‹ Œuvres. Publiées (volume 3)Chapitre 6 sur 91 · SUR L USUFRUIT DES BÉNÉFFCIERS. 1 C · texte numérisé non relu

SUR L USUFRUIT DES BÉNÉFFCIERS. 1 C

mendiants est très-petit; les autres, quoique mendiants parleur règle, vivent, en grande partie, du produit des terrains qui leur appartiennent.

Les premiers coûteront moins en pensions qu'ils ne gaspillaient en aumônes. Ainsi, la masse des pensions fût-elle égale, pour la totalité des ordres, au revenu actuel, il y aurait encore, pour le peuple, le profit de la suppression de ces aumônes.

Dès ce moment, il y aurait un avantage considérable, en ne considérant que les ordres riches. Dans la congrégation de Saint-Maur, par exemple, si la moitié des religieux quittait, un nombre de maisons, ayant le quart des revenus annuels, suffirait pour rassembler le reste. En effet , la dépense des officiers des grandes maisons était énorme , et cette dépense est inutile au bien-être des religieux.

La justice exige, et que les abbés réguliers soient assujettis à la règle, s'ils veulent rester, et qu'ils aient la liberté de sortir. 11 leur faut alors un revenu qui les dédommage de ce qu'ils perdent; mais ce revenu serait , pour la plupart, bien au-dessous de celui qu'ils abandonneraient en quittant la vie régulière.

Chaque religieux a droit, sur les biens de son ordre, à une somme suffisante pour ses besoins, tels que la vie de son ordre, en la supposant réglée par des principes de décence, les lui a fait contracter. La pension doit donc être différente pour les différents ordres. Un chartreux a plus de besoins qu'un théatin ou un barnabite; un bénédictin en a plus qu'un cordelier ou un augustin. Il faut aussi proportionner

y.O lUFIJXIONS

les pensions à l'âge , et même les rendre croissantes avec l'âge; car un moine avait droit d'être soigné dans sa vieillesse, aux dépens de son ordre. On doit encore, pour plusieurs ordres, les faire varier suivant les provinces. Il faut, par exemple, qu'un moine de Flandre ait de quoi vivre en Flandre.

Il ne faut pas décider légèrement sur le bien-être d'un grand nombre d'individus; il ne faut pas qu'on puisse dire qu'on rende les moines malheureux dans le cloître, pour les obliger de se contenter d'une pension insuffisante, ou qu'on leur donne une pension trop modique, pour les empêcher de reprendre leur liberté. L'un serait barbare, l'autre serait injuste. La pension d'un moine doit être, pour les besoins physiques , proportionnée à la manière de vivre dans son ordre; pour les besoins de décence, il faut qu'il puisse être au niveau de ce qu'on appelait la petite bourgeoisie, avant la révolution.

Telles sont les réflexions d'un homme qui n'a jamais passé pour aimer le clergé, mais qui a toujours aimé la justice et la paix; qui, lorsqu'un corps est détruit, ne voit plus, dans ceux qui le composaient, (jue des individus, n'ayant plus que leurs vertus ou leurs vices personnels, ayant les mêmes droits que les autres hommes, devant être traités d'après les mêmes maximes de justice et les mêmes principes d'humanité.

Cette manière de penser devrait être plus générale; la haine de ces corps qui ont causé tant de maux , n'était-elle pas l'effet de l'amour des hommes? n'élait-ee pas l'esprit d'intolérance et de domination

SUR L USUFRUIT DES BENEFICIER». Il

que l'on haïssait? Faudrait- il avouer que l'on était jaloux des richesses de quelques particuliers? La vengeance contre ceux qui n'ont fait que profiter des abus, ne ressemble-t-elle pas à l'envie plus qu'à la justice?

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