‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 139 sur 183 · LOIS SOMPTUAIRES · texte numérisé non relu

LOIS SOMPTUAIRES

Toute loi somptuaire est injuste en elle-même. C'est pour le maintien de leurs droits que les hommes se sont réunis en société, et non pour donner aux autres celui d'attenter à la liberté que doit avoir chaque individu de s'habillei', de se nourrir, de se

(i) Tome XXIX, p. 28.

(2) Voltaire , tome XVIII , (>. 97.

loger à sa fantaisie; en un mot , de faire de sa propriété Tusage qu'il veut en faire, pourvu que cet usage ne blesse le droit de personne.

Les lois somptuaires ont été très-communes chez les nations anciennes; elles eurent pour cause l'envie que les citoyens pauvies portaient aux riches, ou la politique des riches mêmes qui ne voulaient pas que les hommes de leur parti dissipassent en frivolités des richesses qu'on pouvait employer à l'accroissement de la puissance commune. Les anciens, qui, dans plusieurs de leurs institutions politiques, ont montré une sagacité et une profondeur de vues que nous admirons avec raison , ignoraient les vrais principes de la législation , et comptaient pour rien la justice. Ils croyaient que la volonté publique a droit d'exiger tout des individus et de les soumettre à tout; opinion fausse, dangereuse, funeste aux progrès de la civilisation et des lumières, et qui ne subsiste encore que trop parmi nous.

L'histoire a prouvé que toutes les lois somptuaires des anciens et des modernes ont été partout, après un temps très-court, abolies, éludées ou négligées; la vanité inventeia toujours plus de manières de se distinguer que les lois n'en pourront défendre.

Le seul moyen permis d'attaquer le luxe par les lois, et en même temps le seul qui soit vraiment efficace , est de chercher à établii- la plus grande égalité entre les fortunes , par le partage égal des successions, la destiuction , ou la lestriction du droit de tester, la liberté de toute espèce de commerce et d'industrie; etces lois sont précisément celles (pie, in-

clépendamment du désir d'abolir le luxe, la justice, la raison et la nature conseilleraient à tout législateur éclairé.

(i) Les lois somptuaires sont, par leur nature, une violation du droit de propriété. Si dans un petit État il n'y a point une grande inégalité de fortune, il n'y aura pas de luxe: si cette inégalité y existe, le luxe en est le remède. Ce sont les lois somptuaires de Genève qui lui ont fait perdre la liberté.

LOUIS XIV (règne de).

Sur les négociations entre Louis XIV et Charles II , contre la Hollande (2).

On trouve des anecdotes curieuses sur toutes ces négociations, dans les pièces justificatives des Mémoires de la Grande-Bretagne et de l'Irlande ^ par le cbevalier Dalrymple. On y voit comment l'argent de Louis XIV gouverna l'Angleterre depuis 1669 jusqu'en 1677; comment il servait à déterminer Charles II à se convertir, et puis l'engager à différer sa conversion, et qu'il était le contre-poids des autres intérêts qui conduisaient ce roi et ses ministres. Ces détails de corruption sont bonteux ; mais il est utile que les peuples les connaissent , et que les princes apprennent que ces mystères de la politique sont toujouis révélés. Au reste, ces mé-

(i) Voltaire, tome XLI, p. 5o5.

(2) Voltaire , tome XX, p. 346.

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