LA PUCELLE D ORLEANS
dans une vie voluptueuse et douce, que dans une vie occupée d'intrigues, d'ambition, d'avidité ou d'iiypocrisie.
Cette espèce d'exagération , qui naît de l'enthousiasme, est nécessaiie dans la poésie. Viendra-t-il un temps oi^i l'on ne parlera que le langage exact et sévère de la raison? Mais ce temps est bien éloigné de nous; car il faudrait que tous les hommes pussent entendre ce langage, Pouiquoi donc ne serait-il point permis d'en emprunter un autre pour parler à ceux qui n'entendent point celui-ci?
D'ailleurs, ce mélange de dévotion, de libertinage et de férocité guerrière, peint dans la Pucelle, est l'image naïve des mœurs du temps.
Voilà, à ce qu'il nous semble, dans quel esprit les hommes sévères doivent liie la Puce/le , et nous espérons qu'ils seront moins prompts à la condamner.
Enfin, ce poërae n'eùt-il servi qu'à empêcher un seul libertin de devenir superstitieux et intolérant dans sa vieillesse , il aurait fait plus de bien que toutes les plaisanteries ne feront jamais de mal. Lorsqu'en jetant un coup d'œil attentif sui- le genre humain, on voit les droits des hommes, les devoirs sacrés de l'humanité, attaqués et violés impunément, l'esprit humain abruti par l'erreur, la rage du fanatisme, et celle des conquêtes ou des rapines agiter sourdement tant d'hommes puissants, les fureurs de l'ambition et de l'avarice exerçant partout leurs ravages avec impunité, et qu'on entend un prédicateur tonner contre les erreurs de la voluplé, il semble voii- un
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médecin appelé auprès d'un pesliféré, s'occuper gravement à le guérir d'un cor au pied.
Il ne sera peut-être pas inutile d'examiner ici pourquoi l'on attache tant d'importance h l'austérité des mœurs: i° dans les pays où les hommes sont féroces et oii il y a de mauvaises lois, l'amour ou le goût du plaisir pioduisent de grands désordres; et il a toujours été plus facile de faire des déclamations que de bonnes lois; i° les vieillards, qui naturellement possèdent toute l'autorité et dirigent les opinions, ne demandent pas mieux que de crier contre des fautes qui sont celles d'un autre âge; 3° la liberté des mœurs détruit le pouvoir des femmes, les empêche de l'étendre au-delà du terme de la beauté; 4° la plupart des hommes ne sont ni voleurs, ni calomniateurs, ni assassins. Il est donc très-naturel que partout les prêtres aient voulu exagérer les fautes de mœurs. Il y a peu d'hommes qui en soient exempts; la plupart même mettent de l'amour-propre à en commettie, ou du moins à en avoir envie; de manière que tout homme à qui on a inspiré des scrupules sur cet objet, devient l'esclave du pouvoir sacerdotal.
Les piètres peuvent laisser en repos la conscience des grands sur leurs crimes, et, en leur inspirant des remords sur leurs plaisirs, s'emparer d'eux, les gouverner, et faire, d'un voluptueux, un persécuteur ardent et barbare.
Ils n'ont que ce moyen de se rendre maîtres des femmes qui, pour la plupart, n'ont à se reprocher que des fautes de ce genre. Ils s'assurent par là un