‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 64 sur 183 · L'HOMME AUX QUARANTE ECUS · texte numérisé non relu

L'HOMME AUX QUARANTE ECUS

(|ui faisait la puissance législatrice co propriétaire de toutes les possessions^ pour dire que chaque homme, étant intéressé aux lois qui lui assurent la libre jouissance de sa propriété, devait payer proportionnellement sur son revenu pour les dépenses que nécessite le maintien de ces lois et de la sùrelé publique. Ces expressions nuisirent à des vérités d'ailleurs utiles. Ceux qui ont dit les premiers que les principes de l'administration des États étaient dictés par la raison et par la nature; qu'ils devaient étie les mêmes dans les monarchies et dans les républiques; que c'était du rétablissement de ces principes que dépendaient la vraie richesse, la force, le bonheur des nations , et même la jouissance des droits des hommes les plus importants ; que le droit de propiiété, pris dans toute son étendue, celui de faire de son industrie, de ses denrées, un usage absolument libre, étaient des droits aussi naturels, et surtout bien plus importants pour les quatre-vingtdix-neuf centièmes des hommes, que celui de faire partie pour un dix-millionième de la puissance législative : ceux qui ont ajouté que la conservation de la sùieté, de la liberté personnelles, est moins liée qu'on ne croit avec la liberté de la constitution; que, sur tous ces points, les lois qui sont conformes à la justice et à la raison sont les meilleures en politique, et même les seules bonnes dans toutes les formes de gouvernement; ([u'enfin , tant que les lois ou l'administration sont mauvaises, le gouvernement le plus à désirer, est celui où l'on j)eut espérei la réforme de ces lois la i)lus prompte cl la plus entière ;

3oO l'homme aux quarante ECUS.

tous ceux qui ont dit ces vérités ont été utiles aux hommes, en leur apprenant que le bonheur était plus près d'eux qu'ils iie pensaient ; et que ce n'est point en bouleversant le monde, mais en l'éclaiiant, qu'ils peuvent espérer de trouver le bien-être et la liberté.

L'idée que la félicité humaine dépend d'une connaissance plus entière, plus parfaite de la vérité, et par conséquent des progrès de la raison, est la plus consolante qu'on puisse nous offrir; car les progrès de la raison sont dans l'homme la seule chose qui n'ait point de bornes, et la connaissance de la vérité la seule qui puisse être éternelle.

L'impôt sui- le produit des terres est le plus utile à celui qui lève l'impôt, le moins onéreux à celui qui le paye, le seul juste, parce qu'il est le seul où chacun paye à mesure de ce qu'il possède, de l'intérêt qu'il a au maintien de la société.

Cette vérité a été encore établie par les mêmes écrivains, et c'est une de celles qui ont sur le bonheur des hommes une influence plus puissante et plus directe. Mais si des hommes, d'ailleurs éclairés et de bonne foi, ont nié cette vérité, c'est en grande partie la faute de ceux qui ont cherché à la prouver. Nous disons en partie, parce que nous connaissons peu de circonstances oii la faute soit tout entière d'un seul côté. Si les partisans de cette opinion l'avaient développée d'une manière plus analytique et avec plus de clarté; si ceux qui l'ont rejetée avaient voulu l'examiner avec plus de soin, les opinions auraient été bien moins partagées;

CONNAISSANCE DES BEAUTÉS, ETC. 3o I

du moins les objections que les derniers ont faites semblent le prouver. Ils auraient senti que les impôts annuels, de quelque manière qu'ils soient imposés, sont levés sur le produit de la terre; qu'un impôt territorial ne diffère d'un autre que parce qu'il est levé avec moins de frais, ne met aucune entrave dans le conmierce, ne porte la mort dans aucune brandie d'industiie, n'occasionne aucune vexation , parce qu'il peut étie distribué avec égalité sur les différentes productions proportionnellement au pioduit net que cbaque terre rapporte à son propriétaire.

Nous avons combattu dans les notes quelquesunes des opinions de M. de Voltaire qui sont contraires à ce principe, parce qu'elles ont pour objet des questions très-importantes au bonbeur public, et que son ouvrage était destiné à être lu par les bommes de tous les états dans l'Europe entière. Nous avons cru qu'il était de notre devoir d'exposer la vérité, ou du moins ce que nous croyons la vérité.

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