‹ Œuvres. Publiées (volume 3)Chapitre 37 sur 91 · DE L.V LIBERTÉ, ETC · texte numérisé non relu

DE L.V LIBERTÉ, ETC

sorte de privilège pour les présidents des parlements. Dans les impôts directs sur les terres, tout ce qui avait quelque puissance était ménagé. On a vu de nos jours le ministère forcé de changer un intendant, parce qu'il avait osé imposer le vingtième sur la terre d'un premier président. On n'avait pu parvenir à faire payer la capitation aux gens considérables, qu'en la fixant d'après leurs dignités ou leurs places. Tandis qu'une exécution rigoureuse faisait vendre à l'encan les meubles du pauvre qui n'avait pas payé, à peine une lettre polie osait-elle rappeler à un gentilhomme un peu illustré, un oubli de payement qu'on supposait involontaire. Les lois de police n'existaient point pour les gens considérables. Ce mépris des lois, regardé comme une prérogative de la grandeur, et d'une grandeur héréditaire, devait naturellement devenir la prétention de toute la noblesse, de toute la magistrature, et il était impossible de ne pas y céder souvent, et de ne pas la maintenir pour les grands; en sorte que, de degré en degré, l'obéissance rigoureuse aux lois était devenue l'apanage de la dernière classe du peuple , et le premier devoir du citoyen, la preuve d'un État avili par le préjugé. Ces fers sont rompus; mais il était difficile que ceux qui étaient dispensés des lois, et ceux qu'on forçait à s'y soumettre par mépris pour eux, trouvassent, au fond de leur cœur, ce respect que la raison ne doit qu'à des lois égales et protectrices.

La haine de l'oppression, retenue par la contrainte, a pu se montrer dès les premiers moments avec une énergie qui aurait dû ùter tout espoir aux oppres-

seurs. Le respect pour la loi est un sentiment plus réfléchi, lin philosophe n'a pas de peine à se dire: Puisque la loi doit être la même pour tous, pourquoi refuserais-je mon ohéissance à celle qui est contraire à mon opinion , et cependant voudrais-je soumettre les autres à celle que j'approuve ? Mais le premier mouvement de l'homme peu éclairé est de se dire : Cette loi est mauvaise, je ne dois pas y obéir. C'est ainsi que, s'il est question de la liberté religieuse, le philosophe dira : Cet homme croit sa religion comme je crois la mienne. Nous devons donc être également libres de la pratiquer. Mais le superstitieux dira longtemps encore : Ma religion est la seule vraie; on ne doit donc permettre de pratiquer qu'elle.

Ainsi , rien peut-être ne serait plus utile que de persuader aux citoyens qu'ils ne seront pas véritablement libres, si dans la société tous ne suivent les mêmes règles, et par conséquent si tous ne sont soumis à la loi légitime ; que s'y soustraire parce qu'on la désapprouve intérieurement , ce n'est pas jouir de la liberté, ni même de l'indépendance; c'est exercer une sorte de tyrannie , c'est asservir les autres à ses intérêts, à ses passions, (pie trop souvent on confond avec sa raison. 11 faut leur faire sentir que l'insurrection contre les lois n'est un exercice du droit de résister à l'oppression , que dans le cas où la constitution n'offre aucun moyen légal d'obtenir la révocation d'une loi injuste; que chaque homme, maître de juger par lui-même de ce qui es! ou n'esl pas juste, ne peut donner sa raison

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