‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 180 sur 183 · IV · texte numérisé non relu

IV

(ilO NOTES

de Lorraine; mais il aima toujours les femmes à la fureur. Ce grand homme, qui , avec des talents militaires du premier ordre et une âme héroïque, avait un esprit peu éclairé et un caractère faible , était , à ce qu'on dit, devenu dévot dans ses dernières années; mais l'aventure de madame de Coatquen est postérieure à son abjuration de la religion protestante. C'était un singulier spectacle, qu'un homme qui avait gagné des batailles, occupé le matin de savoir au juste ce qu'il faut croire pour n'être pas damné, et cherchant, le soir, à se damner, en commettant le péché de fornication. Eh! que le siècle où l'on admirait tout cela était un pauvre siècle ! Quoi qu'il en soit, il est très-vraisemblable que Dieu a pardonné à Turenne ses maîtresses ; mais lui a-t-il pardonné d'avoir exécuté l'ordre de brûler le Palatinat , et de n'avoir pas renoncé au commandement plutôt que de faire le métier d'incendiaire ?

Sur ce vers [dans le père Nicodème et Jeannot) (i) : Ce cher monsieur Billard, et son ami Grisel.

Billard, financier et dévot de profession, avait fait une banqueroute considérable. Le petit peuple du ((uartier Saint- Eustache, qui le voyait communier souvent, et aller tous les jours à plusieurs messes, s'empressait de lui porter son argent, et en fut la dupe.

Le parlement en fit justice, et le condamna au

(i)Tome XIV, p. 217.

pilori. M. l'abbé Grisel, son directeur, fameux par des aventures de testaments, etc., fut impliqué dans l'affaire, mais il n'y eut point de preuves juridiques contre lui.

Sur ces vers ( i ) :

Le souverain chéri qui naquit dans Versailles, Annula, m'a-t-on dit, ces billets si fameux, Que les morts aux enfers emportaient avec eux.

L'archevêque de Paris, Beaumont , exigeait que ceux qui demandaient les sacrements, à la mort, présentassent un billet signé de leur confesseur. Le parlement crut devoir sévir contre ce joug nouveau qu'on voulait imposer aux citoyens. Malheureusement il se trompa sur les moyens ; il ordonna d'administrer, au lieu d'ordonner simplement d'enterrer ceux que l'archevêque laisserait mourir sans sacrements. Au bout de six mois, le bon Christophe les aurait offerts à tout le monde.

Sur t opinion de Voltaire, qu'on ne voit plus de diables, ni de possédés (2).

M. de Voltaire fait trop d'honneur à notre siècle. Nous avons encore des possédés, non-seulement à Besançon , oii le diable les conduit tous les ans pour avoir le plaisir de se faire chasser par la présence du saint Suaire, mais à Paris même. Pendant la semaine sainte, la nuit, dans l'église de la Sainle-(]ha-

(i) Tome XIV, p. 217.

(2) Tome XVI, p. aoy.

pelle, on joue une farce religieuse, où des possédés tombent en convulsions à la vue d'un prétendu morceau de la vraie croix. On imaginerait difficilement un spectacle plus indécent ou plus dégoûtant; mais aussi on en trouverait difficilement un qui prouvât mieux juscpi'à quel point la superstition peut dégrader l'espèce humaine, et surtout jusqu'à quel point l'amour de l'argent et l'envie de dominer sur le peuple peuvent endurcir des prêtres contre la honte, et les déterminer à se dévouer au mépris public. Il est étonnant que les chefs du clergé et ceux de la magistrature n'aient pas daigné se réunii- pour al)olir ce scandale, qui souille également et l'Église de Jésus- Christ et le temple de la Justice.

En 1777, un de ces prétendus possédés profita de cette qualité pour proférer, devant le peuple assemblé, tous les blasphèmes dont il se put aviser. Un homme raisonnable qui aurait parlé avec la même franchise eût été brûlé vif. Le possédé en fut quitte pour une double dose d'eau bénite. L'année d'après, la bonne compagnie y courut en foule, dans l'espérance d'entendre blasphémer; mais la police avait ordonné au diable de se taire, et le diable obéit.

Sut- la différence d'opinion entre Voltaire et l'abbé de Saint-Pierre, relativement à la magnificence dans les monuments publics {\).

Cette différence d'opinion entre les deux hommes des temps modernes, qui ont consacré leur \ie entière à plaider la cause de Hunnanité avec le plus de

(i) Tome XXI, p. 198.

SUR VOLTAIRE. 6l3

constance et le zèle le plus pur, mérite de nous arrêter.

La magnificence, dans les monuments publics, est une suite de l'industrie et de la richesse d'une nation. Si la nation n'a point de dettes, si tous les impôts onéreux sont supprimés, si le revenu public n'est en cpielque sorte que le supeiflu de la richesse publique, alors cette magnificence n'a rien qui blesse la justice. Elle peut même devenir avantageuse, parce qu'elle peut servir, soit à former des ouvriers utiles à la société, soit à occuper ceux qui ne peuvent vivre que d'une espèce de travail, dans les temps oii, par des circonstances particulières, ce travail vient à leur manquer. Les beaux-arts adoucissent les mœurs, servent à donner des charmes à la raison, à inspirei' le goût de l'instruction. Ils peuvent devenir, entre les mains d'un gouvernement éclairé, un des meilleurs moyens d'adoucir ou d'élever les âmes , de rendre les mœurs moins féroces ou moins grossièies, de répandre des principes utiles.

Mais surcharger le peuple d'impôts pour étonner les étrangers par une vaine magnificence , obérer le trésor public pour embellir des jardins, bâtii- des théâtres lorsqu'on manque de fontaines, élever des palais lorscpi'on n'a point de fonds pour creuser des canaux nécessaires à l'abondance publique, ce n'est point protéger les arts, c'est sacrifier un peuple entier à la vanité d'un seul homme.

Offrir un asile à ceux qui ont versé leur sang pour la patrie; élever, aux dépens du public, les enfants de ceux (pii ont servi leur pays, c'est remplir un

6l4 NOTES

devoir de reconnaissance, c'est acquitter une dette sacrée pour la nation même : qui pourrait blâmer de tels établissements? Mais si l'on y déploie une magnificence inutile, si l'on emploie à secourir cent familles ce qui en eût soulagé deux cents, si ce qu'on sacrifie pour la vanité excède ce qu'on a dépensé en bienfaisance, alors ces mêmes établissements méritent une juste critique. C'est surtout en ce point que l'amour de la justice l'emporte sur l'amour de la gloire. L'un et l'autre inspirent également le bien; mais l'amour de la justice apprend seul à le bien faire. Ainsi M. de Voltaire et l'abbé de Saint-Pierre avaient tous deux raison; et on ne peut leur reprocher que d'avoir exagéré leurs opinions.

Sur le tableau, tracé par Voltaire^ du progrès des sciences et des arts dans le XFIIP siècle (i).

Qu'il nous soit permis d'ajouter ici quelques traits au tableau tracé par M. de Voltaire. C'est dans ce siècle que l'aberration des étoiles fixes a été découverte par Bradley; que les géomètres sont parvenus à calculer les perturbations des comètes, et à prédire le retour de ces astres; que les mouvements des planètes ont été soumis à des calculs, sinon rigoureux , du moins certains , et d'une exactitude égale à celle qu'on peut attendre des observations. Les principes généraux du mouvement des corps solides et des fluides ont été découverts par M. D'Alembert. Le problème de la précession des équi-

(i)Toiiie XXII, p. 401.

SUR VOLTAIRE. ÔlT)

noxes , dont Newton n'avait pu donner cjunne solution incomplète, a été résolu par le même géomètre; et on lui doit encore la découverte d'un nouveau calcul nécessaire dans la théorie du mouvement des fluides et des corps flexibles. Les lois de la gradation de la lumière, trouvées par Bouguer; la découverte des lunettes achromatiques , dont la première idée est due à M. Euler; la méthode d'appliquer le prisme aux lunettes , de décomposer, par ce moven , la lumière des étoiles, de mesurer avec plus d'exactitude les lois de la réfraction et de la dif-r fraction, que l'on doit à M. l'abbé Rochon, avec de nouvelles méthodes de mesurer les angles et les distances, et des observations importantes sur la théorie de la vision : tous ces travaux sont autant de monuments du génie des savants qui ont illustré ce

siècle.

Quels progrès n'avons-nous point faits dans la chimie, devenue une des branches les plus utiles et les plus étendues de nos connaissances? Nous avons su découvrir, analyser, ..(mmettre aux expériences ces fluides élastique^ connus sous le nom d'airs, et dont le siècle dernier soupçonnait à peine l'existence; les phénomènes électriques ont encore été une source féconde de découvertes ; la nature de la foudre a été connue, grâce à M. Franklin, et il nous a instruits à nous préserver de ses ravages. L'histoire naturelle est devenue une science nouvelle par li-s travaux des Linnéus, des Rouelle, des Daubenton et de leurs disciples, tandis que l'éloquent historien de la nature en répandait le goût parmi les hommes

de tous les états et de tons les pays. Les mathématiques ont fait, par le génie des Bernouilli, des Eu- 1er, des D'Alembert et des la Grange, d'immenses progrès, dont Newton et Leihnitz seraient euxmêmes étonnés. Le calcul des probabilités , qui ne servait presque dans le siècle dernier qu'à calculer les chances des jeux de hasaid, a été appliqué à des questions utiles au bonheur des hommes.

Les principes généraux de la législation, de l'administration des États, ont été découverts, analysés et développés dans un grand nombre d'excellents ouvrages.

L'art tragique enfin , perfectionné par M. de Voltaire, est devenu un art vraiment moral; il a fait du tlîéâtie une école d'humanité et de philosophie.

Si nous examinons ensuite les progrès des arts, nous compterons, au nombre des avantages du même siècle, la peifection de l'art de construire les vaisseaux, la méthode de les doubler de cuivre, l'art d'instruire les muets et de les rendre en quelque sorte à la société, les secours établis pour les hommes frappés d'une mort apparente; l'art militaire enfin, dont le génie de Frédéric a fait en quelque sorte une science nouvelle.

Enfin, nous avons vu tous les arts mécaniques, toutes les manufactuies, toutes les branches de l'agriculture se perfectionner, s'enrichir de méthodes nouvelles, se diriger par des principes plus sûrs et plus simples, fiuits d'une application heureuse des sciences à tous les objets de l'industrie humaine.

Sur la dissertation de Voltaire , relative aux changements arrivés

dans notre globe (i ).

Cette dissertation parut en 1749- L'histoire naturelle avait fait en France peu de progiès : l'existence des coquilles fossiles était cependant connue depuis très-longtemps; mais il faut avouer, 1** que l'on rangeait alors au nombre des productions de la mer, trouvées dans l'intérieur des terres, un grand nondjre de substances dont les analogues vivants sont inconnus; 2" que l'on avait décidé un peu légèrement que les coquilles fossiles d'un pays étaient les dépouilles d'animaux placés aujourd'hui dans les mers d'une portion du globe très-éloignée ; 3*^ que l'on mettait au nombre des coquilles fossiles plusieurs corps, dont l'origine est encore absolument incertaine; 4° qu'on regardait comme l'ouvrage de la mer les dépôts et les vallées, qui sont évidenniient celui des fleuves. Depuis ce temps, des observations plus suivies ont appris (jue l'on doit regarder les substances calcaires répandues sur le globe, à quelque profondeur ou à quelque élévation qu'elles se trouvent, comme formées par le débris d'animaux engloutis dans les eaux; que les empreintes, les noyaux de ces coquilles, se retrouvent dans les craies et dans les silex; qu'un très-giand nondjre de silex doit même sa forme à un corps marin détruit , et dont la substance du silex a rempli la [)lace. Les eaux ont donc couvert successivement ou à la lois

(1) Tome XXXI, p. 375.

tous les terrains où se trouvent ces substances; niais ces terrains ne forment point tout le globe.

Une seule mer en a-t-elle couvert à la fois presque toute la surface, et la quantité d'eau du globe est-elle diminuée par l'évaporation , par la combinaison de l'eau avec d'autres substances? Mais, en ce cas, pourquoi une si grande partie de la surface de la terre ne porte-t-elle aucune empreinte de ce séjour des eaux, quoique inférieure à des parties où cette empreinte est marquée ?

La mer couvre-t-elle successivement toutes les parties du globe? Cela est moins probable encore: quelque cliangement qu'on suppose dans l'axe de la terre, on ne trouvera aucune bypotbèse qui explique comment la mer a pu se trouver sur les montagnes du Pérou , où cependant l'on a tiouvé des coquilles.

Supposera-t-on que la terre a été couverte de grands lacs séparés, dont la réunion successive a formé l'Océan? Cette hypothèse n'est du moins que précaire , et M. de Voltaire paraît ici lui donner la préférence.

Il a eu tort, sans doute, de s'obstiner à nier l'existence des coquilles fossiles, ou plutôt de croire qu'elles étaient en trop petit nombre dans les pays très-éloignés de la mer, ou très-élevés, pour qu'on fût obligé de recourir à d'autres explications qu'à des causes purement accidentelles; mais il a eu raison de reléguer dans la classe des romans tous les systèmes inventés pour expliquer l'origine de ces coquilles.

Il faut observer, enfin, que les glossopèlres ne

sont pas des langues pétrifiées, et qu'on ne sait pas encore bien précisément ce que peuvent être ni les cornes d'Ammon , ni les pierres lenticulaires que l'on a retrouvées en France; que les fougères dont on voit les empreintes dans les ardoisières du Lyonnais, fougères qu'on a cru longtemps ne se liouver qu'en Amérique, ont été observées en France; et qu'il faudrait connaître un peu plus les pays d'où viennent les fleuves de la mer du Nord, pour deviner d'où viennent les os d'éléphants qu'on trouve sur leurs bords.

Sur l'opinion de Voltaire , qu'il importe assez peu par quelles lois un État se gouverne, pourvu que les lois une fois établies soient exécutées (i).

Nous croyons, au contraire, qu'il ne doit y avoir presque rien d'arbitraire dans les lois. i° La raison suffit pour nous faire connaître les droits des hommes, droits qui dérivent tous de cette maxime simple, qu'entre deux êtres sensibles, égaux parla nature, il est contre l'ordre que l'un fasse son bonheur aux dépens de l'autre. 2" La raison montre également qu'il est utile, en général, au bien des sociétés , que les droits de chacun soient respectés , et que c'est en assurant ces droits d'une manière inviolable, qu'on peut parvenir, soit à procurer à l'espèce humaine tout le bonheur dont elle est susceptible, soit à le partager entre les individus avec la plus grande égalité possible. Qu'on examine ensuite

(1) Tome XXXII, p. 68.

les différentes lois, on verra que les unes tendent à maintenii" ces droits, (|ue les autres y donnent atteinte, que les unes sont conformes à l'intérêt général, que les autres y sont contraires. Elles sont donc ou justes ou injustes par elles-mêmes. Il ne suffit donc pas que la société soit réglée par des lois, il faut que ces lois soient justes. 11 ne suffit pas que les individus se confornient aux lois établies, il faut que ces lois elles-mêmes se conforment à ce qu'exige le maintien du droit de chacun.

Dire qu'il est arbitraire de faire cette loi ou une loi contraire, ou de n'en pas faire du tout, c'est seulement avouer qu'on ignore si cette loi est conforme ou contraire à la justice. Un médecin peut dire : Il est indifférent de donner à ce malade de l'émétique ou de l'ipécacuanha; mais cela signifie : Il faut lui donner un vomitif, et j'ignore letjuel des deux remèdes convient le mieux à son état. Dans la législation, comme dans la médecine, comme dans les travaux des arts physiques, il n'y a de l'arbitraire que parce que nous ignorons les conséquences de deux moyens, qui dès lors nous paraissent indifférents. L'arbitiaire naît de notre ignorance, et non de la nature des choses.

Sur l'opinion de Foliaire , que nous prédirions nos sensations , nos pensées et nos désirs , si nous en trouvions la cause (i).

Ce raisonnement nous paraît sujet à plusieurs difficultés. i^Ce pouvoir, si l'homme venait à l'acquérir,

(i)Toiuc XXXII,!). 90.

SUR VOLTAfRE. 52 1

cliangerail en quekine sorte sanaUiie; mais ce n'est pas une raison pour être sûr qu'il ne peut l'acquérir. 2" On pourrait connaître la cause de toutes nos sensations, de tous nos sentiments, et cependant n'avoir point le pouvoir, soit de détourner les impressions des objets extérieurs, soit d'empêcher les effets qui peuvent résulter d'une distraction, d'un mauvais calcul. 3° Il y a un grand nombre de degrés entre notre ignorance actuelle et celte connaissance parfaite de notre nature; l'esprit humain pourrait parcourir les difféients degiés de cette échelle sans jamais parvenir au dernier ; mais chaque degré ajouterait à nos connaissances réelles, et ces connaissances pourraient être utiles. 11 en serait de la métaphysique comme des mathématiques, dont jamais nous n'épuiserons aucune partie, même en y faisant, dans chaque siècle, un grand nombre de découvertes utiles.

Sur l'opinion de Voltaire, que les choses que peu de personnes peuvent se flatter d'entendre, sont inutiles au reste du genre humain (i).

Cette opinion est-elle bien certaine ? L'expérience n'a-t-elle point prouvé que des vérités très-difficiles à entendre peuvent être utiles? Les tables de la lune, celles des satellites de Jupiter, guident nos vaisseaux sur les mers, sauvent la vie des matelots, et elles sont formées d'après des théories qui ne sont connues que d'un petit nombre de savants. D'ailleurs, dans

(i) Tome XXXII, p. loo.

les sciences qui tiennent à la morale, à la politique, les mêmes connaissances , qui d'abord sont le partage de quelques philosophes, ne peuvent-elles point être mises à la portée de tous les hommes qui ont reçu quelque éducation , qui ont cultivé leur esprit, et devenir par là d'une utilité générale , puisque ce sont ces mêmes hommes qui gouvernent le peuple et qui influent sur les opinions? Cette maxime est une de ces opinions où nous entraîne l'idée trèsnaturelle, mais peut-être très-fausse, que notre bien-être a été un des motifs de l'ordre qui règne dans le système général des êtres. Il ne faut pas confondre ces causes finales dont nous nous faisons l'objet, avec les causes finales plus étendues, que l'observation des phénomènes peut nous faire soupçonner, et nous indiquer avec plus ou moins de probabilité. Les premières appartiennent à la rhétorique, les autres à la philosophie. M. de Voltaire a souvent combattu cette même manière de raisonner.

Sur l'opinion de Voltaire , que les anciens actes de foi des Espagnols et des Portugais ne se renouvelaient plus ( i ).

Depuis l'impression de cet ouvrage, l'inquisition a repris en Espagne de nouvelles forces. Non-seulement un des plus savants jurisconsultes de l'Espagne, un médecin très-éclairé, M. Castelanos, et le célèbre Olavidès, l'honneur et le bienfaiteur de son pays, ont été plongés dans les cachots du Saint-Office, et ont subi une humiliation publique, si pourtant il

(i) Tome XXXIII , j). 237.

est au pouvoir du rebut de l'espèce humaine d'humilier ceux qui en sont la gloire et la consolation; mais les inquisiteurs ont eu la barbarie, pour faire montre de leur puissance, de faire brûler vive une malheureuse femme accusée de quiétisme. Dans le même temps à peu près, l'inquisition de Lisbonne ne condamnait qu'à la prison des hommes convaincus d'athéisme. C'est que l'inquisition fait grâce de la vie à ceux qu'elle ne suppose pas relaps; mais elle a, dans son abominable procédure , des moyens de trouver relaps tous ceux dont la mort est utile aux passions et à l'intérêt du grand inquisiteur.

Dans un auto-da-fê solennel, où le roi Charles \\ eut la faiblesse d'assister, en 1680, et où l'on brûla vingt et une personnes, douze desquelles avaient des bâillons, le moine qui prononça le sermon eut l'insolence de parler des sacrifices humains, offerts aux dieux du Mexique; mais il assura que si ces sacrifices déplaisaient à Dieu dans Mexico, ceux du même genre qu'on offrait en Espagne lui étaient fort agréables.

Sur la pensée de Voltaire , que plus les lois de convention se rapprochent de la loi naturelle , et plus la vie est supportable (i).

Voilà une grande vérité, très-peu connue, mais dite si simplement, que les lecteurs frivoles ne l'ont pas remarquée, et ont continué à répéter que M. de Voltaire était un philosophe superficiel , parce qu'il n'était ni déclamateur, ni énigmatique.

(i) Tome XXXVI, p. 266.

6'ili

Sur l'opinion de Foliaire, que celui qui vend sa liberté , est un imbécile, mais que celui qui l'achète n'est pas un coquin (i).

Nous ne pouvons être ici d'accord avec M. de Voltaire : i" les principes du droit naturel prononcent la nullité de toute convention dont il résulte une lésion qui prouve qu'elle est l'ouvrage de la démence de l'un des contractants, ou de la violence et de la fraude de l'autre ; 2° un engagement est nul, par la même raison, toutes les fois que les conditions de cet engagement n'ont point une étendue déteiminée; 3° quand il serait vrai qu'on pût se vendre soi-même, on ne pourrait point vendre sa postérité. Un homme nepourraitavoirle droit d'en vendre un autre, à moins qu'il ne se fût vendu volontairement, et que celte permission fut une des clauses de la vente; l'esclavage ne serait donc alors légitime que dans des cas très-raies. D'ailleurs un homme qui ahuse de l'imbécillité d'un autre, est précisément ce que M. A. ne veut pas être. Il n'y a nulle parité entre l'état d'un esclave et celui d'un soldat. Les conditions de l'engagement du soldat sont déterminées ; son châtiment, s'il y manque , est léglé par une loi , et est infligé par le jugement d'un officier, qui est, dans ce cas, une espèce de magistrat, un homme chargé d'exercer une partie de la puissance publique. Cet officier n'est pas juge et partie comme le maiire à l'égard de son esclave. Les soldais peuvent être réellement, en certains pays, dans une situation pareille à la servitude des

(i) Tome XXXVI, j). 173.

nègres, et alois cet esclavage est une violation du droit naturel ; mais l'état de soldat n'est pas en luimême un état d'esclavage.

Sur l'opinion de Voltaire, que l'humanité envers les esclaves excuse l'achat qu'on en a fait (ij.

C'est ici une autre question. Puis-je, l'esclavage étant établi dans une société, acheter un esclave, qui sans cela deviendrait l'esclave d'un autre, que je traiteiai avec humanité , à qui je rendtai la liberté lorsqu'il m'aura valu ce qu'il m'a coûté, si alors il est encore en état de vivre de son travail , et à qui je ferai une pension, s'il a vieilli à mon service? Je vois un esclave sur le marché, je lui dis : i\Ion ami, mes compatiiotes sont des coquins qui violent le droit naturel sans pudeur et sans remords. On va te vendre i5(>o livres; je les ai, mais je ne puis faire ce sacrifice pour empêcher ces gens- là de commettre un crime de plus. Si tu veux , je t'achèterai , tu travailleras pour moi , et je le nourrirai ; si tu travailles mal, si tu es un vaurien, je te chasserai, et tu retomberas entre les mains dont tu sors; si je suis un brutal ou un tyran , si je te donne des coups de nerf de bœuf, si je te prends la femme ou ta fille , tu ne me dois plus rien , tu deviens libre ; fie-loi à ma parole, je ne fais point le mal de sang-froid. Veux-tu me suivre? Mais cachons ce traité : on ne souffre ici entre ton espèce et la mienne que les conventions qui sont des crimes; celles qui seraient

(i)Tonic XXXVI, p. 276.

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