IMPOT UNIQUE
Sur la proposition , qui a fait rire les Anglais, d'établir un impôt
unique en Fiance ( i ) .
Cela est vrai, mais rAngleteire est un des pays de l'Europe où l'on trouve le plus de préjugés sur tous les objets de l'administration et du gouvernement. Tout écrivain politique, en Angleterre, peut prétendre aux places, et rien ne nuit plus dans la recherche de la vérité, que d'avoir un intérêt bien ou mal entendu , de la trouver conforme plutôt à une opinion qu'à une autre. Il est très-possible, par cette raison, que les lumières aient moins de peine à se répandre dans une monarchie que dans une république; et s'il existe dans les républiques plus d'enthousiasme patriotique , on trouve dans quelques monarchies un patriotisme plus éclairé.
D'ailleurs, l'établissement d'un impôt unique est une opération qui doit se faire avec lenteur, et qui exige, pour ne causer aucun désordre passagei-, beaucoup de sagesse dans les mesures. Il faut, en effet, s'assurer d'abord par quelles espèces de piopriétés, par quels cantons chacjue espèce d'impôts est réellement payée, et dans quelle proportion chaque espèce de propriété, chaque canton ou la totalité de l'État y contribuent; il faut répartir ensuite dans la même proportion l'impôt (jui doit les renqjlacer.
Il faut, par conséquent, avoir un cadastre général
(i) Voltairr, tome XLV, p. '/9.
SUR VOLTAIRE. ^'5 l
de toutes les terres; mais quelque exactitude qu'on suppose dans ce cadastre, quelque sagacité que l'on ait mise dans la distribution de la taxe qui remplace les impôts indirects, il est impossible de ne pas commettre des erreurs très-sensibles : il est donc nécessaire de ne faire cette opération que successivement, et il faut, de plus, être en état de faire un sacrifice momentané d'une partie du revenu public, quoique le résultat de ce changement de forme des impôts puisse être à la fois d'en diminuer le fardeau pour le peuple, et d'augmenter leur produit pour le souverain. Enfin, comme la plupait des terres sont affermées, comme lorsqu'on en soumet le produit à un nouvel impôt destiné à remplacer un impôt d'un autre genre, une partie seulement de la compensation qui se fait alors serait au profit du propriétaire, et le reste au profit du fermier, c'est une nouvelle raison de mettre, dans cette opération, beaucoup de ménagement, quand même on serait parvenu à connaître, à peu près, dans chaque genre de culture, la partie de l'impôt que l'on doit faire porter au propriétaire, et celle dont , jusqu'à l'expiration du bail, le fermier doit être chargé; mais si cet ouvrage est difficile , il ne l'est pas moins d'assigner à quel point la nation qui l'exécuterait verrait augmenter en peu d'années son bien-être, ses richesses et sa puissance.