FEMMES
Sur les femmes qui se prostituent à leurs domestiques (i).
Une loi de France condamne dans ce cas le domestique à la mort, quand la femme est mariée, ou que c'est une fille sous la puissance de parents. C'est ainsi qu'autrefois la vanité foulait aux pieds l'humanité et la justice; c'est ainsi que ceux qui avaient des aïeux ou des richesses osaient avouer leur insolent mépris pour les hommes, et ce sont les siècles qui ont produit ces lois qu'on a l'imbécillité ou la tuipitude de regretter. Cette loi est du nombre de celles qu'il est à désirer, pour l'honneur de la nation, de voir effacer de notre code.
FÉTE-DlEU (2).
Cette solennité fut longtemps en France une source de troubles. La populace catholique forçait à coups de pierres et de bâtons les protestants à tendre leurs maisons , à se mettre à genoux dans les rues. Le cardinal de Lorraine, les Guise, employèrent souvent ce moyen pour faire rompre les édits de pacification. Le gouvernement a fini par érigei- en loi celte fantaisie de la populace ; ce qui est arrivé plus souvent qu'on ne croit dans d'autres circonstances
(1) Voltaire, toine XXIX, p. '.i-io.
(2) Voltaire, tome XVIi, p. juj^.
et chez d'autres nations. Pendant plus d'un siècle , il n'y a pas eu d'années où cette fête n'ait amené quelques émeutes ou quelques procès. À présent elle n'a plus d'autre effet que d'embarrasser les rues, et de nourrir dans le peuple le fanatisme et la superstition. En Flandre et à Aix en Provence, la procession estaccompagnéede mascarades et de bouffonneries dignes de l'ancienne fête des fous. Â Paris, il n'y a rien de curieux que des évolutions d'encensoirs assez plaisantes, et quelques enfants de la petite bourgeoisie, qui courent les rues, masqués en saints Jeans, en Madeleines, etc. On des crimes qui ont conduit le chevalier de la Barre sur l'échafaud en 1766, était d'avoir passé, un jour de pluie, le chapeau sur la tête , à quelques pas d'une de ces processions.
FÊTES (i
Défendre à un homme de travailler pour faire subsister sa famille, est une barbarie; punir un homme pour avoir travaillé, même sans nécessité, est une injustice. Les lois sur la célébration des fêtes sont un hommage rendu, parla puissance civile, à l'orgueil et au despotisme des prêtres. On prétend qu'il faut au peuple des jours de repos : mais pourquoi ne pas lui laisser la liberté de les choisir ? Pourquoi le forcer, à certains jours, de se livrer à l'oisiveté, a la débauche, suite nécessaire de l'oisiveté d'un grand
(1) Voltaire, tome XXIX, p. iHi.
nombre d'hommes grossiers léunis? Si l'on eût fixé le dimanche pour le jour où tous les tribunaux, toutes les audiences des gens en place, toutes les caisses pu])lic[ues seraient ouvertes au peuple; où ils pourraient s'assembler pour les affaiies communes; où les lois du prince leur seraient annoncées; où tous les actes dont il est important d'instiuire les citoyens seraient publiés, ces jours deviendraient nécessairement des jours de repos et de fêtes pour tous ceux qui ne seraient point obligés de travailler ou de s'occuper d'affaires. Quant aux règlements qui défendent certaines choses pendant le service divin et les permettent à d'autres heures, tolèrent qu'on vende des petits pâtés et ne tolèrent pas qu'on porte un habit en ville, veulent qu'on demande permission à un prêtre ou à un magistrat pour couper ses blés, exigent qu'on n'use de cette permission qu'après avoir été à la messe; ils seraient la preuve de la superstition la plus abjecte, si l'argent qui en revient aux magistrats subalternes n'obligeait pas d'y supposer des vues plus profondes.
FEU (sur la. nature du) (i).
On voit, par la lecture de toutes les pièces sur la nature du feu, envoyées à l'Académie en 1740? (|ue la doctrine de Stahl, sur le phlogistique, était alors absolument inconnue en Krance. Le phlogis-
(i) Voltaiir, lomcXXXI, p. 3o/,.
SUR VOLTAIRE. l[0<Jf
tique, selon cet illustre chimiste, est un principe qui se retrouve le même dans tous les corps inflammables, qui est la cause de leur inflammabilité» ou plutôt la décomposition de ce principe produit le feu élémentaire, la lumière dont l'action devient sensible dans îe phénomène de l'inflammation. Stahl ne croyait pas, en effet, que le feu élémentaire, la lumière se combinassent immédiatement avec l'acide vitriolique pour faire du soufre, avec une chaux métallique pour faire un métal; il regardait la substance qui se combinait comme étant déjà le produit, l'effet d'une première combinaison , qui échappait aux movens et aux observations de l'art.
On a trouvé depuis que, dans les phénomènes où Stahl n'avait vu que la combinaison du phlogistique, il y avait dégagement d'un fluide aériforme , qu'on nomme air vital, air dcplilogisliqaé , et que ces pbénomènes , qu'il expliquait par le dégagement du phlogislique, étaient accompagnés d'une combinaison avec ce même fluide. Quelques chimistes en ont conclu que le phlogistique n'existait point dans les corps. Cette assertion nous paraît hasardée. En effet, la lumière qui est produite par l'inflammation appartenait , ou au corps enflammé , ou à cet air nécessaire pour que l'inflammation ait lieu : dans le premier cas, il faut reconnaître un principe particulier dans le corps inflammable; dans le second, il faut le reconnaître dans cet air vital; mais l'air vital ne paraît point se décomposer dans plusieurs de ces opérations. Il semble donc plus probable que le phlogislitp.ie, c'est-à-dire le [)iincipe auquel est due,
4lO NOTES
dans ces phénomènes, Tapparition de la lumière, appartient aux corps inflammables, comme Stahl l'a
imagine.
On pourrait, d'après plusieurs expériences, regarder le fluide aériforme qu'on nomme air inflammable, et qui détone avec l'air vital, comme étant le principe de Stabl ; mais d'autres expériences paraissent prouver que la lumière seule peut se combiner avec les corps, puisque la lune cornée étant exposée aux rayons du soleil, et dans un flacon bouché, se colore en violet. Il faudrait, il est vrai, examiner si cet effet se produit dans le vide, ou sans que l'air du flacon soit diminué ou changé de nature.