‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 33 sur 183 · LA GUFRRK CIVILE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

LA GUFRRK CIVILE DE GENÈVE

1/liistoire de Robert Covelle est très-vraie. Les prêtres genevois avaient l'insolence d'appeler à leur tribunal les citoyens et citoyennes accusés du crime de fornication, et les obligeaient de recevoir leur sentence à genoux; c'était rendre un service important à Ja république, que de tourner cette extravagance en ridicule. M. Rousseau est traité dans ce poëme avec trop de dureté, sans doute; mais M. Rousseau accusait publicjuement M. de Voltaire d'être un athée, le dénonçait comme l'auteur d'ouvrages irréligieux au.x(juels M. de Voltaiie n'avait pas mis son nom, cherchait à attirer la persécution sur lui, et mettait en même temps à la tête de ses persécuteurs ce vieillard dont la vie avait été une guerre continuelle contre les fauteurs de la persécution, et qui, dans ce temps-là même, prenait contre les prêtres le parti de J. J.

M. de Voltaire vivait dans un pays où des lois barbares établies contre la liberté de penser, dans les siècles d'ignorance, n'étaient pas encore abolies. De telles accusations étaient donc un véritable crime, et elles doivent paraître plus odieuses encore, lorsque l'on songe que l'accusateur lui-même avait imprimé des choses plus hardies que celles qu'il reprochait à son ennemi; qu'il donnait pour un modèle de vertu un prêtre qui disait la messe pour de l'argent, sans y croire; et qu'il avait la fureur de prétendre être un bon chrétien, parce qu'il avait développé en prose sérieuse cette épigramme deJ. B. Rousseau:

Oui, je voudrais connaître,

Toucher au doiyt, sentir la vôritc.

LA. FETE DE BELL EBAT. 2.i()

Hé bien , courage ! allons, reprit le jjrètre : Offrez à Dieu votre incrédulité.

L'humeur qui a pu égarer M. de Voltaire n'esl-elle pas excusable? Il eût dû plaindre M. Rousseau: mais un homme qui, dans son malheur, calomniait, outrageait tous ceux qui faisaient cause commune avec lui, pouvait aussi exciter l'indignation.

Excepté ces traits contre M. Rousseau , on ne trouve ici que des plaisanteries. La manière dont milord Àbington ressuscite Catherine est une sorte de reproche aux Genevois d'aimer trop l'argent; mais ce reproche qu'on peut faire aux habitants de toutes les villes purement commerçantes, n'est-il pas fondé? Tout homme qui, ayant le nécessaire et un patrimoine suffisant à laisser à ses enfants, se dévoue à un métier lucratif, peut-il ne pas aimer l'argent? S'occupe-t-on toute sa vie, sans nécessité, d'une chose qu'on n'aime point? Le désintéressement qu'affecte un homme qui s'est livré longtemps au soin de s'enrichir, ne peut être que de l'hypocrisie.

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