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Messieurs,
Le rapport de votre comité vous a montré la France seule au milieu de l'Europe incertaine ou,ennemie. Les monarques , jaloux de notre alliance, l'ont oubliée ou rompue. Il semble qu'un prince, devenu roi par la volonté du peuple, ne soit plus digne d'être leur ami. A. peine peuvent-ils consentir à le croire libre, parce qu'il a reconnu la liberté et les droits de l'homme.
La nation française avait choisi , sous ses formes antiques, des représentants chargés par elle de réformer les abus , et de la faire remonter au rang des nations libres. Ils lui ont donné une constitution nouvelle.
Un serment solennel de tous les citoyens, une fédération universelle ont prouvé qu'en se revêlant de ce pouvoir, ces représentants n'avaient été que les
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interprètes fidèles du vœu national. La constitution rédigée par eux a été consacrée par la sanction du peuple; car il a élu de nouveaux députés, et en les élisant, il les a soumis au serment de maintenir cette constitution; car, sur plus de dix mille assemblées qui embrassaient la généralité des citoyens français, il n'en est pas une seule qui ait fait entendre une réclamation ou un murmure.
Jamais aucune constitution n'a obtenu le consentement immédiat d'une nation sous des formes plus régulières; jamais une constitution n'a été plus clairement le résultat de la volonté du peuple, expressément manifestée. Cependant ces mêmes monarques la méconnaissent encore, ils ne voient dans la France qu'un roi et point de nation ; ses représentants ne seront rien pour eux , parce que leur assemblée n'existe pas en vertu d'un ancien usage, mais seulement par la volonté et le droit du peuple.
L'Espagne, pour laquelle nous avons armé en 1790, repousse, en 1791 , les Français de son sein, ou veut les forcer d'abjurer leur patrie.
L'empereur, qui avait mérité pendant vingt-cinq ans, d'être placé dans la liste si courte des princes éclairés, justes, pacifiques, nous menace de troupes, dont, par une condescendance exagérée, nous avons souffert la réunion , et qu'il ne pourrait employer contre nous , si nous n'avions pas trop légèrement compté sur sa bonne foi personnelle. Lié avec nous par un traité utile à sa maison seule, onéreux à la France, il formé contre son alliée des ligues secrètes;
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il veut armer contre nous les mêmes puissances, du joug desquelles nous avons défendu ses États. Il s'unit à nos ennemis, lorsque nous aurions le droit de lui demander des secours ; il oublie le traité de 1756 au bout de trente-six ans, précisément à l'instant même où , pour la première fois , c'est à lui que ce traité impose des obligations.
Devons-nous braver seuls l'orage ? Devons-nous négliger de chercher des alliés, ou désespérer d'en trouver?
Tous les gouvernements ont-ils donc un intérêt si pressant de se réunir contre la France? Sans doute, cette caste orgueilleuse qui partout flatte, trompe et gouverne les rois, a juré à l'égalité française une haine éternelle. Mais la cause des courtisans est-elle si évidemment celle de leurs maîtres? mais les nations sacrifieront-elles leur sang, leurs trésors , pour éterniser leurs fers et leur humiliation? combattrontelles contre elles-mêmes en faveur de leurs tyrans? Mais est-il de l'intérêt des rois de risquer d'allumer partout la guerre entre le petit nombre qui veut régner et le grand nombre qui commence à vouloir la liberté?
D'un autre côté, n'y a-t-il aucune puissance pour qui la France puisse être une alliée utile? Chacune d'elles n'a-t-elle pas ses intérêts particuliers, ses motifs de défiance contre l'ambition de ses voisins? Ne cherche-t-elie pas les moyens de prévenir les projets qu'elle craint de leur voir former contre elle ? Cette ligue , en supposant qu'elle soit réelle, peut-elle donc durer longtemps ?
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Il existe en Europe des nations qui, comme nous, ont une constitution représentative; croyez-vous que ces nations consentissent à voir leurs ministres s'unir sérieusement à une confédération qui voudrait changer par la force la constitution de la France?
Toutes sentiraient bientôt le danger de cet exemple; toutes verraient qu'elles doivent , au contraire, concerter avec la France une garantie mutuelle de l'indépendance de leurs constitutions. N'est-ce point parmi ces nations que la nature même des choses nous montre nos véritables alliés? N'est-ce pas entre elles et nous qu'existe cette identité évidente d'intérêts, seul fondement des alliances éternelles?
Et pourquoi repousseraient-elles celle de la France? Est-ce à cause de cet état de faiblesse où elle est , dit-on, réduite? Je sais que des journaux imposteurs, lus avidement dans les pays étrangers, y entretiennent ces idées ; je sais que non-seulement nos conspirateurs les y accréditent, que non-seulement leurs chefs fatiguent l'oreille des rois par de vaines déclamations sur la situation de la France, par d'impudentes calomnies contre les défenseurs de sa liberté ; je sais que ces erreurs sont même encore appuyées par ces Français pusillanimes qui ont quitté leur patrie, parce que les accents, quelquefois tumultueux , de la liberté , effrayaient leurs âmes énervées; je sais que des envoyés français, ennemis de l'égalité , ont fortifié ces opinions , et que ces envovés ont longtemps conservé leurs places; je sais ce que Ton a pu penser, lorsque, pendant plusieurs
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mois, on a vu exister tranquillement en Allemagne des gardes du corps du roi de France, lorsqu'on y voit exister encore un io5e régiment du roi de France.
Mais les hommes éclairés ne devaient apercevoir, dans cet abandon de nos intérêts, de notre dignité, que les fautes de nos ministres, et non la nullité de la nation.
Mais les hommes qui réfléchissent pouvaient cependant se demander si le temps des orages ou des révolutions a jamais été pour les peuples un moment de faiblesse ; si les terres en seront moins bien cultivées en France, parce que le gibier ne les ravage plus, et qu'elles ne payent plus de dîmes; si le peuple y sera moins industrieux, parce que l'inégalité des contributions est détruite, et que le pauvre ne sera plus forcé d'en faire les avances? Ils pouvaient se demander ce que la France a perdu , sinon des nobles et de l'or; s'il ne lui reste pas des hommes et un sol fertile? Elle a reconquis la liberté; l'égalité y règne : et depuis quand la liberté, l'égalité, ontelles donc cessé d'être la source de la prospérité et delà force des nations?
Ces princes, dira-t-on, veulent empêcher que les idées françaises ne pénètrent dans leurs États; 'mais serait-ce un moyen de l'empêcher que de forcer ceux qui les habitent à s'occuper des affaires de la France? Ils craignent l'exemple du succès de notre révolution; mais ils savent bien que nous ne rentrerons pas dans l'esclavage, qu'ils peuvent tout au plus espérer de perpétuer quelques instants ce qu'ils appellent
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notre anarchie, Or, l'exemple de ce reste d'agitation, suite nécessaire d'une révolution si universelle, n'estil pas encore plus à craindre pour eux que celui d'une paisible liberté? Peuvent-ils ne pas redouter l'exemple d'une constitution, dont toutes les parties n'ont peutêtre pas encore ce mouvement facile que le temps seul peut donner, et pour laquelle cependant un peuple entier a juré de mourir? Croient-ils pouvoir montrer sans danger à leurs armées ces soldats de la liberté, conservant, sous la discipline militaire, la dignité de l'homme et la fierté du citoyen, soumis à des chefs, mais ne vovant en eux que des hommes, leurs égaux aux yeux de la loi, qui est la même pour tous, aux yeux de la patrie, qui offre à tous les mêmes récompenses? Croient-ils que leurs peuples ne feront aucune comparaison entre ces guerriers patriotes, qui regarderont comme des frères les habitants de terres ennemies, et ces nobles qui traitent en ennemis les frères que la nature leur avait donnés?
Les princes savent que la raison a desséché les racines de l'arbre du despotisme et de la superstition, et qu'il ne leur- reste plus qu'à en rendre la chute plus lente et moins dangereuse pour eux-mêmes. Tous savent qu'ils n'en ont qu'un moyen : c'est de faire jouir les hommes de tous les avantages de la liberté, qui ne sont pas la liberté même; de détruire peu à peu tous les abus dont elle tarirait la source, de céder de bonne grâce au vœu tacite du peuple pour n'être pas obligés d'obéir à sa volonté suprême. Tous savent que la paix , amie du commerce et de
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l'agriculture, d'une sage économie, des occupations paisibles, éloigne les changements, et que la guerre, par le désordre des finances, par la chute du commerce et de l'industrie , par l'inquiétude qu'elle produit dans les esprits, par l'impulsion qu'elle leur donne, accélère les mouvements des peuples et prépare les révolutions.
Ils savent que si, en s'unissant contre la liberté de la France, ils disaient aux nations : Nous voulons vous empêcher d'être jamais libres , les nations leur répondraient : C'est aujourd'hui que nous voulons l'être.
Les rois peuvent montrer, sans doute , contre les principes delà révolution française une humeur passagère; mais ils ne voudront pas en faire la base d'un système politique , qu'ils ne pourraient suivre sans se perdre.
Les vieux préjugés, qui attachaient au nom de roi je ne sais quelles idées religieuses, sont effacés de la mémoire des hommes. Les princes n'ignorent pas qu'on ose les juger dans les camps comme dans les chaumières, et que celui qui se déclarerait l'ennemi de la liberté d'un peuple étranger, aurait à craindre, de la part du sien, un jugement juste, mais terrible.
La France a changé de système politique en adoptant une constitution nouvelle. Les puissances qui voulaient en faire l'instrument de leur ambition ne peuvent plus compter sur elle. Mais celles que cette même ambition menace, mais celles qui ne désirent que l'indépendance et la paix, celles qui ne veulent X. 19
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de grandeur <|i»e par leur industrie et leur commerce, celles-là ne deviennent-elles point, par l'effet de la révolution même , les alliées naturelles de la France?
Dans les plans que l'Angleterre peut former pour sa prospérité, n'y a-t-il pas des projets justes, utiles à l'Europe, et même au progrès général de l'espèce humaine, pour le succès desquels elle puisse désirer de voir s'évanouir les préjugés de notre ancienne rivalité?
Une grande nation, qui défend la liberté, trouverait-elle un ennemi dans un peuple généreux, qui s'enorguellil d'avoir acheté la sienne par une guerre longue et terrible ? Louis XlVr n'a-t-il pas voulu aussi attenter à l'indépendance de l'Angleterre , méconnaître sa constitution, insulter à la volonté souveraine du peuple anglais? Et l'Europe n'a point oublié ce qu'il a fait pour venger sa dignité offensée. Blâmerait-il en nous aujourd'hui ce qui fut alors sa gloire? Oublierait-il que notre cause a été, qu'elle peut encore être la sienne? Ou notre querelle est juste, ou sa révolution fut un crime; ou les prétentions de nos princes rebelles sont une insulte aux droits des hommes, ou celui qui occupe aujourd'hui le trône des Stuarts n'est qu'un usurpateur.
Où sont ces intérêts politiques assez puissants pour séparer deux nations qu'un égal amour de leurs droits naturels, les mêmes lumières, le même respect pour L'humanité, semblent disposer à s'entendre et à s'aimer? Les Anglais, les Américains, les Français, n'onl-ils pas aujourd'hui les mêmes idées, les mêmes sentiments? ne parlent-ils pas en