‹ Œuvres. Publiées (volume 3)Chapitre 23 sur 91 · RELIGION CATHOLIQUE. O · texte numérisé non relu

RELIGION CATHOLIQUE. O

superstitions n'osent même plus avouer ; mais prétendre qu'un culte particulier quelconque est nécessaire à la morale, c'est dire que celui qui a formé le cœur de l'homme a besoin de fables pour le diriger vers le bien; car, parmi les religions qui existent, toutes, hors une seule, sont nécessairement fondées sur l'erreur; toutes, à la rigueur, peuvent être fausses, mais deux ne peuvent être vraies à la fois ; toutes ont cependant la même morale, toutes agissent de même sur l'âme de leurs sectateurs. Qu'entend-on par culte national ? Est-ce le seul dont l'exercice public soit permis ? alors vous blessez les droits de la conscience dans ceux qui ne croient pas tous les cultes indifférents, que vous gênez dans la pratique de celui qu'ils auraient préféré, et vous établissez entre les citoyens une inégalité contraire à la justice. Est-ce celui aux cérémonies duquel vous liez les actes religieux faits au nom de la nation, des diverses assemblées de citoyens , ou des pouvoirs établis par la loi ? Mais alors, ou vous dispensez de ces cérémonies ceux qui n'adoptent pas votre culte, et vous établissez des distinctions entre les citoyens , vous jetez entre eux des semences de discorde; ou bien tous y sont assujettis, et vous violez la liberté de la conscience, vous excluez des fonctions publiques tous ceux qui regardent comme une action coupable l'assistance aux cérémonies d'un culte qu'ils ne croient point. Appelez-vous culte national celui dont la nation paye les dépenses ? Mais de quel droit assujettissez-vous les citoyens aux dépenses d'un culte qu'ils rejettent, et les obligez-vous à payer des céré- X. 7

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moines tjiTils regardent on comme des sacrilèges ou comme des superstitions méprisables ? Pourquoi faut-il qu'ils payent pour le culte que vous professez, après avoir déjà payé pour celui qu'ils professent eux-mêmes? N'est-ce pas introduire encore entre les citoyens une inégalité qui blesse leurs droits naturels ?

Craindre qu'une liberté absolue ne rende les hommes moins religieux , c'est encore avouer que l'on regarde les religions comme des établissements purement humains, fondés sur l'erreur, et qui ne peuvent se soutenir que par la protection de la puissance publique. Car, s'il peut y avoir une religion vraie, on ne doit pas désirer que l'autorité protège dans chaque pays celle qui a le plus de sectateurs. Si une religion particulière peut être vraie, si un culte peut être plus agréable à l'Etre suprême, cette religion , ce culte, sont les seuls qui puissent être utiles aux hommes. Il est criminel de les exposer à en favoriser d'autres , et c'est les y exposer que de faire protéger par la puissance publique vingt cultes divers, qui, dans vingt nations, ont pour eux le suffrage de la pluralité. Une religion vraie, si la liberté est entière , doit nécessairement , comme toute autre vérité, devenir la croyance du genre humain. La favoriser dans un pays pour en faire ailleurs favoriser d'autres , c'est en retarder les progrès. Enfin t l'expérience n'a-t-elle pas prouvé que plus la liberté de conscience est étendue, plus les hommes sont religieux? Il y a dix fois plus d'athées à Rome qu'à Londres, et à Londres que dans les Etats-Unis d'Ame-

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