‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 157 sur 183 · IV · texte numérisé non relu

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votre conscience vous prescrivent, il y a beaucoup à parier que vous en serez plus heureux, et si vous y perdez quelques plaisirs, songez aux risques aux- (juels vous vous exposeriez , si ceux qui croient qu'il existe un Dieu vengeur du crime avaient raison. » (]e discours serait très-philosopbique et très-raisonnable ; mais il suppose que la croyance n'est pas nécessaire pour être à l'abri de la punition. Tout bomme qui professe une religion oii la foi est nécessaire, ne peut se servir de l'argument de Pascal.

Cet argument a encore un autre vice, quand on veut l'appliquer aux religions qui prescrivent d'autres devoirs que ceux de la morale naturelle. 11 ressemble alors au raisonnement d'Arnoud : « Il n'est pas prouvé que mes sacbets ne guérissent point quelquefois de l'apoplexie; il faut donc en porter pour prendre le parti le plus sûr. »

Enfin , cet argument s'appliquant à toutes les religions dont la fausseté ne serait pas démontrée, conduirait à un résultat absurde, il faudrait les pratiquer toutes à la fois.

Sur cette pensée :

«Toutes les fois qu'une proposition est inconcevable, il ne faut pas nier à cette marque, mais examiner le contraire; et si on le trouve manifestement faux, on peut affirmer le contraire, tout incompréhensible qu'il est. »

(i) Comment une proposition est-elle inconce-

(i) Tome XXX, p. 34/,.

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vaille, tandis que la proposition contradictoire (c'est le sens de Pascal, ou sa pensée n'en a aucun) est manifestement fausse; ou comment sait-on cpi'une proposition est fausse quand on ne l'entend point? Il est impossible de croire véritablement ce qu'on ne conçoit pas; mais on peut ignorer les liaisons, les causes d'un fait observé ; on ne peut pas entendre parfaitement certaines conséquences d'une vérité prouvée.

Sur cette pensée :

(c Les hommes ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leur misère continuelle; et ils ont un autre instinct qui reste de la grandeur de leur première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le

repos. »

(i) Il y a perpétuellement ici des équivoques.

Quelques personnes poursuivent le plaisir dans les divertissements, dans le travail même, pour se dérober à l'ennui ou à des sentiments douloureux ; mais ce n'est point le plus grand nombie, ce n'est point là l'état naturel de l'homme. Je m' ennuierais, si je passais ma vie à ne rien faire , ou Je travaille pour ne pas niermujer, ne sont point deux pbrases synonymes : le bonheur n'est ni dans l'action , ni dans le repos, mais dans une suite de sentiments ou de sensations agréables que, suivant la constitu-

(i) Tome XXX, p. 39.0.

tioii particulière d'iui homme, ou les circonstances de sa vie, l'action ou le lepos peuvent lui procurer.

Sur cette pensée :

(( Les vrais honnêtes gens ne veulent point d'enseigne. »

(i) Cette pensée est curieuse; elle prouve que les talents, même distingués, avilissaient alors dans l'opinion , lorsqu'on s'y livrait hautement et sans mystère. Le président de Ris craignait que le nom d'auteur ne fût une tache dans sa famille ; et Pascal est presque de l'avis du président de Ris: il ne mettait pas son nom à ses livres, parce qu'il trouvait cela trop bourgeois.

Sur cette pensée :

« La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril. »

(•2) Pascal entend apparemment les douleurs qu'on éprouve à l'instant de la mort; et dans ce sens, sa pensée est vraie. Sans les idées religieuses, les terreurs de la mort seraient bien peu de chose : on serait tâché de mourir, si on se trouvait heureux dans le monde, comme on l'est d'aller se coucher au lieu d'aller au bal , même avec la certitude de bien dormir; on serait affligé de mourir, lorsque le bonheur des personnes qu'on aime, leur sort, leur bien-être, dépendraient de notre existence.

(i) Tome XXX, p. i^o- (2] Tome XXX, p. 334.

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PÂLLIÂN (i).

Il s'agit ici du jésuite Paulian, qui envoya un mauvais Dictionnaire de physique à M. de Voltaire, en lui écrivant qu'il le regardait comme un des plus grands hommes de son siècle , et fit, l'année d'après , un Dictionnaire antiphilosophique, digne de son titre, dans lequel M. de Voltaire était insulté avec la grossièreté d'un moine et l'insolence d'un jésuite. Il n'est pas rigoureusement vrai que Rout ait été chassé de la chambre de Montesquieu mourant ; on ne l'osa point, parce que les jésuites avaient encore du crédit; mais il est très- vrai qu'il troubla les derniers moments de cet homme célèbre, qu'il voulut le forcer à lui Hvrer ses papiers, et qu'il ne put y réussir. Peu d'heures avant que Montesquieu expirât , on renvoya Rout et son compagnon ivres-morts dans leur couvent.

PERRON (du).

Sur les étranges assertions de ce cardinal [1).

Voici comment raisonnait du Perron : « La crainte de la mort n'arrête pas les fanatiques; c'est leur conscience qu'il faut détromper. » Mais une décision des états, adoptée même par le clergé, ne peut faire

(1) Voltaire, tome XLIII, p. 8/i.,

(2) Voltaire, tome XXVI, p. an.

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impression sur les fanatiques, s'ils ne la regardent pas comme une décision de l'Église universelle. Or, l'article proposé par le tiers étal , comme une loi fondamentale, contient trois parties: la première, qu'il n'est pas permis d'assassiner les rois ; toute l'Église en convient; c'est un article de foi.

La deuxième, que l'autorité des rois de France est indépendante, quant au temporel: on en convient encore, selon du Perron ; mais pourtant ce n'est pas un article de foi.

La troisième, qu'il n'y a aucun cas où les sujets puissent être dispensés du serment de fidélité; ce point paraît contentieux à du Perron. D'abord, jusqu'à la venue de Calvin , on a cru , dans toute l'Eglise, qu'on était absous du serment de fidélité envers tout prince qui violait le serment fait à Dieu et à son peuple de vivre et mourir en la religion catholique , et qu'un tel prince pouvait être déclaré déchu de tous ses droits, comme coupable de félonie envers le Christ.

Le principe, qu'il n'est pas permis d'assassiner les rois, perdrait sa force, si on le mêlait avec une proposition problématique comme cette dernière. D'ailleurs, on ne pourrait adopter en France ce principe, sans faire schisme avec le pape et le reste de l'Église catholique, qui croit le contraire. Enfin, le tiers état , en proposant cette loi , attribuait aux personnes laïques le droit de juger des choses de la religion , ce qui est un sacrilège.

Nous ne ferons aucune réflexion sur ces [)rincipes, extraits fidèlement du discours de du Perron.

SUR VOLTAIRE. 5l()

PETROWITZ (Alexis).

Sur le procès criminel de ce prince ( i).

Cette histoire a été écrite d'après des mémoires et des pièces originales envoyés de Russie. On voit que le czar a fait condamner son fils par des esclaves dont la bassesse et la barbare hypocrisie est prouvée par le style même de la sentence. Le czarovitz mourut presque subitement le lendemain de sa condamnation. Quelle fut précisément la cause de sa mort? C'est ce qu'il est difficile de savoir. Mais, si le czar voulait conserver la vie à son fils, et se contenter de le priver de la succession au trône, quelle plate et abominable comédie que cette condamnation à mort ! quelle cruauté dans la lecture de celte sentence au malheureux czarovitz! Cette conduite du czar, qui aurait causé la mort de son fils, serait moins criminelle, sans doute, que l'assassinat juridique, ou l'empoisonnement d'Mexis; mais elle serait plus odieuse et plus méprisable.

On pourrait proposer cette question : Est-il permis à un despote de faire périr son successeur naturel , lorsqu'il le croit imbécile? Mais cette question n'en peut être une que pour ceux qui regarderaient le despotisme comme un gouvernement légitime.

(i) Voltairr, tome XXIV, p. '\in.

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JNOTtS

PHILIPPE II, ROI d'Espagne.

Sur la conspiration tramée par lui, pour enlever Jeanne de Navarre , mère de Henri IV ( i ).

On trouve un récit détaillé de cette anecdote dans une des pièces des Mémoires de Villeroi. Il paraît que la malheureuse femme de Philippe II servit à la découverte du projet. Cette action de justice et de généiosité fut peut-étie une des causes de sa moit précipitée. Le duc d'Albe et les princes de la maison de Guise étaient les chefs de l'entreprise. Leur agent, qui se trouvait à Paris, se sauva. Lorsque Charles IX raconta cette conspiration, dont il venait d'être instruit, au vieux connétable, et qu'il lui dit qu'il en avait instruit le secrétaire d'État l'Aubespine : En ce cas, lépondit Montmorenci, le traître ne sera pas arrêté. Ce mot et l'événement prouvent que Philippe avait déjà des pensionnaires dans le conseil de France.

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