‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 5 sur 40 · DE LKSPRIT HUMAIN. -- II" ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DE LKSPRIT HUMAIN. -- II" ÉPOQUE

lorsque les inslrumenls aratoires eurent acquis quelque perfection; i'agiicuiture , au milieu de ces progrès, devint la source d'une subsistance plus abondante, l'occupation première des peuples; et le genre humain atteignit sa troisième époque.

Quelques peuples sont restés, depuis un temps immémorial, dans un des deux états que nous venons de parcourir. Non-seulenient , ils ne se sont pas élevés d'eux-mêmes à de nouveaux progrès , mais les relations qu'ils ont eues avec les peuples parvenus à un Irès-haut degré de civilisation , le commerce qu'ils ont ouvert avec eux , n'y ont [)U produire cette révolution. Ces relations, ce commerce leur ont donné quelques connaissances, quelque industrie, et surtout beaucoup de vices, mais n'ont pu les tirer de celte espèce d'immobilité.

Le climat, les habitudes, les douceurs attachées à cette indépendance presque entière, qui ne peut se retrouver que dans une société plus perfectionnée même que les nôtres; l'attachement naturel des hommes aux opinions reçues dès l'enfance, et aux usages de leur pays; l'aversion naturelle de l'ignorance pour toute espèce de nouveauté; la paresse de corps, et surtout celle d'esprit , qui l'euiportaient sur la curiosité si faible encore; l'empire que la superstition exerçait déjà sur ces piemières sociétés ; telles ont été les principales causes de ce phénomène; mais il faut y joindre l'avidité, la cruauté, la corruption, les préjugés des peuples policés. Les peuples policés se montraient à ces nations, plus puissants, plus riches, j)liis instruits, plus actifs ,

mais plus vicieux, et surloul moins heureux qu'elles. Elles ont dû souvent êlre moins frappées de la supériorité de ces peuples, qu'effrayées de la multiplicité et de l'étendue de leurs besoins, des tourments de leur avarice, des éternelles agitations de leurs passions toujours actives, toujours insatiables. Quelques philosophes ont plaint ces nations; d'autres les ont louées : ils ont appelé sagesse et vertu, ce que les premiers appelaient stupidité et paresse. La question élevée entre eux se trouvera résolue dans le cours de cet ouvrage. On y verra pourquoi les progrès de l'esprit n'ont pas toujours été suivis du progrès des sociétés vers le bonheur et la vertu; comment le mélange des préjugés et des erreurs a pu altérer le bien qui doit naitre des lumières, mais qui dépend plus encore de leur pureté que de leur étendue. Alors, on verra que ce passage orageux et pénible d'une société grossière à l'état de civilisation des peuples éclairés et libres, n'est point une dégénération de l'espèce humaine, mais une crise nécessaire dans sa marche graduelle vers son perfectionnementabsolu. On verraquece n'est pas l'accroissement des lumières, mais leur décadence, qui a produit les vices des peuples policés; et qu'enfin , loin de jamais corrompre les hommes , les lumières les ont adoucis, lorsqu'elles n'ont pu les corriger ou les changer.

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