PHILIPPE V
Sur les cabales qui eurent lieu en Espagne sous ce prince (2).
Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu'à l'aide du parti qui y subsistait en faveur de la maison d'Autriche. Ce parti s'était formé pendant la vie de
(1) Vohaire, tome XVIII, p. 428.
(■2) Voltaire, tome XXI, p. 7!).
Charles H, et les fautes du ministère de Philippe V lui doniièreiU des forces. H était impossible qu'il n'y eût des cabales dans la coui- d'un roi étianger à l'Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même; et il était impossible d'empêcher ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût- on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d'abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés à Madrid , des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné poui- guide un homme capable à la fois d'être ambassadeur, ministre et général ; assez supérieur à tous les préjugés pour n'en blesser aucun inutilement ; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son pouvoir, et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangeis le bien qu'il ferait à leur pays; un homme, enfin, dont le nom respecté dans l'Europe en imposât à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais madame de Mamtenon trouvait cpi'il n'avait pas une véritable piété.
La nation castillane montra un attachement inébranlable poui- Philippe V. Loisque les troupes de l'archiduc traversèrent la Castille , elles la trouvèrent presque déserte : le peuple fuyait devant elles , cachait ses vivres, poui- n'être pas obligé de leur en vendre. Les soldats qui s'écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands, dans l'intention d'y répandre le poison (pie les compa-
NOTKS
giioiis de Colomb avaieiil porté en Espagne. {^Mé- /noires de Saint-Philippe.) A peine soitis d'une ville, les partisans de rarcliiduc entendaient le bruit des réjouissances que le peuple faisait en Thonneur de Philippe. Mais la nation anagonaise penchait pour l'archiduc. La haine entre les deux nations semblait s'être réveillée. Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu'ils avaient déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement , ne l'avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi et combiné : cette force de caractère ne se montrait que quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.
Les Catalans furent dépouillés de leurs privilèges; heureusement ces prétendus privilèges n'étaient que des droits accordés aux villes et aux riches, aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction , l'industrie de celte nation s'est ranimée ; l'agriculture, les manufactures, le commerce, ont fleuri; et l'orgueil de la victoire a ordonné ce que dans un temps plus éclairé un gouvernement paternel eût voulu faire.
Sur son abdication (i).
Phili[)pe Vêtait attaqué d'une mélancolie piofonde (ijïoincXXII,p. 11.
qui le rendait quelquefois incapable de tout travail. Ce fut pour dérober cet état aux yeux de la nation , que ceux qui le conseillaient se prêtèrent au projet d'abdiquer qu'il avait foimé. Il se retira au cliàleau de Balsain, avec la reine, son confesseur et son ministre de confiance ; mais le jeune roi Don Louis n'eut d'abord que les honneurs de la royauté; c'était à Balsain que se décidaient toutes les affaires. Cependant , quoique ce règne n'ait duré que quelques mois , les ministres du nouveau roi , tous nommés par Philippe, tentèrent de brouiller le père et le fils. On proposa dans le conseil de Louis de retrancheila moitié de la pension du roi Philippe, sous le prétexte du désordre des finances. Louis rejeta celte proposition avec l'indignation qu'elle méritait. Philippe en fut instruit; et, lorsqu'il remonta sur le trône, à la mort de son fils, il dit au marquis de Leide , l'un de ceux qui avaient opiné pour le retranchement, et qui lui devait sa fortune : Monsieur le marquis de Leide, je n'aurais jamais cru cela de vous. De Leide se retira de la cour, et mourut de chagrin peu de temps après. Nous avons vu un exemple plus frappant encore de l'ingiatitude des ministres à l'égard des rois descendus du trône. Voyez Amédée ( Victor).
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