps terrestres, dans lesquels elle parait constante, parce que nous ne pouvons les observer à des distances assez différentes entre elles du centre d'action.
Ainsi, riiomme a connu enfin, pour la première fois, une des lois physiques de l'univers; et elle est unique encore jusqu'ici, comme la gloire de celui qui l'a révélée.
Cent ans de travaux ont confirmé cette loi, à laquelle tous les phénomènes célestes ont paru soumis avec une exactitude pour ainsi dire miraculeuse ; toutes les fois qu'un d'eux a paru s'y soustraire, celte incertitude passagère est devenue bientôt le sujet d'un nouveau triomphe.
La philosophie est presque toujours forcée de
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chercher, dans les ouviag;es d'un homme de génie, le fd secret (|ui l'a dirigé; mais ici, l'intérêt, inspiré par l'admiration , a fait découvrir et conserver des anecdotes précieuses, qui permettent de suivre pas à pas la marche de Newton. Elles nous serviront à montrer comment les heureuses combinaisons du hasard concouren!, avec les efforts du génie, à une grande découveite; et comment des combinaisons moins favorables auraient pu les relarder, ou . les réserver à d'autres mains.
Mais Newton fit plus, peut-être, pour les progrès de l'esprit humain, que de découvrir cette loi générale de la nature; il apprit aux hommes à n'admettre, dans la physique, que des théories précises' et calculées, qui rendissent raison non-seulement de l'existence d'un phénomène, mais de sa quantité, de son étendue. Cependant, on l'accusa de renouveler les qualités occultes des anciens, parce qu'il s'était borné à renfermer la cause générale des phénomènes célestes dans un fait simple, dont l'observation prouvait l'incontestable réahté. Et cette accusation même prouve combien les méthodes des sciences avaient encore besoin d'être éclairées par la philosophie.
Une foule de problèmes de stati(|ue, de dynamique, avaient été successivement proposés et résolus, lorsque D'Alembert découvre un principe général, qui suffit seul pour déterminer le mouvement d'un nombre quelconque de points, animés de forces quelconques, et liés entre eux par des conditions. Bientôt il étend ce même principe aux corps finis
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d'une figure déterminée; h ceux qui, élaslitiues ou llexibles, peuvent cliani^ei' de figuie , mais d'après certaines lois, et en conservant certaines relations entie leurs paities; enfin, aux fluides eux-mêmes, soit qu'ils conservent la même densité, soit qu'ils se trouvent dans l'état d'expansibililé. Un nouveau calcul était nécessaire pour résoudre ces dernières (|uestions; il ne peut écliappei" à son génie; et la mécanique n'est plus qu'une science de pur calcul.
Ces découvertes appartiennent aux sciences mathématiques; mais la nature, soit de cette loi de la gravitation universelle, soit de ces principes de mécatiique, les conséquences qu'on peut en tirer pour Tordre éternel de l'univers, sont du ressort de la philosophie. On apprit que tous les corps sont assujettis à des lois nécessaires qui tendent par ellesijiiêmes à produire ou ii maintenir l'équilibre, à faire naître ou à conserver la régularité dans les mouvements.
La connaissance de celles qui président aux phénomènes célestes, les découvertes de l'analyse mathématique, qui conduisent à des méthodes plus précises d'en calculer les apparences; cette perfection, dont on n'avait pas même conçu l'espérance, à laquelle sont portés et les instruments d'optique, et ceux où l'exactitude des divisions devient !a mesure de celle des observations; la précision des machines destinées à mesurer le temps; le goût plus général pour les sciences, qui s'unit à l'intérêt des gouvernements pour multiplier les astronomes et les observatoires; toutes ces causes réunies assurent
les progrès de rastronomie. Le ciel s'enrichit pour l'homme de nouveaux astres, et il sait en déterminer et en prévoir, avec exactitude, et la position, et les mouvements.
La physique, se délivrant peu à peu des explications vagues introduites par Descartes, comme elle s'était débarrassée des absurdités scolastiques, n'est plus que l'art d'interroger la nature par des expériences, pour chercher à en déduire ensuite, par le calcul , des faits plus généraux.
La pesanteur de l'air est connue et mesurée; on découvre que la transmission de la lumière n'est pas instantanée, on en détermine la \itesse; on calcule les effets qui doivent en lésulter pour la position apparente des corps célestes; le rayon solaire est décomposé en rayons plus simples, différemment réfrangibies et diversement colorés. L'arc-en-ciel est expliqué , et les moyens de produire ou de faire disparaître ses couleurs, sont soumis au calcul. L'électricité, qui n'était connue que par la propriété de certaines substances, d'attirer les corps légers, après avoir été frottées, devient un des phénomènes généraux de l'univers. La cause de la foudre n'est plus un secret; et Franklin a dévoilé aux hommes l'art de la détourner et de la diriger à leur gré. Des instruments nouveaux sont employés à mesurer les variations du poids de l'atmosphère, celles de l'humidité de l'air et les degrés de température des corps. Une science nouvelle, sous le nom de météorologie, apprend à connaître, quelquefois à prévoir, les phénomènes de l'atmosphère, dont elle nous
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fera découvrir un joui- les lois encore inconnues.
En présentant le tableau de ces découvertes, nous montrerons comment les méthodes qui ont conduit les physiciens dans leurs recherches, se sont épurées et perfectionnées; comment l'art de faire les expériences, de construire les instruments, a successivement acquis plus de précision; de manière que la physique, non-seulement s'est enrichie chaque jour de vérités nouvelles, mais que les vérités déjà prouvées ont acquis une exactitude plus grande; que non-seulement une foule de faits inconnus ont été observés, analysés, mais que tous ont été soumis, dans leurs détails, à des mesures plus rigoureuses.
La physique n'avait eu à combattre (|ue les piejugés de la scolastique, et l'attrait, si séduisant pour la paresse, des hypothèses générales. D'autres obstacles retardaient les progrès de la chimie. On avait imaginé cju'elle devait donner le secret de faire de l'or, et celui de rendre immortel.
Les grands intérêts rendent l'homme superstitieux. On ne crut pas que de telles promesses, qui caressaient les deux plus fortes passions des âmes vulgaires, et allumaient encore celle de la gloire, pussent être remplies par des moyens ordinaires; et tout ce que la crédulité en délire avait jamais inventé d'extravagances semblait s'être réuni dans la tête des chimistes.
Mais ces chimères cédèrent peu à peu à la philosophie mécanique de Descartes, qui, rejetée elle-même, fil place à une chimie vraiment expérimentale. L'observation des phénomènes qui accompagnaient les VL 14
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compositions et les décompositions réciproques des corps; la recherche des lois de ces opérations; l'analyse des substances en éléments déplus en plus simples , acquirent une précision, une rigueur toujours croissante.
Mais il faut ajouter à ces progrès de la chimie quelques-uns de ces perfectionnements qui, embrassant le système entier d'une science, et consistant encore plus à en étendre les méthodes qu'à augmenter le nombre des vérités qui en forment l'ensemble, présagent et préparent une heureuse révolution. Telle a été la découverte des nouveaux moyens de retenir, de soumettre aux expériences, les fluides expansibles (|ui s'y étaient jusqu'alors dérobés; découverte qui, permettant d'agir sur une classe entière d'êtres nouveaux, et sur ceux déjà connus, réduits à un état où ils échappaient à nos recherches, et ajoutant un élément de plus à presque toutes les combinaisons, a changé, pour ainsi dire, le système entier de la chimie. Telle a été la formation d'une langue où les noms qui désignent les substances expriment, soit les rapports ou les différences de celles qui ont un élément commun, soit la classe à laquelle elles appartiennent. Tels ont été encore et l'usage d'une écriture scientifique, où ces substances sont représentées par des caractères analytiquement combinés, et qui peut même exprimer les opérations les plus communes ; et les lois générales des affinités; et l'emploi de tous les moyens, de tous les instruments, qui servent dans la physique à calculer, avec une rigoureuse précision, le résultat