‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 161 sur 183 · POPULACE · texte numérisé non relu

POPULACE

PROPREMENT DfTE, PLONGEE PARTOUT DANS l'iONORANCE [i).

C'est une suite naturelle de l'inégalité que les mauvaises lois mettent entre les fortunes, et de cette

(i) Voltaire , tome XL , p. 356.

(a) Voltaire, tome XVIII , p. 388.

quantité d'hommes que le culte religieux, une jurisprudence compliquée, un système fiscal absurde et tyrannique, l'agiotage et la manie des grandes aimées, obligent le peuple d'entretenir aux dépens de son travail. Il n'y a de populace, ni à Genève, ni dans la principauté deNeucbâtel. Il y en a beaucoup moins en Hollande et en Angleterre qu'en France, moins dans les pays protestants que dans les pays catholiques. Dans tout pays qui aura de bonnes lois, le peuple même aura le temps de s'instruire, et d'acquérir le petit nombre d'idées dont il a besoin pour se conduire par la raison.

PRÉROGATIVES HEREDITAIRES (i).

Il a existé, et il existe encore plusieurs nations où l'on ne connaît ni dignités , ni prérogatives héréditaires : mais les familles qui ont été riches et puissantes durant plusieurs générations , les descendants des grands hommes en tout genre, de ceux qui ont rendu ou qui passent pour avoir rendu de grands services à la patrie , de ceux enfin à qui l'on attribue des actions extraordinaires, obtiennent, dans tous les pays, une considération héréditaire. Voilà ce qui est dans la nature ; le reste est Touvrage des préjugés. Les prérogatives héréditaires éteignent l'émulation, restreignent le choix pour les places importantes entre un plus petit nombre d'hommes, rendent

(i) Voltaire, tome XVII, p. 489.

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inutiles les talents de ceux qui, assez riches pour avoir reçu une bonne éducation , manquent de l'illustration nécessaire poui- aiiiver aux places. Les privilégesen argent, comme ceux delà noljlesse française, sont une des principales causes de la mauvaise administration des finances et de la misèie du peuple. Ces privilèges, ces prérogatives , obtenus par la force ou par l'intrigue, ont trouvé, au bout d'un certain temps, des hommes qui en ont fait l'apologie, et ont voulu en prouver l'utilité. C'est le sort de toutes les mauvaises institutions; ceux qui les ont faites seraient bien étonnés des motifs qu'on leur prête, et de tout l'esprit qu'on leur suppose.

PRÊTRES (i).

Les prêtres excitèrent plus d'une fois le peuple d'Athènes contre les philosophes, et cette fureur ne fut fatale qu'à Socrate. Mais le repentir suivit bientôt le crime, et les accusateurs furent punis. On peut donc prétendre, avec raison, que les Grecs ont été tolérants, surtout si on les compare à nous, qui avons immolé à la superstition des milliers de victimes , par des supplices recherchés et en vertu de lois permanentes; à nous, dont la sombre fureur s'est perpétuée pendant plus de quatorze siècles sans interruption; à nous enfin, chez qui les lumières ont plutôt arrêté que détruit le fanatisme qui s'im-

(i) Voltaire, tome XVI, p. i i6.

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mole encore des viclimes , et dont les partisans payent encore des apologistes pour justifier ses anciennes fureurs.

PRIMES (i).

Les sommes employées à payer les primes sont levées sur la nation , ce qu'il ne faut point perdre de vue. L'effet d'une prime est d'augmenter, pour le commerçant, l'intérêt des fonds qu'il met dans le commerce; il peut donc se contenter d'un moindre profit. Ainsi , l'effet de ces primes est d'augmenter le prix des denrées pour le vendeur, ou de le diminuer pour l'acheteur, ou plutôt de produire à la fois les deux effets. Lorsqu'elles ont lieu seulement pour le commerce d'un lieu à un autre, leur effet est donc d'augmenter le prix au lieu de l'achat, et de le diminuer au lieu delà vente. Ainsi, proposer une prime d'exportation , c'est forcer tous les citoyens à payer, pour que les consommateurs d'une denrée l'achètent plus cher, et que ceux qui la récoltent la vendent aussi plus cher.

Proposer une prime d'importation, c'est forcer tous les citoyens à payer, pour que ceux qui ont hesoin de certaines denrées puissent les acheter à meilleur marché.

L'étahlissement de ces primes ne peut donc être ni juste ni utile que pour des temps très-courts et dans des circonstances particulières. Si elles sont

(i) Voltaire, tome XXI , )». 191.

perpétuelles et générales, elles ne servent qu'à rompre l'équilibre qui dans l'état de libeité s'établit naturellement entre les productions et les besoins de chaque espèce.

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