‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 4 sur 40 · LES PEUPLES PASTEURS · texte numérisé non relu

LES PEUPLES PASTEURS

Passage de cet état à celui des peuples agriculteurs.

L'idée de conserver les animaux pris à la chasse dut se présenter aisément, lorsque la douceur de ces animaux en rendait la garde facile, cpie le terrain autour des habitations leur fournissait une nourriture abondante, que la famille avait du supeiflu, et qu'elle pouvait craindre d'être réduite à la disette par le mauvais succès d'une autre chasse, ou par l'intempérie des saisons.

Après avoir gardé ces animaux comme une simple provision, l'on observa qu'ils pouvaient se multiplier, et offrir par là une ressource plus durable. Leur lait en présentait une nouvelle; et ces produits d'un tioupeau qui, d'abord, n'étaient qu'un supplément à celui delà chasse, devinrent un moyen de subsistance plus assuré, plus abondant, moins pénible. La chasse cessa donc d'être le premier, et ensuite, d'être Uiême comptée au nombre de ces nioyens; elle ne

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fut plus conservée que comme un plaisir, comme une précaution nécessaire pour défendre contre les bêtes féroces les troupeaux qui, étant devenus plus nombreux, ne pouvaient plus trouver une nourriture suffisante autour des babitations.

Une vie plus sédentaire, moins fatigante, offrait un loisir favorable au développement de l'esprit bumain. Assurés de leur subsistance, n'étant plus inquiets pour leurs piemiers besoins, les bomines cbercbèrent des sensations nouvelles dans les moyens d'y pourvoir.

Les arts firent quelques piogiès; on acquit quelques lumières sur celui de nouirir les animaux domestiques, d'en favoriser la reproduction, et même d'en perfectionner les espèces.

On apprit à employer la laine pour les vêtements, à substituer l'usage des tissus à celui des peaux.

La société dans les familles devint plus douce, sans devenir moins intime. Comme les troupeaux de chacune de ces familles ne pouvaient se multiplier avec égalité, il s'établit une différence de richesse. Alors, on imagina de partager le j^roduit de ses troupeaux avec un homme qui n'en avait pas, et qui devait consacrer son temps et ses forces aux soins qu'ils exigent. Alors, on vit que le travail d'un individu jeune, bien constitué, valait plus que ne coûtait sa subsistance l'igoureusement nécessaire; et l'on prit l'habitude de garder les prisonniers de guerre pour esclaves, au lieu de les égorger.

L'hospitalité, qui se pîalique aussi chez les sauvages, prend chez les peuples pasteurs un carac-

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tère plus prononcé, plus solennel, même parmi ceux qui errent dans des cliariols ou sous des tentes. Il s'offre de plus fréquentes occasions de l'exercer réciproquement d'individu à individu, de famille à famille, dépeuple à peuple. Cet acte d'humanité devient un devoir social, et on l'assujettit à des règles.

Enfin, comme certaines familles avaient non-seulement une subsistance assurée, mais un superflu constant, et que d'autres hommes manquaient du nécessaire, la compassion naturelle pour leurs souffrances fit naître le sentiment et l'habitude de la bienfaisance.

Les moeurs durent s'adoucir; l'esclavage des femmes eut moins de dureté ; les femmes des riches cessèrent d'être condamnées à des travaux pénibles.

Plus de variété dans les choses employées à satisfaire les divers besoins, dans les instruments qui servaient à les préparer, plus d'inégalité dans leur distribution, durent multiplier les échanges, et produire un véritable commerce; il ne put s'étendre sans faire sentir la nécessité d'une mesure commune, d'une espèce de monnaie.

Les peuplades devinrent plus nombreuses : leurs habitations, quand elles restèrent fixes, se séj)arèrent davantage, afin de nourrir plus facilement les tioupeaux : ou bien, elles se changèrent en campements mobiles, quand les hommes eurent appris à se servir, pour porter ou traînei- les faideaux, de quelquesunes des espèces d'animaux qu'ils avaient subjuguées.

Chaque nation eut un chef pour la guerre; mais VL 3

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s'étaiit divisée en plusieurs tribus, par la nécessité de s'assurer des pâturages, chaque tribu eut aussi son chef. Presque partout, cette supériorité fut attachée à certaines familles. Les chefs de famille qui avaient de nombreux troupeaux, beaucoup d'esclaves, qui employaient à leur service un grand nombre de citoyens plus pauvres, partagèrent l'autorité des chefs de leur Iribu, comme ceux-ci partageaient celle des chefs de nation; du moins, lorsque le respect dû à l'âge, à l'expérience, aux exploits, leur en donnait le crédit : et c'est à cette époque de la société qu'il faut placer l'origine de l'esclavage et de l'inégalité de droits politiques entre les hommes parvenus à l'âge de la maturité.

Ce furent les conseils formés des chefs de famille ou des chefs de tribu qui, d'après la justice naturelle, ou d'après les usages reconnus, décidèrent les contestations, déjà plus nombreuses et plus compliquées. La tradition de ces jugements, en attestant les usages, en les perpétuant, forma bientôt une espèce de jurisprudence plus régulière, plus constante, que les progrès de la société avaient rendue nécessaire. L'idée de la propriété et de ses droits avait acquis plus d'étendue et de précision. Le partage des successions, devenu plus important, avait besoin d'être assujetti à des règles fixes. Les conventions plus fréquentes ne se bornaient plus à des objets aussi simples; elles durent être soumises à des formes; la manière d'en constater l'existence, pour en assurer l'exécution, eut aussi ses lois.

L'utilité de l'observation des étoiles, l'occupation

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qu'elles offraient pendant de longues veilles, le loisir dont jouissaient les bergers, durent amener (jnelques faibles progrès dans l'astronomie.

Mais en même temps on vit se ])erfectionner l'art de tromper les hommes pour les dépouiller, et d'usurper sur leurs opinions une autorité fondée sur des craintes et des espérances chimériques. Il s'établit des cultes plus réguliers, des systèmes de croyance moins grossièiement combinés. Les idées des puissances surnaturelles se raffinèrent en quelque soi te : et avec ces opinions, on vit s'établir ici des princes pontifes, là des familles ou des tribus sacerdotales, ailleurs des collèges de prêtres; mais toujours une classe d'individus affectant d'insolentes prérogatives; se séparant des hommes pour les mieux asservir; cherchant à s'emparer exclusivement de la médecine, de l'astronomie, pour réunir tous les moyens de subjuguer les esprits, et ne leur en laisser aucun de démasquer son hypocrisie, de détruire sa tyrannie.

Les langues s'enrichirent sans devenir moins figurées ou moins hardies. Les images qu'elles employaient furent plus variées et plus douces : on les prit dans la vie pastorale, comme dans celle des forêts, dans les phénomènes réguliers de la nature, comme dans ses bouleversements. Le chant, les instruments, la poésie se perfectionnèrent dans un loisir qui rendait les auditeurs plus paisibles, et dès lors plus difficiles, qui permettait d'observer ses propres sentiments, de juger ses premières idées, et de choisir entre elles.

L'observation a dû faite remarquer que certaines niantes offraient aux troupeaux une subsistance meilleure ou phîs abondante : on a senti l'utilité de favoriser leur reproduction, de les séparer des autres plantes qui ne donnaient qu'une nourrituie faible, malsaine, même dangereuse; et l'on est parvenu à en trouver les moyens.

De même, dans les pays où des piaules, des graines, des fruits spontanément offerts par le sol, contribuaient, avec les produits des troupeaux, à la nourriture de l'bomme , on a du observer aussi comment ces végétaux se multipliaient ; et , dès lors, cliercber à les rassembler dans les terrains les plus voisins des habitations; à les séparer des végétaux inutiles, pour que ce terrain leur appartînt tout entier; à les mettre à l'abri des animaux sauvages, des troupeaux, et même de la rapacité des autres bommes.

Ces idées ont du naître encore, et même plus tôt, dans les pays plus féconds, où ces productions spontanées de la terre suffisaient presque à la subsistance des borantes. Ils commencèrent donc à se livier à l'agriculture.

Dans un pavs fertile, dans un climat heureux , le même espace de terrain produit en grains, en fruits, en racines, de quoi nouirir beaucoup plus d'hommes que s'il était employé en pâturages. Ainsi, lorsque la nature du sol ne rendait pas cette culture trop pénible ; lorsqu'on eut découvert le moyen d'y employer les mêmes animaux qui servaient aux peuples pasteurs pour les voyages ou pour les transports ;

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