GREGOIRE VU
Sur sa canonisation (i).
Benoît XIII imagina, dans le dix-huitième siècle, de canoniser ce pape, ennemi des rois et de toute autorité séculière; ce perturbateur de l'Europe, l'auteur de tant de guerres et de scandales, l'amant hypocrite, ou du moins le directeur très-indiscret de Mathilde, le séducteur qui avait abusé de son crédit sur sa pénitente pour se faire donner son patrimoine; un homme, enfin, convaincu par ses propres lettres d'avoir commis un parjure et d'avoir fait de fausses prophéties, c'est-à-dire d'avoir été un insensé ou un fripon. Voilà les hommes que, dans le siècle où nous vivons, Rome met au nombre des saints; et les prêtres de l'Église romaine osent encore parler de morale! ils osent accuser de sédition ceux qui prennent la défense de l'humanité contre leurs prétentions séditieuses!
Le parlement de Paris voulut sévir contre cet attentat de Benoît XIII ; mais le cardinal de Fleury trahit,
(i) Voltaire, tome XVII, p. I\i.
en faveur de la cour de Rome, les intérêts de son prince et de la nation. Ce n'est pas que Fleury fût dévot, ni même hypocrite; mais il aimait par goût les intrigues de prêtres, et il baissait les parlements, que sa poltronnerie lui faisait croire dangereux pour l'autorité rovale.
GREGOIRE XIII (i).
Grégoire XIII approuva le massacre de la Saint- Barthélemi, l'annonça dans un consistoire comme un événement consolant pour la religion, et voulut en consacrer et en éterniser le souvenir par un tableau qu'il fit placer dans son palais. Cette seule action suffit pour rendre sa mémoire à jamais exécrable.
GRIFFET (le Père) , jésuite (2).
Le Père Griffet , connu par des sermons médiocres et par des ouvrages historiques plus médiocres encore, était regardé comme un grand homme par le parti des jésuites. Il n'y avait dans ce parti aucun homme d'un mérite réel, et Griffet avait du moins celui d'avoir défendu la cause de son ordre contre les parlements avec plus de zèle et de courage c[ue de raison ou d'éloquence. Il demanda au parlement la permission de rester en France , parce qu'il était
(1) Voltaire, tome XIX, p. 282.
{2) Voltaire, tome XXVI , p. 338.
obligé de subir l'opération de la taille. H n'y a qu'un coips qui puisse avoir le courage d'ajouter quel(}ue chose au malheur d'un homme condamné à une opération cruelle et dangereuse. On ordonna par arrêt que Griffet serait sondé par les chirurgiens du parlement. C'était le comble de la barbarie, d'exiger qu'un malade se soumît à essuyer une opération doulouieuse , et où la maladresse d'un chirurgien peut causer la mort, par la main d'un homme à qui il n'avait point donné sa confiance. Griffet aima mieux partir; et telle était alors la haine contre les jésuites, que le parlement crut n'avoir fait que suivre les formes.
HALLER (i).
Un étranger se présente chez M, de Voltaire , et lui raconte qu'il a vu à Berne M. de Haller. M. de Voltaire le félicite sur le bonheur qu'il a eu de voir un grand homme. Vous m étonnez^ dit l'étranger, M. de Haller ne parle certainement pas de vous de la même manière. — E/i bien, répliqua M. de Voltaire , il est possible que nous nous trompions tous deux.
HALLER ET SPALLANZAPsI (2).
Les observations de Haller et de Spalianzani
(1) Voltaire, tome LV, p. 282.
(a) Voltaire, tome XLV, p. 53.
fi-ÏS
semblent avoir prouvé que l'embryon existe avant la fécondation dans l'œuf des oiseaux, et par analogie dans la femelle vivipare, que la substance du sperme est nécessaire pour la fécondation, et qu'une quantité presque infiniment petite peut suffire. Mais comment dans ce système expliquer la ressemblance des mulets avec leurs pères? Comment cet embryon et cet œuf se forment-ils dans la femelle? Comment le sperme agit-il sur cet embryon? Voilà ce qu'on ignore encore. Peut-être quelque jour en saura-t-on davantage. Les versspermatiques ne deviennent plus du moins des bommes, ni des lapins. Quant aux molécules organiques, elles ressemblent trop aux monades; mais remarquons, à l'iionneuide Leibnilz, que jamais il ne s'est avisé de prélendre avoir vu des monades dans son microscope.
HARDOUI^ (le Père) (i).
Le Père Hardouin chercbait à prouver qu'un Dieu , tel que les cartésiens le concevaient , ne pouvait ressembler au véritable Dieu, tel que l'admettent les chrétiens; puisque ce Dieu des philosophes devait gouverner le monde par des lois générales et invariables, ce qui, selon le Père Hardouin, détruisait toute espèce de révélation parliculière et toute religion, même la religion naturelle. Il prouvait que ces philosophes étaient athées, par les mêmes arguments
(i) Volt^iro, loiiie XX , p. no.
[\ll\ NOTES /
fjiie les déistes eniploienl pour prouver (jueles théologiens sont absuides.
HARLAY (Achille de),
PBEMIER PRÉSIDENT (l).
M. de Voltaire, dans la Henriade, dit en parlant de Harlay :
Il se présente aux seize, il demande des fers , Du front dont il aurait condamné ces pervers.
Ces vers ne sont point une exagération poétique; ils rendent exactement ce que l'on trouve dans les mémoires du temps. C'est ce même Harlay qui, lorsque le duc de Guise voulut lui faire une grande apologie de sa conduite dans la journée des barricades, lui dit pour toute réponse: Monsieur, c'est grande pitié quand le valet chasse le maître de la maison.
Il était peu riche; le roi lui avait donné un terrain pour bâtir une maison. Ayant été obligé, quelque temps api^ès, de s'opposer à un édit qu'il croyait injuste, il renvoya le brevet de ce don. Le roi refusa de l'accepter. Il mourut sous Louis XIII, âgé d'environ quatre-vingts ans.
(i) Voltaire, tome XXVI, p. i/i/,.
SUK VOLTAIllE. /^'iS
HAllY (i).
Jusqu'ici l'on n'a pu rien découvrir sur les lois de l'attiaction à de très-petites distances. C'est dans l'examen des phénomènes de la cristallisation que l'on pourra tiouver un jour ces lois; mais jusqu'ici ces phénomènes n'ont pas même été suffisamment observés, pour qu'on puisse connaître la manière dont s'exécute cette opération. M. l'abbé Hauy vient de donner, sur la formation des cristaux, plusieurs mémoires qui ont répandu un grand jour sur cette matière importante. Cependant on est peut-être encore bien éloigné d'en savoir assez pour pouvoir y appliquer le calcul, et connaître les lois de la force attractive qui préside à la cristallisation.