‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 107 sur 183 · CORPS · texte numérisé non relu

CORPS

Sur les reproches que l'on peut faire aux corps (i).

La justice oblige d'observer qu'on ne doit reprocher à un corps que les crimes qui kii ont été inspirés par l'intérêt ou par l'esprit de corps. On peut alors dire à ceux qui le composent : Foilà ce que vos prédécesseurs ont fait ^ voilà ce que dans les mêmes circonstances on pourrait attendre de vous : l'esprit qui les animait f t'est point éteint , votre inté-

(i) Voltaire, tome XIX, p. /|.

r('t n'a pas changé; mais il n'est pas plus raisonnable de reprocher à des corps séculiers les ciimes du fanatisme ou de la superstition , dont leurs prédécesseurs se sont souillés, que de reprocher les excès de la Saint-Barthélemi aux descendants des Tavanes ou des Guise.

(i) Ce que nous avons dit dans la note précédente, peut s'appliquer ici : la Sorbonne agissait alors d'après les principes d'intoléiance admis par tous les théologiens, d'après l'intérêt de l'autorité ecclésiastique, l'esprit général du clergé ; ainsi, tant qu'elle n'enseignera pas dans ses écoles que tout acte de violence temporelle exercé contre l'hérésie ou l'impiété est contraire à la justice, et par conséquent à la loi de Dieu; tant qu'elle n'enseignera point que le clergé ne peut avoir d'autre juridiction que celle qu'il reçoit de la puissance séculière, et qui conserve le droit de l'en priver, on est en droit de croire que la Sorbonne a conservé ses principes d'intolérance et de révolte.

D'ailleurs il n'est que trop public qu'elle n'a point rougi d'avancer hautement, dans la censure de Bélisairc, et plus récemment dans celle de VHistoire philosophique du commerce des deux Indes, les principes des assassins et des bourreaux du seizième siècle.

Ainsi, autant il serait injuste de reprocher aux parlements leurs arrêts contre Henri IV, autant est-il raisonnable de reprocher à la Sorbonne son décret

(i) Voltaire, tome XIX, p. G.

contre Henri III , ses décisions contre Henri IV, ses instructions au père xMathieu, etc., etc., etc.

COULEURS DA^S LES RWONS PRIMITIFS (i).

Un faisceau lumineux, quelque petit qu'il soit, est composé d'une infinité de rayons différemment réfrangii3les ; sans cela, en employant un prisme dont l'angle serait plus grand, on aurait sept cercles séparés, et non une image continue dont les côtés sont sensiblement des lignes droites.

Il est vrai que ce spectre continu semble n'offrir que sept couleurs distinctes ; le passage d'une couleur à l'autre n'est nuancé que sur un très-petit espace, tandis que la couleur paraît pure sur une })lus grande étendue du spectre. On pourrait donc soupçonner que la sensation de la couleur dépend d'une propriété des rayons, différente de leur degré de réfrangibilité. Newton paraît avoir cru qu'il n'y avait réellement que sept rayons: il semble souvent raisonner dans cette supposition : ses premiers disciples l'ont entendu dans ce sens; cependant, comme il avait senti, dans cette opinion, des diflicultés insurmontables, il ne s'est jamais expliqué sur cet objet d'une nianière précise.

Plusieurs auteurs n'ont admis (jue quatre couleurs: ils sup[)iimaienl les trois couleurs intermédiaires, pourpre, vert et orangé, comme produites par le

(i) Voltaire, tome XXXI, p. i/ii.

mélange des deux couleurs voisines; ils élaient confirmés dans leur opinion par des expéiiences où on ne voit réellement que quatre couleurs; mais cette opinion est peu fondée : le bleu et le jaune font à la vérité du vert; mais si vous regardez sur un carlon à travers un prisme, le vert formé par l'union des rayons jaunes et bleus, les deux couleurs se séparent, au lieu que si vous regardez sur ce même carton l'image éclairée parles rayons verts du prisme, vous allongerez l'image, mais elle restera veite.

Le piisnie ne donne quatre couleurs seulement que lorsque la lumière est (\iible, ou trop peu étendue par le prisme; et si elle était encore plus faible, si l'image était moins étendue, on ne verrait qu'un spectre d'un blanc sale ou rougeàtre. C'est ainsi que la lumière d'une étoile paraît à traveis un j)risme. Si vous armez le prisme d'une foite lunette, alois le spectre de l'étoile vous montrera distinctement jusqu'à quatre couleurs, rouge, jaune, bleu et violet; avec une lunette plus fad)le, le jaune et le bleu disparaissent, et l'on voit du vert à la place. On doit à M. l'abbé Rochon ces expériences sur la lumière des étoiles, qui prouvent cpie cette lumièie est de même nature que celle du soleil , que celle des corps terresties embrasés.

Non-seulement la réfraction est différente dans les différents milieux, mais la différence de réfrangibilitédes différents rayons n'est point proportionnelle dans ces milieux à la réfraction. Il en résulte tjue l'on peut, en combinant différents milieux, foi nier des prismes où les rayons se réfiactent sans se séparei',

SUR YOLTAIRE. ^91

et détruireles couleurs dans les lunettes, en employant des lentilles composées de plusieurs verres de différente nature. Cette idée que l'on doit à M. Euler, a produit les lunettes achromatiques, que plusieurs artistes habiles ont portées à un très-grand degré de perfection. M. l'abbé Rochon a trouvé , en appliquant les lunettes aux prismes, des moyens de mesurer avec une grande précision le rapport de la force léfractive des différents milieux , avec leur force dispersive, précision nécessaire pour la théorie des lunettes et pour leur construction.

Il y a des substances qui ont une double réfraction, en sorte que les objets qu'on regaide à travers un prisme formé de ces substances, paraissent doubles. Tel est le cristal déroche, le cristal d'Islande; et ces substances ont vraisemblablement cette propriété, parce qu'elles sont composées de lames hétérogènes placées les unes sur les autres; du moins on produit le même phénomène avec des verres artificiels ainsi disposés. Cette double réfraction a été employée avec beaucoup de succès par M. l'abbé Rochon, à la mesure des petits angles. L'instrument qu'il a inventé pour cet objet est très-ingénieux, et donne ces mesures avec la plus grande précision. Il peut servir aussi à mesurer des distances, sans avoir besoin d'employer des bases d'une grande étendue.

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