‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 25 sur 183 · IV · texte numérisé non relu

IV

•1 1 o LE BA.110N D OTRANTE.

paiement de la iiouveaiilé de ce genre d'opéra comique, où l'un des principaux rôles était en italien, et tous les autres en français; mais, si l'on a vu longtemps sur le même théâtre, dans des comédies, un principal personnage parler français, et tous les autres lui répondre en italien, pourquoi l'inverse n'aurait-il pas réussi dans un opéra comicpie , rempli d'ailleurs de gaieté et de philosophie?

Quoi qu'il en soit , le jeune auteur reconnut son insuffisance, et ne jugea pas à propos de se déplacer. Il aima mieux renoncer h une gloire qu'il désespérait d'obtenir. Cet événement empêcha M. Grétry de mettre la pièce en musique , et l'auteur de la Henriade et de Mahomet de faire des opéras comiques. Il s'en tint à ses premiers essais , le Baron cVOtrante et les Deux Tonneaux.

Il est assez remarquable que M. de Voltaire donnât le premier un opéra à M. Grétry; comme il avait, le premier, vers 1730, donné une tragédie lyrique (i) à Rameau , avant que ces deux grands musiciens se fussent encore exercés dans les genres où ils ont excellé. Le grand poëte découvrit leur génie et pressentit leurs succès. Si les encouragements qu'il leur donna ont pu les déterminer à embrasser la carrière dramatique, on lui serait en paitie redevable des chefs-d'œuvre dont ils ont eniichi la scène, et des progrès qu'ils ont fait faire à l'art musical. Quel homme grave, à ce prix, ne pardonnera à M. de Voltaire d'avoir fait des opéias comiques?

^i) Samson.

JULES CESAR. ^ , j

JÏILES CÉSAK.

On a cm devoir joindre au théâtre ies deux pièces suivantes, quoiqu'elles ne soient que de simples traductions.

On pourra comparer la Mort de César, de Sbakspeare, avec la tragédie de M. de Voltaire, et juger si l'art tragique a fait ou non des progrès, depuis Te siècle d'Elisabeth. On verra aussi ce que l'un et l'autre ont cru devoir emprunter de Plutarque, et si M. de Voltaire doit autant à Shakspeare qu'on l'a prétendu.

\:H(' radius espagnol suffit pour donner une idée de la difterence qui existe entre le théâtre espagnol et celui de Shakspeare. C'est la même irrégularité, le même mélange des situations les plus tragiques et des bouffonneries les plus grossières ; mais il y a plus de passion dans le théâtre anglais, et plus de grandeur dans celui des Espagnols; plus d'extravagances dans Caldéron et Véga, plus d'horreurs dégoiUantes dans Shakspeare.

M. de Voltaire a combattu, pendant les vingt dernièies années de sa vie, contr-e la manie de quelques gens de lettres qui, ayant appris de lui à connaître les beautés de ces théâtres grossiers, ont cr-u devoir y louer presque tout, et ont imaginé une nouvelle poétique qui, s'ils avaient pu être écoutés, aurait absolument replongé W\\ tragique dnns le chaos.

2 12 LA PIJCELLE d'oRLÉANS.

LA PUCELLR D'ORr,EA>JS.

Ce poème est un des ouvrages de M. de Voltaire qui ont excité, en même temps, et le plus d'enthousiasme et les déclamations les plus violentes. Le jour où M. de V^ohaire fut couronné au théâtre, les spectateurs , cpii l'accompagnèrent en foule jusqu'à sa maison , criaient également aulour de lui : Fii^e la Heiiridde ! vhui Mdlioinet ! vive Ici Pucelle ! Nous croyons donc (pi'il ne sera pas inutile d'entrer dans quelques détails historicpies sur ce poème.

Il fut commencé vers l'an i ySo, et jusqu'à l'époque où M. de Voltaire vint s'établir aux environs de Genève, il ne fut connu que des amis de l'auteur , qui avaient des copies de quelques chants, et des sociétés où Thiriot en récitait des morceaux détachés.

Vers la fin de l'année «755, il en parut une édition imprimée, que M. de Voltaire se hâta de désavouer , et il en avait le droit. Non-seulement cette édition avait été faite sur un manuscrit volé à l'auteur ou à ses amis, mais elle contenait un grand nombre de vers que M. de Voltaire n'avait point faits, et quelques autres qu'il ne pouvait pas laisser subsister, parce que les circonstances auxquelles ces vers faisaient allusion étaient changées : on en trouvera plusieurs preuves dans les notes qui sont jointes au poème. La morale permet à un auteur de désavouer les brouillons d'un ouvrage (pi'on lui vole, et (ju'on [)ublic dans l'intention de le perdre.

On attribue cette édition à la Beaumelle et au

LA PUCF.LLE d'oRLÉA.NS. ai3

capucin iVIauberl , réfugié en Hollande. Celle enlreprise devait leur rapporler de l'argenl el compromettre M. de Voltaire. Ils y trouvaient leur bien , premièrement, el puis le mal d'autrui.

Un libraire, nommé Grasset, eut même l'impudence de proposer à M. de Voltaire de lui payer un de ces manuscrits volés, en le menaçant des dangers auxquels il s'exposerait, s'il ne l'achetait pas; et le célèbre analomisle poète Haller, zélé protestant, protégea Grasset contre M. de Voltaire.

Nous voyons, par la lettre de l'auteur à l'Académie française , que l'on a jointe à la préface (Volt. , tom. II, page i4), que cette première édition fut faile à Fiancfort, sous le litre de Louvain. Il en parut, fort peu de temps après, deux éditions semblables en Hollande.

Les premiers éditeurs, irrités du désaveu de M. de Voltaire, consigné dans les papiers publics, réimprimèrent la Pucelle, en lySô, y joignirent le désaveu pour s'en moquer, el plusieurs pièces satiriques contre l'auteur. En se décelant ainsi eux-mêmes, ils empêchèrent une grande partie du mal qu'ils voulaient lui faire.

En 1757 , il parut à Londres une autre édition de ce poëme, confoime aux piemières, et ornée de gravures d'aussi bon goût que les vers des éditeurs : les réimpressions se succédèrent rapidement ; et la Pucellc fut imprimée à Paris, pour la première fois, en 1759.

Ce fut en 1762 seulement que M. de Voltaire publia une édition de son ouvrage, très-différente de

ai4 L'V PlJCELLIi «'ORLKANS.

toutes les autres. Ce poëiue fut léimpiimé, en 1774» dans l'édilion in-4", avec quelques changements et des additions assez considérables. C'est d'après cette dernière édition, revue et corrigée encore sur d'anciens manuscrits, que nous donnons ici Ui Pucelle.

Plusieurs entrepreneurs de librairie, en imprimant ce poëine, ont eu soin de rassembler les variantes ; ce qui nous a obligés de prendre le même parti dans celte édition. Cependant, connue parmi ces variantes il en est quelques-unes (|u'il est impossible de regretter, (jui ne peuvent appartenir à M. de Voltaire, et qui ont été ajoutées par les éditeurs pour remplir les lacunes des moi'ceaux que l'auteur n'avait pas achevés, nous avons cru pouvoir les supprimer , du moins en partie.

L'impossibilité d'anéantir ce (pii a été imprimé tant de fois, et la nécessité de prouver aux lecteurs les interpolations des premiers éditeurs, sont les seuls motifs qui nous aient engagés à consacrer un certain nombre de ces variantes.

Il nous reste maintenant à défendre la Pucelle contre les hommes graves qui pardonnent beaucoup moins à M. de Voltaire d'avoir ri aux dépens de Jeanne d'Arc, qu'à Jean Cauchon, évéque de Beauvais, de l'avoir fait brûler vive.

Il nous paraît qu'il n'y a que deux espèces d'ouvrages qui puissent nuiie aux mœurs : 1° ceux 011 l'on établirait que les hommes peuvent se permettre, sans scrupule et sans honte, les crimes relatifs aux mœurs, tels que le viol, le rapt, l'adultère, la séductifu) , ou des actions honteuses et dégoûtantes qui ,

L\ PUCKLLE d'oRLÉA-NS. ->. 1 5

sans être des crimes, avilissent ceux qui les commettent: 1° les ouvrages où. l'on détaille certains raffinements de débauche, certaines bizarreries des imaginations libertines.

Ces ouvrages peuvent être pernicieux, parce qu'il est à craindre qu'ils ne rendent les jeunes gens qui les lisent avec avidité, insensibles aux plaisirs honnêtes , à la douce et pure volupté qui naît de la nature.

Or, il n'y a rien dans la Pucelle qui puisse mériter aucun de ces reproches. Les peintures voluptueuses des amours d'^^/itV et de Dorothée peuvent amuser l'imagination et non la corrompre. Les plaisanteries plus libres dont l'ouvrage est semé, ne sont ni l'apologie des actions qu'elles peignent, ni une peinture de ces actions, propre à égarer l'imagination.

Ce poëme est un ouvrage destiné à donner des leçons de raison et de sagesse , sous le voile de la volupté et de la folie. L'auteur peut y avoir blessé quelquefois le goûl, et non la morale.

Nous ne prétendons pas donner ce poëme pour un catéchisme; mais il est du même genre que ces chansons épicuriennes, ces couplets de table , oii l'on célèbre l'insouciance dans la conduite, les plaisirs d'une vie voluptueuse, et la douceur d'une société libre, animée par la gaieté d'un repas. A-t-on jamais accusé les auteurs de ces chansons de vouloir établir qu'il fallait négliger tous ses devoirs, passer sa vie dans les bras d'une femme ou autour d'une table? Non, sans doute : ils ont voulu dire seulement (ju'il y avait plus de raison, d'innocence et de bonheur

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