‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 154 sur 183 · PAIX PERPÉTUELLE · texte numérisé non relu

PAIX PERPÉTUELLE

Le projet d'une paix perpétuelle est absurde , non en lui-même, mais de la manière qu'il a été proposé. H n'y aura plus de guerre d'ambition ou d'humeur, lorsque tous les hommes sauront qu'il ny a

(i) Voltaire, tome XVII, p. /,86.

(2) Voltaire, tome XLV, p. 370.

rien à gagner, dans les guerres les plus heureuses, que pour un petit nombre de généraux ou de ministres; parce qu'alors tout homme qui entieprendrait la gueire pai- ambition ou par humeur, serait regardé comme l'ennemi de toutes les nations, et qu'au lieu de fomenter des troubles chez ses voisins, chaque peuple emploierait ses forces pour les apaiser : lorsque tous les peuples seront convaincus que l'intérêt de chacun est que le commerce soit absolument libre, il n'y aura plus de guerre de commerce; lorsque tous les hommes conviendront que si l'héritage d'un prince est contesté , c'est aux habitants de ses Etats à jnger le procès entre les compétiteurs, il n'y aura plus de guérie pour des successions ou d'antiques préventions : alors les guerres devenant extrêmement rares , les auteurs des guerres étant souvent punis, on pourrait dire : les hommes jouissent d'une paix perpétuelle, comme on dit qu'ils jouissent de la sûreté dans les États policés, quoiqu'il s'y commette quelquefois des assassinats.

L'établissement d'une diète européenne pourrait être très-utile pour juger différentes contestations sur la restitution des criminels, sur les lois du commerce, sur les principes d'après lesquels doivent être décidés certains procès où l'on invoque les lois de différentes nations. Les souverains conviendraient d'un code d'après lequel ces contestations seraient décidées , et s'engageraient à se soumettre à ses décisions, ou à en appeler à leur épée; condition nécessaire ])our ([u'un tel tribunal puisse s'établir, puisse être durable el utile. On peut persuader à un prince qui

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dispose de deux cent mille hommes , qu'il n'est pas de son intérêt de défendre ses droits ou ses prétentions par la force; mais il est absurde de lui proposer d'y renoncei'.

PALESTINE (i).

Ceux qui douteraient que la Palestine n'ait été un pays très-peu fertile, peuvent consulter deux giaves dissertations sur cet objet important, par M. l'abbé Guénée, de l'académie des inscriptions. Les preuves qu'on y trouve de la stérilité de ce pays sont d'autant plus décisives , que l'intention de l'auteur était de prouver précisément le contraire. Les dissertations de l'abbé de Vertot sur l'authenticité de la sainte Ampoule produisent le même effet; mais on a soupçonné l'abbé de V ertot d'y avoir mis un peu de malice, ce dont on n'a garde de soupçonner l'autre académicien.

PALISSI (Bernard).

Sur cet écrivain , que Voltaire regardait comme l'auteur de l'ouvrage intitulé : Le moyen de devenir riche , et la manière véritable par laquelle tous les hommes de France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors et possessions, par maître Bernard Palissi, inventeur des rustiques figulines du roi (2).

L'éditeur de la nouvelle édition des OEui>res de

(i) Voltaire, tome XVII, p. 108.

(a) Voltaire, tome XXIX, p. 486.

5lO NOTES

Palissi piétend que ce titre ridicule n'est point de Palissi, mais d'un ancien éditeur. Cependant il ne serait pas singulier que l'auteur même eût pris ce titre. Il avait fait pour le roi de grandes figures de sa nouvelle faïence , et c'était par ces ouvrages qu'il s'était fait connaître à la cour.

Palissi fut un homme d'un véritable génie; c'est à lui que nous devons l'art de faire de la faïence, qu'il n'apprit pas des Italiens, mais (|u'il devina, et qu'il sut porter à un grand degré de perfection : ce n'était pas d'ailleurs un potier de terre, mais un ingénieur assez instruit pour son temps dans les mathématiques et dans la physique. Sa découverte des productions marines existantes dans les pierres, est l'époque de la naissance de l'histoire naturelle en France et même en Europe. Il était très-zélé protestant , on le mit en prison; mais comme il avait inventé des rustiques /i^u/i/ies pour le roi , il ne fut pas brûlé comme tant d'autres. Le falun de Touraine contient réellement un grand nombre de coquilles; et si elles sont réduites en terre calcaire très-friable, elles peuvent être un fort bon engrais. Quant aux pointes d'oursins dans le porphyre, c'est une de ces rêveries qui, mêlées aux vérités que les bons observateurs avaient découvertes, ont contribué à entretenir M. de Voltaire dans son erreur sur les coquilles fossiles. Rien n'est plus funeste à la vérité que de se tiouver en mauvaise compagnie.

SUR VOLTAIRE. :) l |

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