ACTE DE NAVIGATION
/ PA.SSÉ ENTRE CROMWEL ET LES HOLLANDAIS (l).
On voulut, par cet acte, punir les Hollandais des gains qu'ils faisaient en fournissant à l'Angleterre les marchandises étrangères. L'économie qu'ils savaient mettre dans les frais de transport, leur permettait de les donner à un prix plus bas que les négociants nationaux ou les commerçants du pays même dont les denrées étaient tirées. Ainsi cet acte n'eut d'autre effet que de faire payer aux Anglais les marchandises étrangères un peu plus cher, et d'augmenter le prix des transports par mer. La jalousie des marchands anglais fit porter cette loi, que l'on a regardée
! depuis comme le fruit d'une profonde politique.
I M. de Voltaire, qui n'avait point fait son étude principale des principes du commerce, se conforme ici à l'opinion commune; mais en partageant cette opinion, il n'en assigne par moins, dans l'article suivant, les véritables causes de la richesse de l'Angleterre.
(i) Voltaire, tome XIX, p. 218.
SUR VOLTAIRH. 32 1
Quant à la peine proposée pour encourager l'exportation des grains, elle a deux inconvénients: l'un, d'être un impôt levé sur la nation; l'autre, d'élever un peu le prix moyen du blé pour l'Angleterre, comparée aux auties nations ; mais ces deux inconvénients sont peu sensibles. Cette loi n'a d'ailleuis aucun avantage qu'une liberté absolue n'eût procuré plus sûrement et plus complètement encore. Il est possible cependant que la faiblesse du gouvernement anglais, contre toute insuriection populaire, rende les emmagasinements peu sûrs. Alors la loi pourrait être un véritable encouragement pour la culture; mais elle serait alors un remède qu'on oppose à un vice regardé comme incurable; et quelque bon que puisse être ce remède, il vaudrait mieux n'en avoir pas besoin.