SUR L'OFFICE DE L'EMPEREUR. OA
quelque sorte la même langue, celle de la liberté? Mais le ministère anglais, dira-t-on, craint l'exemple du succès de la révolution française. On ignore donc qu'il ne peut , sans se perdre , braver longtemps le vœu national , et que jamais il n'a été plus éloigné d'avoir cette puissance dangereuse. Croit-on qu'il ne prévoie pas les changements nécessaires que la constitution anglaise doit éprouver? Il sait que s'il peut les retarder en ménageant l'opinion, il les précipiterait en la bravant, et le chef actuel de ce ministère n'a-t-il pas voté lui-même pour la réforme de la représentation parlementaire?
D'ailleurs, qu'a de commun la révolution française avec ces changements dont on accuse le gouvernement d'avoir une si grande terreur D En soupçonnant même que la France éprouve de Joncs malheurs pour avoir voulu changer en quelques mois le système entier de ses institutions sociales , s'ensuivrait-il que l'Angleterre ne put, en quelques années, réformer, dans les siennes, une partie des vices qui les ont corrompues? D'un côté, l'orgueil d'un autre, l'amour de la liberté, ont pu , en Angleterre, faire naître, sur notre révolution , des opinions, des sentiments opposés. Mais elle n'a pu entrer dans les combinaisons politiques d'aucun des partis qui agitent la nation anglaise sans la diviser.
Le peuple anglais, dit-on, hait encore la France; mais cette haine, jadis si violente, s'est affaiblie; et pourquoi ne disparaîtrait-elle pas avec les causes qui l'ont fait naître?
Depuis le rétablissement de Charles II, les minis-
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lies des deux nations n'ont pas cessé de s'accuseï réciproquement de perfidie. Ces accusations étaient également méritées sans doute; et puisse un jour la main de l'histoire lever le voile qui couvre encore les détails de ces crimes; et, en effrayant les peuples par le tableau des maux que cette politique astucieuse et secrète leur a causés, prévenir ceux qu'elle leur prépare encore! Sans doute la France a contribué aux troubles du règne de Charles , a prolongé les orages de la révolution , a donné longtemps quelque consistance au fantôme des prétendants, mais le peuple français a vu le mal que ses ministres pouvaient faire, en son nom , aux nations étrangères, et il leur en a ôté les movens. Comment serait-il encore l'ennemi de ceux dont il a été le vengeur? Dans les quatre parties du globe, ajoutera-t-on peut-être, l'Angleterre et la France ont des intérêts opposés; partout uneguerre sourde subsiste entre elles au milieu même de la paix. Mais n'est-ce point parce qu'elles se sont cherchées pour se combattre, au lieu de se séparer pour rester amies; qu'elles se sont étudiées à rivaliser en tout, au lieu de profiler, chacune, des avantages que la nature lui avait préparés? Est-il bien sûr que le globe ne suffise point à leurs spéculations commerciales réunies, et qu'elles soient intéressées à s'en disputer quelques points? L'Angleterre enfin a garanti les Pays-Bas à la maison d'Autriche. Mais la France ne veut pas s'emparer des Pays-Bas. L'Angleterre n'a pas garanti qu'il s'y formerait sur nos frontières des armées destinées à nous combattre, et que la France ne pourrait les en éloigner.