‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 181 sur 183 · IV · texte numérisé non relu

IV

(\lb NOTES

justes sont défendues. Ce discours serait celui d'un homme raisonnable, mais celui qu'il aurait acheté ne serait pas son esclave.

Sur l'opinion de Voltaire , quil faut établir une bonne religion honnête, bien dépendante du souverain , et tolérer toutes les autres [i].

Les États-Unis de l'Amérique ont été plus loin : il n'y a chez eux aucune religion nationale ; mais quelques-uns de ces Etats ont faitune faute en excluant les prêtres des fonctions publiques; c'est leur diie de se réunir et de former imperium in imperio. Dans un pays bien gouverné, un prêtre ne doit avoir ni plus de privilèges , ni moins de droits qu'un géomètre ou un métaphysicien. Les droits de citoyen n'ont rien de commun avec l'emploi qu'un homme fait de l'esprit que la nature lui a donné.

Sur t opinion de Voltaire, qu'il serait convenable d'augmenter d'un tiers la taille et la capitation de quiconque ne serait pas marié à vingt-cinq ans (2).

Cette loi ne serait ni juste, ni utile : le célibat, dans aucun système raisonnable de morale, ne peut être regardé comme un délit; et une surcharge d'impôt serait une véritable amende. D'ailleurs, si cette punition est assez forte pour l'emporter sur les raisons qui éloignent du mariage, elle en fera faire de mauvais, et la population qui résultera de ces mariages ne sera ni fort nombreuse, ni fort utile.

(i) Tome XXXVI, p. 285.

(2) Tome XL, p. 25/,.

StJR VOLTAIRE.

Sur l'opinion de Voltaire, qui craignait les écoles dans les cam-

pagnes (i).

Le temps de l'enfance, celui qui précède l'âge où un enfant peut être assujetti à un travail régulier, est plus que suffisant pour apprendre à lire, à écrire, à compter, pour acquérir même des notions élémentaires d'arpentage, de physique et d'histoire naturelle.

Ilnefautpascraindrequecesconnaissancesdégoûtent des travaux champêtres. C'est précisément parce que presqu'aucun homme du peuple ne sait bien écrire, que cet art devient un moyen de se procurer avec moins de peine une subsistance plus abondante que par un travail mécanique. Ce n'est que par l'instruction qu'on peut espérer d'affaiblir dans le peuple les préjugés, ses tyrans éternels auxquels presque partout les grands obéissent même en les méprisant.

Sur l'article du Dictionnaire philosophique, relatif h l'inoculation {%).

Depuis le temps où cet article a été écrit, on a disputé beaucoup, en France, sur l'inoculation. Voici quels sont à peu près les points de la question qu'on peut regarder comme bien éclaircis : 1° la petite vérole naturelle attaque l'homme à tous les âges , et il est très-rare d'y échapper dans une longue carrière; 2« la petite vérole naturelle est beaucoup pins dangereuse que l'inoculation ; et les progrès que la

(i) Tome XL p. 253.

(2) Tome XLI, p. 336.

GaB NOTES

médecine a faits, en cinquante ans, dans l'art d'inoculer sans danger, sont plus certains et plus grands, à proportion , que ceux qu'elle a pu faire dans l'art de traiter la petite vérole naturelle ; 3^ il est très-rare pour le moins d'avoir deux fois la petite vérole naturelle ; il est aussi rare de l'avoir après l'inoculation , lorsque l'inoculation a véritablement fait contracter la maladie; 4^ l'établissement général de l'inoculation serait très-avantageux à une nation, il conserverait des hommes et en préserverait d'autres des infirmités qui sont trop souvent la suite de la petite vérole naturelle; 5° l'inoculation est en général avantageuse à chaque particulier; mais, comme celui qui se fait inoculer s'expose à un danger certain et prochain, pour se soustraire à un danger incertain et éloigné , chacun doit se déterminer d'après son courage et les circonstances où il se trouve.

Sur l'opinion de Voltaire, relative aux polypes [i).

Phèdre a dit : Pericidosiini est credere et non credere. M. de Voltaire porte ici le doute trop loin. Il est difficile de ne pas regarder le polype comme un véritable animal , après avoir lu avec attention les belles expériences de M. Trembley. Au reste, M. de Voltaire ne nie point les faits, mais seulement que les polypes soient des animaux, et il croit que leur analogie, plus forte avec les plantes, doit les faire reléguer dans le règne végétal. Voilà ce qu'auraient (lu observer ceux qui lui ont reproché celte opinion

(i)TomcXLIl ,p. :V,8.

avec tant d'humeur, et qui avaient eux-mêmes besoin d'indulgence pour des opinions bien moins excusr.. les.

Sur l'opinion de Voltaire, que les académies servent à entretenir ce feu que les grands génies ont allumé (i).

Les académies des sciences sont encore utiles : i** pour empêcher le public, et surtout les gouverneurs, d'être la dupe des charlatans dans les sciences ; 2° pour faire exécuter certains travaux, entreprendre certaines recherches dont le résultat ne peut devenir utile qu'au bout d'un long temps, et qui ne peuvent procurer de gloire à ceux qui s'en occupent. Comme tout ce qui n'exige, pour être découvert, que de la méditation et du génie, doit s'épuiser en peu de temps, ces tiavaux obscurs préparent, pour les générations qui suivent, des matériaux nécessaires pour de nouvelles découvertes.

Sur l'opinion de Voltaire, que longue dispute signifie, les deux

PARTIS ONT TORT ['z).

Une erreur générale et populaire, qu'un parti riche et puissant est intéressé à soutenir, peut résister longtemps aux attaques de la vérité. Il en est de même de quelques vérités politiques, directement contraires aux intérêts de certaines classes qui vivent, dans tous les pays, des erreurs du gouvernement et de la misère du peuple. Ces vérités ne peuvent s'établir

(1) Tome XLIII , p. H)i.

{■}.) ïomeXLlIF, p. 17^.

63o NOTES

qu'après une longue résistance. Mais M. de Voltaire suppose, dans cet article, que la vérité n'a point à combattre l'intérêt, et, dans ce sens, la maxime est vraie.

Sur le chapitre intitulé : Désastre de l'homme aux quarante

écus (ij.

Ce chapitre renferme deux objections contre l'établissement d'un impôt unique : l'une, que si l'impôt était établi sur les terres seules, le citoyen dont le revenu est en contrats en serait exempt; la seconde , que celui qui s'enrichit par le commerce étranger en serait également exempt. Mais, i° supposons que le propriétaire d'un capital en argent en retire un intérêt de cinq pour cent, et qu'il soit assujetti à un impôt d'un cinquième, il est clair que c'est seulement quatre pour cent qu'il retire; si l'impôt est ôté pour être levé d'une autre manière, il aura cinq pour cent. Mais la concurrence entre les prêteurs faisait trouver de l'argent réellement à quatre pour cent, quoiqu'on l'appelât à cinq pour cent; la même concurrence fera donc baisser le taux nominal de l'intérêt à quatre pour cent. Supposons encore que l'on ajoute un nouvel impôt sur les terres, tout restant d'ailleurs le même, l'intérêt de l'argent ne changera point; mais si vous mettez une partie de l'impôt sur les capitalistes , il augmentera. Les capitalistes payeront donc l'impôt de même , soit qu'il lombe en partie immédiatement sur eux, soit qu'on

(i) Tome XLV, p. 1-2.

SUR VOLTAIKr-:. 63 1

les en exempte. A la vérité, clans le cas où l'on changerait en impôt territorial, un impôt sur les capitalistes, ceux à qui l'on n'offrirait pas le remboursement de leur capital aliéné à perpétuité, ceux dont le capital n'est aliéné que pour un temps, y gagneraient pendant quelques années; mais les propriétaires y gagneraient encore plus par la destruction des abus qu'entraîne toute autre méthode d'imposition.

2° Supposons qu'un négociant paye un droit de sortie pour une marchandise exportée, et que ce droit soit changé en impôt territorial, alors son profit paraîtra augmenter; mais comme il se contentait d'un moindre profit, la concurrence entre les négociants le fera tomber au même taux en augmentant à proportion le prix d'achat des denrées exportées. Si, au contraire, payant un droit pour les marchandises importées, ce droit est supprimé, la concurrence fera tomber ces marchandises à proportion ; ainsi, dans tous les cas, le profit de ce marchand sera le même, et dans aucun il ne payera réellement l'impôt.

Sur l'opinion de Foltaire , que l'on ne vit à Paris , l'un portant l'autre f que vingt-deux à vingt-trois ans (i).

S'il est question de la vie physique et individuelle de l'homme considéré comme un être doué de raison, ayant des idées, de la mémoire, des affections morales, elle doit commencer avant dix ans. S'il est

(i) Tome XL V, p. 18.

question de la vie considérée par rapport à la société, on doit la commencer plus tard. D'ailleurs, pour évaluer la durée de la vie prise dans un de ces deux sens, il faudrait prendre une autre méthode: évaluer la durée de la vie réelle par toutes les durées de la vie physique, et en former ensuite une vie mitoyenne ; on aurait un résultat différent, mais qui conduirait aux mêmes réflexions. Le temps oii la jouissance entière de nos facultés nous permet de prétendre au bonheur, se réduirait toujours à un bien petit nombre d'années.

Sur une critique de l'abbé Desfontaines contre Voltaire , relativement à un problème d'optique (i).

Les diamètres apparents des objets sont comme les cordes des angles sous lesquels ils sont vus, et non comme ces angles à une distance triple ; les diamètres apparents, et par conséquent les cordes des angles, sont trois fois plus petits, mais l'angle n'est point partagé en trois. Comme, en général, dans les expériences ou dans les raisonnements que font les physiciens sur cet objet, ils considèrent de petits angles, et qu'alors on peut substituer sans erreur sensible le rappoit des angles à celui des cordes, on dit ordinairement (jue la grandeur apparente des objets est proportionnelle à l'angle sous lequel ils sont vus. C'est une mauvaise plaisanterie d'un géomètre sur celte manière de parler inexacte en elle-même, mais généralement lecue, que l'abbé

(i)ïomeXL\lI, p. 5o6.

Desfontaines, qui était fort ignorant, a prise pour une critique sérieuse.

Sur les entretiens que Voltaire eut dans sa jeunesse avec M. de Cau-

martin (i).

M. de Voltaire recueillit dès lors une partie des matériaux qu'il a employés depuis dans l'histoire du siècle de Louis XIV. L'évéque de Blois, Caumartin , avait passé une grande partie de sa vie à s'amuser de ces petites intrigues, qui sont pour le commun des courtisans une occupation si grave et si triste. 11 en connaissait les plus petits détails , et les racontait avec beaucoup de gaieté. Ce que M. de Voltaire a cru devoir imprimer est exact; mais il s'est bien gardé de dire tout ce qu'il savait.

Sur la saisie d'un ouvrage contre Voltaire , à l'occasion de laquelle il dit: que c'est peut-être la première fois qu'on ait forcé des théologiens à se taire j et à respecter un philosophe [%),

Cela était cependant arrivé une fois en France, et sous le règne de François P"". Voici un extrait d'une lettre qu'il écrivit au parlement de Paris, en date du 9 avril iSaô :

« Et parce que nous sommes duement acertenés qu'indifféremment ladite faculté (la Sorbonne) et ses suppôts écrivent contre un chacun en dénigrant leur honneur, état et renommée, comme ont ^ait contre Erasme, et pourroient s'efforcer à faire le

(i) Tome XLVIII, p. r)5.

(2) ToniL' XLVm, p. 188.

semblable contre autres, nous vous commandons qu'ils n'aient en général rien particulier à écrire, ni composer et imprimer choses quelconques qu'elles n'aient été premièrement revues et approuvées par vous ou vos commis, et en pleine chambre délivrées. j>

François V^ ne conserva pas longtemps celte sage politique, et son intolérance prépara les malheurs qui désolèrent la France sous le règne de ses petitsfils , et causèrent la ruine et la destruction de sa famille. Cet ordre, donné au parlement, ne renfermait rien de contraire à la liberté naturelle; la Sorbonne jouissant, en France, d'un privilège exclusif pour le commerce de théologie, le gouvernement était en droit de soumettre ce privilège à toutes les restrictions qu'il jugeait convenables.

WITT (Jean de).

Sur l'assassinat des deux frères de ce nom (i).

Jean de Witt avait été, en Hollande, un des premiers et un des meilleurs disciples de Descartes. On a de lui un Traité des Courbes, ouvrage de sa première jeunesse, rempli de choses ingénieuses et nouvelles, qui annonçaient un véritable géomètre. Il paraît être le premier qui ait imaginé de calculer la probabiHté de la vie humaine, et d'employer ce calcul pour dé-

(i) Tome XX, p. 3 36.

terminer quel denier des rentes viagères répond à un intérêt donné en rentes perpétuelles.

(i) On avait d'abord tenté d'assassiner le grandpensionnaire dans la Haye; mais il échappa, et eut le crédit de faire punir l'assassin. On n'osa condamner son frère à la mort, parce que les tourments n'avaient pu lui arracher l'aveu d'aucun des crimes qu'on lui avait imputés ; on se contenta de le bannir. Ce fut dans le moment où le grand -pensionnaire allait délivrer son frère de la prison, apiès ce jugement , que tous deux furent massacrés. Cette mort a répandu sur le nom de Guillaume III un opprobre ineffaçable.

(i) Tome XX, p. 36 1.

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