‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 71 sur 183 · CORRESPONDANCE DE M. DE VOETAIRE AVEC M. D'ALEMBERT · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE M. DE VOETAIRE AVEC M. D'ALEMBERT

Cette correspondance entre deux philosophes illustres, liés pendant trente années par une amitié sans nuages, n'est pas un monument moins précieux que celle de M. de Voltaire avec Frédéric et Catherine II. Ou y verra avec quelle suite et quel zèle ils ont réuni, en faveur du progrès des lumières, leurs efforts toujours constants et souvent heureux; combien peu ils étaient occupés de leur amour-propre, IV. -20*

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de leur gloire littéraire, qui disparaissaient à leurs yeux devant les grands intérêts à la défense desquels ils s'étaient consacrés.

L'histoire des lettres ne nous a point offert encore d'exemple si honorable pour elles. Racine et Despréaux furent amis; mais quelle différence entre leurs lettres et celles que nous publions aujourd'hui! Il n'est question, dans les lettres des deux poètes, que de leur amour-propre, de querelles d'auteurs; ils y paraissent au-dessous d'eux-mêmes ; la petitesse des objets qui les occupent fait disparaître leur

génie.

On doit sans doute attribuer, en partie, cette différence à celle des siècles. Sous le règne de Louis XIV, on osait à peine penser, même dans le secret d'un commerce intime; le joug de l'autorité pesait sur les esprits; les vrais intérêts des hommes étaient étrangers à la plupart de ceux qui cultivaient les lettres; lesquerelles littéraires, la dispute des anciens et des modernes, occupaient les esprits des académiciens plus que les dragonnades et l'émigration des protestants.

On voit, dans ces lettres, comment M. de Voltaire et M. D'Alembert allaient au même but par des moyens divers : l'un montrant plus de hardiesse, parce que sa retraite et son âge faisaient sa sûreté; l'autre se découvrant moins, mais non moins utile par l'ascendant que sa réputation lui donnait sur l'esprit des gens du monde et des jeunes littérateurs.

On trouvera peut-être, dans ce recueil (i), des

I Voyez les OEuvres complètes de Voltaire.

ÉLOGE DE VOLTAIRE. 3o9

jugements sévères sur quelques ouvrages oubliés aujourd'hui, et sur quelques personnes qui étaient alors en crédit; mais des éditeurs n'étant garants ni des opinions ni des jugements de l'auteur qu'ils impriment, nous n'avons eu d'autre tâche à remplir que de donner ces œuvres telles qu'elles ont été composées.

PAR LE ROI DE PBUSSE (l).

On a cru devoir imprimer ici ces deux éloges consacrés à la mémoire de Voltaire par deux de ses

disciples.

L'éloge prononcé solennellement dans l'académie de Prusse est une assez belle réparation de la tyrannie exercée à Francfort. Ce n'est pas, comme les hommes puissants sont trop tentés de le croire, que des louanges expient des injustices, et qu'ils n'aient plus rien à se reprocher lorsqu'ils ont daigné dire quelque bien de ceux qu'ils ont opprimés par leurs ordres. Cette contradiction coûte moins à leur amour-propre que le noble aveu d'une erreur; et nous sommes fâchés que le roi de Prusse ne se soit pas élevé au-dessus de cette petitesse commune. Le discours de M. de la Harpe est un monument élevé par l'admiration et par la reconnaissance. Aucun

(i) Voltaire, tome LXIX, page 317.

3lO MÉMOIRES SUR VOLTAIRE.

des hommes de lettres dont Voltaire a été le maître et le modèle, n'a plus hérité de la justesse et de la j3ureté de son goût, et ne s'est montré plus digne, par ses propies ouvrages, de louer en lui l'écrivain et le poète.

Autrefois chaque auteur mettait honnement, à la tête de ses livres, les éloges en vers que ses amis s'étaient hâtés d'en faire d'avance; et depuis peu on a grossi les éditions de plusieurs écrivains célèhres d'un fatras de critiques, de réfutations et d'apologies. Nous sommes loin d'approuver ces petites ruses de la vanité des auteurs et de l'avarice des éditeurs ; mais il n'est pas moins vrai que les ouvrages dont un homme célèbre est l'objet sont mieux placés dans la collection de ses oeuvres, lorsque le nom de leur auteui-, ou leur mérite réel, les en rend dignes, que dans les œuvres de ceux mêmes qui les ont faits. C'est un défaut, dans un ouvrage, d'être plus recherché pour l'auteur que pour le sujet. Cela prouve ou que le sujet a été mal choisi, ou que l'auteur l'a traité avec plus de prétention que de raison ou de goût.

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