ZULIME
Cette tragédie fut représentée, pour la première fois, en 1740; reprise en 1762, et imprimée alors telle qu'on la trouve dans ce recueil. Il en a paru une édition furtive que M. de Voltaire a désavouée. Les variantes ont été recueillies d'après cette édition.
Ziilinie est le même sujet que Bajazet et qu'^riadne. Dans Ariadiic , tout est sacrifié à ce rôle: Thésée, Phèdre, OEnarus, Pirithoùs ne sont pas supportables; l'ingratitude de Thésée, la trahison de Phèdre n'ont aucun motif; ils sont odieux et avilis ; mais le rôle d'Ariadne fait tout pardonner. Dans Bajazet ^ Roxane n'est point intéressante; elle trahit Amurat, son amant et son bienfaiteur. Sa passion est celle d'une esclave violente et intéressée; mais cette passion est peinte par un grand maître. Le rôle de Bajazet, quoique faible, est noble. C'est malgré lui qu'Acomat et Atalide l'ont engagé dans une intrigue dont il rougit. Le personnage d'Atalide est touchant, d'une sensibilité douce et vraie.
Racine est le premier qui ait mis sur le théâtre, des femmes tendres sans être passionnées, telles ç\\i Àtalide ^ Monime , Junic , I phi génie ^ Bérénice. Il n'en avait trouvé de modèles, ni chez les Grecs, ni chez aucun peuple moderne , excepté dans les pastorales italiennes. L'art de rendre ces caractères
igG ZULIME.
dignes de la tragédie, lui appartient tout entier. A la vérité, ces rôles ne sont point d'un grand effet au théâtre, à nrioins qu'ils ne soient joués par une actrice dont la figure et la voix soient dignes des vers de Racine: mais ils feront toujours les délices des âmes tendres et des hommes sensibles aux charmes de la belle poésie.
M. de Voltaire admiiait le rôle d'Àcomat. Ce rôle et celui de Burrhus sont encore de ces beautés dont Racine n'avait point eu de modèles. En travaillant le même sujet que Racine et Corneille, M. de Voltaire voulut que, ni l'amante abandonnée, ni le héros, ni l'amante préférée ne fussent avihs. C'est d'après cette idée que toute sa pièce a été combinée.
La fuite de Zulime, sa révolte contre son père sont des crimes; mais il n'y a, dans ces crimes, ni trahison , ni cruauté. Hermione, Roxane, Phèdre intéressent par leurs malheurs, et surtout par l'excès de leur passion; mais les crimes qu'elles commettent ne sont pas de ces actions où la passion peut conduire des âmes veilueuses. Les emportements de Zulime, au contraire, sont ceux d'une âme entraînée par son amour, mais née pour la vertu, que les passions ont pu égarer, mais qu'elles n'ont pu corrompre. Ce rôle est encore le seul rôle de femme de ce genre, qu'il y ait dans nos tragédies; et M. de Voltaire est le premier ([ui ait marqué sur le théâtre la différence des fureurs de la passion aux véritables
crimes.
On peut reprocher aux trois pièces un même défaut, celui de ne laisser au spectateur l'idée d'aucun