‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 155 sur 183 · PARLEMENT · texte numérisé non relu

PARLEMENT

Sur la déclaration /aite par le parlement de Paris , en 1598 , que la loi salique était inviolable (1).

A la mort du duc de Guise, le parlement était composé d'environ cent quatre-vingts membres. Bussy en met en prison cinquante, les plus connus par leur fidélité au roi, et par leur courage. Brisson se voit forcé , à regret , de paraître ligueur. L'Archer et lui sont pendus peu de temps après, et en 1093, le parlement rend un arrêt pour le maintien de la loi salique. On peut conclure de ces faits, que le parti de Henri IV, le parti des lois et de la justice, dominait dans le parlement, et que si cette compagnie eût été libre , elle ne se fût pas écartée de la fidélité qu'elle devait au roi. Le fanatisme de quelques membres, la corruption de quelques autres vendus aux Guise et à l'Espagne, la terreur du reste, la dispersion ou la mort de tous ceux qui avaient du courage, furent cause que ce débris du parlement, renfermé dans Paris, rendit des arrêts contraires aux principes reconnus de la magistrature. Cependant l'arrêt qui reconnaissait pour roi le cardinal de Bourbon, conservait la succession dans la ligue catholique; et il faut songer que depuis plusieurs siècles, l'idée qu'un prince hérétique perd ses droits au trône , était celle de toute l'Europe. Les protestants eux-mêmes n'étaient pas éloignés de cette doc-

(1) Voltaire, tome XXVI, p. 162.

trine; aussi sévères contre l'hérésie que les plus zélés partisans de Rome, ils se bornaient à soutenir que la doctrine qu'ils pièchaient ne devait pas être regardée comme hérétique. On voit enfin que le parlement profita, pour déclarer la loi salique inviolable, du premier moment où il put faire cette déclaration sans s'exposer à la violence des ligueurs.

Sur les querelles des parlements et du clergé en 1756 ( i ).

Il ne sera pas inutile d'observer ici que tous ces troubles n'eurent d'éclat et d'importance que par les divisions du ministère. Toute opération du gouvernement, qui n'est pas de nature à soulever le peuple, ne peut exciter aucun trouble dans une monarchie, tant qu'il subsiste de la force et de l'union dans le conseil du prince.

Rien n'est funeste aux rois que leur propre faiblesse.

Ce vers renferme toute la politique des monarques dans ce qui intéresse la tranquillité de l'État, leur autorité, leur sûreté.

Mais comment se flatter que la tranquillité se rétablisse lorsque chaque parti contre lequel le gouvernement se déclare, est sur d'avoir des protecteurs dans le gouvernement même, et peut espérer de les voir bientôt s'emparer du premier crédit ? Comment s'assurer qu'il n'y aura pas de troubles, si ceux même qui devraient les léprimer, s'unissent en secret avec les brouillons qui les excitent?

(i) Tome XXII, p. 3/,6.

SUR VOLTAIRE. 5l3

Dans une monaicbie , c'est à la cour seule que se forment les orages; c'est là que sont les vrais perturbateurs, c'est de là que partent les intrigues qui excitent les factions, ou les ordres violents qui soulèvent le peuple. A la Chine , on rend ceux qui gouvernent responsables des troubles, quelle qu'en soit la cause ou le prétexte ; cette loi n'est pas injuste en elle-même, mais elle est absurde. C'est donner un moyen de plus à ceux qui veulent déplacer un gouverneur ou un ministre. Le seul remède à ce mal, est de n'avoir pour ministres que des hommes honnêtes et guidés par les mêmes principes de politique.

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