‹ Œuvres. Publiées (volume 3)Chapitre 22 sur 91 · RELIGION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

RELIGION CATHOLIQUE

Il a été un temps où l'enthousiasme religieux entrait dans toutes les agitations des peuples, et décidait de presque toutes les grandes révolutions : l'hypocrisie était alors la reine du monde. Ces temps ne sont pas encore très-éloignés de nous, ne sont point même passés pour tous les peuples. L'épée et la toque bénites envoyées par le pape au maréchal Daun ; la guerre civile allumée en Pologne , pour que la religion catholique , apostolique et romaine fût et demeurât pour toujours la seule religion de la nation ; l'assassinat de Stanislas II, projeté devant une image de la Vierge; les capucinades politiques du secrétaire d'État Van-Eupen, tout cela est de nos jours.

Il n'était donc pas absurde d'espérer qu'en forçant l'assemblée nationale à prononcer sur une question qui avait causé une guerre en Pologne il y a vingt ans, on pourrait exciter au moins quelques soulèvements. Heureusement les Français savent lire, et on ne leur persuadera point de reprendre les chaînes qu'ils ont brisées, crainte de voir tomber du même coup celles qui gênent encore leur conscience et leur pensée.

l)G RELIGION CATHOLIQUE.

Cependant , comme dans quelques actes revêtus de beaucoup de signatures on s'est permis, suivant l'usage de nos pères, de confondre l'autorité des prêtres avec la religion, peut-être n'est-il pas inutile le présenter aux citoyens quelques réflexions propres à rassurer les consciences timides, en montrant (pie la liberté de conscience la plus absolue doit être le vœu de tout homme qui croit à la religion qu'il professe, et que celui qui veut accorder à un culte quelconque la plus légère prérogative politique est irréligieux ou inconséquent.

Proposer aux représentants d'une nation d'adopter en son nom un culte unique, c'est déclarer qu'on regarde toutes les religions comme des inventions politiques indifférentes à la Divinité; c'est annoncer ({lie, par mépris pour les autres hommes, on veut les soumettre à un joug intérieur, dont soi-même on s'est affranchi. En effet, on ne peut soutenir qu'en France le pouvoir législatif ait le droit de choisir une religion nationale, sans accorder le même droit aux législateurs de l'Angleterre, de la Perse, du Thibet ou du Japon, puisque chaque peuple a une égale persuasion de sa croyance, et que les droits du pouvoir législatif sont partout les mêmes. Ainsi on accorde ce droit pour une religion fausse comme pour une religion vraie; on le fonde donc sur une utilité politique indépendante de la fausseté ou de la vérité de la religion.

Prétendre que rétablissement de tel culte particulier est nécessaire à la morale, c'est une opinion fanatique que les hommes livres aux plus abjectes

Page 1