POUR SERVIR A LA VIE DE M. DE VOLTAIRE, ÉCRITS PAR LUI-MÊME
Nous imprimons ici ces mémoires singuliers, dont une partie seulement a été refondue dans les Comnientdircs sur la vie et /es ouvrages de l'auteur de la Henriade.
TABLE GÉNÉRALE ALPHABÉTIQUE. 3tr
Voltaire les commença peu de temps après l'aventure de Francfort, et ensuite les abandonna. Il est même très-vraisemblable qu'il les avait oubliés, et que même longtemps avant de mourir il n'avait plus l'idée de les laisser après lui.
Une copie trouvée dans ses papiers fut imprimée quelque temps après sa mort; elle fut lue par Frédéric, qui parut insensible à ce c|u'elle renfermait d'injurieux, sans doute parce que sa raison lui fit apercevoir que les traits lancés contre son avarice, sa dureté et ses prétentions poétiques, paraissant renfermer tout ce qu'un sentiment de vengeance avait pu rassembler contre lui, donnaient plus de poids à ce qu'on disait, dans le même ouvrage, de son génie et de son courage.
Ces mémoires assurent en effet au roi de Prusse tout ce qu'ils ne lui ôtent point ; et dans ce sens, les satires dont les auteurs sont instiuits, et qui respectent les vraisemblances , servent souvent plus la renommée de ceux qui en sont l'objet, qu'un silence qui permet quelquefois aux imputations du vulgaire de s'accréditer, et expose les historiens à devenir l'écho des calomnies populaires.
TABLE GÉNÉRALE ALPHABÉTIQUE (i).
Danslesanciennes éditions des OEuvres de Voltaire, on trouve deux sortes de tables. \j Essai s((r les
(i) Voltaire, I. LXX, p. \^'h.
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mœurs etV esprit des Nations et le Siècle de Louis XIV sont suivis d'une liste alphabétique des noms propres; et les histoires de Charles Xli et de Russie, de tables indicatives des faits.
Cette liste et ces tables ont été conservées et réimprimées dans cette nouvelle édition. Mais leur utilité n'est pas sans doute comparable à celle d'une table générale alphabétique dans laquelle sont indiquées toutes les œuvres, et jusqu'aux plus petites pièces de vers ou de prose qui n'ont pu être placées avec celles de même genre dans la division générale des matières. Par cette table, l'homme de lettres et l'homme du monde trouveront très-facilement les pièces qu'ils voudront chercher dans cette nombreuse collection.
On y a joint une autre table des œuvres présentées dans l'ordre chronologique. Elle fera connaître la marche de l'esprit de Voltaire, son influence sur les opinions de son siècle, et les progrès qu'il a fait faire à la philosophie ou à la raison. Cette dernière table est suivie d'additions, d'éclaircissements et de corrections.
Une opération de librairie aussi considérable que celle-ci, exécutée hors du royaume, à cent vingt lieues des rédacteurs et des éditeurs, ne pouvait être exempte de fautes ; et si l'on considère que dix années de travaux de toute espèce ont à peine suffi pour la terminer; que les ennemis de l'auteur et des éditeurs, ou plutôt ceux des lumières et de la philosophie, ont opposé des obstacles sans nombre à sa réussite, en soulevant à la fois l'autorité royale, le
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clergé, les corps de magistrature, dès les premières livraisons, sans parler d'une foule de libelles obscurs par lesquels on espérait renverser l'entreprise en lui ôtant la faveur du public; si l'on fait attentioLi aux accidents de tout genre qui arrivent dans des établissements considérables, tels que ceux-ci qu'il a fallu créer à très-grands frais dans des lieux où tous les secours manquaient, on sera surpris sans doute que cette collection de soixante-dix volumes in-8°, et de quatre-vingt-douze volumes in- 12, n'offre pas un plus grand nombre de fiuUes, et qu'on ait atteint, dans l'exécution typographique, une perfection peu commune, même dans les petits ouvrages exécutés en France.
Nous devons rendre ici cette justice aux éditeurs, qu'ils n'ont épargné ni soins ni dépenses pour remplir l'attente du public. Ils ont sacrifié des volumes entiers, déjà imprimés, plutôt que d'ajouter, par forme de supplément aux matières anciennes, les nouvelles qui survenaient trop tard, pour le recued des épitres, des lettres, et pour plusieurs autres parties de cette immense collection. Le noble motif de rendre à l'auteur un hommage digne de lui, les a seul soutenus dans le cours de celte longue et trèsépineuse carrière; et ce n'est pas là faire une opération de finance, comme quelques libellistes les en ont accusés lâchement!
Quelle spéculation en effet que le courage d'im- })iimei-, à ses frais , la collection complète des OEuvres de Voltaire, hors de hi France et sans appui, et de l'v faiic entrer à travers des persécutions de tous
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genres! Lorsque les éditeurs ont avancé, pendanl dix ans, trois imllioiis que cette entieprise leur coûte et dont ils perdent les intérêts; lorsqu'ils ont formé nne loterie gratuite de deux cent mille livres destinées à cinq mille souscripteurs, et qu'ils ont eu la générosité de tirer, quoiqu'ils n'en eussent pas obtenu dixhuit cents; lorsqu'ils ont répandu gratuitement plus de trois cents exemplaires du prix de vingt louis, pour aplanir tous les obstacles qui s'élevaient à chaque pas; loisqu'ils ont formé dans Paris, à grands frais, un établissement pour donner à cette édition la perfection du satiiiage, inconnu jusqu'à ce jour, qui pouvait seul ajouter un nouveau degré de Ijeauté aux caractères de Baskerville qu'ils ont enlevés aux Anglais; lorsqu'ils ont enfin perdu dans cette orageuse entreprise plus de six cent mille francs de leurs fonds (et qui sont perdus sans retour); lorsque ces éditeurs ont été dix fois sur le point d'y voir leur fortune engloutie, et seront peut-être dix autres années à en rassembler les malheureux débris, et cela pour le seul honneur de tenir l'engagement courageux qu'ils avaient contracté envers l'Europe entière, de lui présenter dignement les œuvres d'un grand homme : qu'importe que de lâches ennemis les accusent d'avoir spéculé en finance, sans attacher d'autre idée à ce mot que celle d'une injure gratuite! qu'importe qu'on ait ajouté beaucoup d'outrages à cet outrage; qu'importe enfin que tel ennemi delà philosophie, outré de n'avoir pas été choisi pour dirigei" cette édition, se venge en essayant de la dénier, en osani imprimer (ju'il fan! regarder ce iiio-
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miment comme un outrage à la mémoire de Voltaire! et il n'a pas honte de proposer au public une édition de Voltaire tronquée et mutilée, et d'en offrir la dédicace à \ Assemblée nationale, qui a répondu qu'elle n'accepterait aucune dédicace.
Le public éclairé, qui sait très-bien quels obstacles il a fallu vaincre, quels monceaux d'or il a fallu sacrifier, appréciera mieux sans doute la superbe édition qu'il a entre les mains, et la postérité rendra plus de justice à ceux qui lui ont fait un si magnifique présent, au détriment de leur fortune et du repos de leur vie entière; et l'on pourra même leur appliquer, avec raison, cette devise :
De humano génère benè meritis.
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