NOTT-S
des monnaies anciennes ne pouvant ni les employer dans le commerce, ni les vendre avec avantage comme matière, la valeur des billets devait augmenter; mais cette hausse était plus que compensée par la diminution de la confiance. Il finit par défendre de garder de l'argent chez soi. L'effet de cette dernière loi fut encore de rendre l'argent plus rare , mais aussi de faire tomber les billets de plus en plus. Au milieu de toutes ces lois, le public de Paris, occupé, non plus des fortunes qu'on pouvait faire en actions ou en payant ses dettes en billets , mais de celle que l'agiotage de ces billets faisait espérer, ne voyait encore qu'à demi l'illusion des projets de I.aw. Lui-même, enfin, réduisit ses billets à la moitié de leur valeur; alors le prestige qui l'avait soutenu fut absolument dissipé, et Law fut obligé de quitter le ministère et la France.
Telle est l'histoire abrégée de ce système, tel que nous avons pu le saisir au milieu de cette foule de lois et d'opérations qui se succédaient avec une rapidité dont il n'y a peut-être jamais eu d'exemples.
L'ignorance où l'on était alors, principalement en France, sur la nature et les effets des opérations de ce genre, fut la seule cause du succès momentané du système de Law, des révolutions prodigieuses (pi'il causa dans les fortunes; son effet dans l'administration fut une banqueroute partielle, faite de la manière la plus injuste, la plus propre à multiplier les désastres particuliers; et il n'en est resté dans les esprits que des préjugés contre les billets de banque, qui, cependant, peuvent souvent être utiles, soit
SUR VOLTAIRE. ^6 l
pour diminuer le prix de l'argent, et en laisser une plus grande quantité pour le commerce étranger, ou pour les différents usages qu'on peut faire de l'argent non monnayé, soit pour augmenter la production et le commerce, en rendant la circulation plus facile et moins coûteuse.
LAUD (i).
Sous Charles I", en Angleterre , le parlement entreprit de faire le procès à l'archevêque Laud , dont le crime réel était d'être le favori du roi , et dont le crime imaginaire était celui de qui nen a pas [covixmQ dit Montesquieu, en parlant de ceux de lèse-majesté et de trahison). Jean Herne, plaidant pour lui, disait : « Mylords , je représenterai humblement à vos grandeurs que ce que nous entreprenons de faire aujourd'hui, est une affaire de la plus haute et de la plus grande conséquence. Il s'agit ici de la vie d'un archevêque, et d'un aichevéque élevé à la plus haute
dicrnité... M. Herne, dit alors le conseiller Wild
en l'interrompant, nous n'avons jamais allégué que chacune de ses actions, prises en particulier., rendît cet archevêque coupable de trahison et de mort; mais nous disons que toutes les fautes de cet archevêque, soit grandes, soit petites, mises ensemble, forment, par voie d'accumulation, une grande trahison.—U. le conseiller, répliqua Herne, je vous
(i) Voltaire, tome XXVI, p. 456.
demande pardon; mais je n'avais pas su jusqu'ici que deux cents lapins pussent jamais faire un cheval. »
LEIBNITZ (i).
Leibnitz prétendait qu'il n'y avait aucun phénomène dans la nature qui fut l'ouvrage du hasard ou de la volonté sans motif de l'Être suprême; mais que chacun avait une raison suffisante de son existence, soit dans la nature même des choses, soit dans la perfection de l'ordie général de l'univers. Voilà ce qu'il a soutenu, mais ce (|u'il n'a pas prouvé. Il a essayé d'en donner des preuves métaphysiques; mais il est aisé de voir qu'elles supposent une connaissance de l'essence divine que nous ne pouvons avoir. Quant aux preuves de fait , il faudrait pouvoir assignei- d'une manière claire la raison suffisante de tous, ou de presque tous les phénomènes; alors ce principe pourrait devenir du moins très-probable.