‹ Œuvres. Publiées (volume 4)Chapitre 92 sur 183 · BAYLE · texte numérisé non relu

BAYLE

Sur l'opinion de Bayle, que si Von eût fait Henri IF eunuque, il eût pu effacer la gloire des Alexandre et des César [i).

Ce passage du Dictionnaire de Bayle, ainsi qu'un grand nombre d'autres, ne peut être regardé que comme une plaisanterie.

Il est certain qu'un prince qui profite de l'impunité que son rang lui assure , pour priver un de ses sujets de sa femme, commet un acte de tyrannie : l'adultère est un crime pour un souverain connue pour un particulier; mais les ciiconstances qui aug-

(i) Voltaire, tome XXXVIII, p. a/,/,.

(2) Voltaire, tome XIX, p. 1.

mentent ou diminuent la gravité du crime, sans en changer la nature , rendent celui-ci bien plus grave dans un roi que dans un homme privé.

Il faut avouer encore qu'un piince dont les passions sont publiques, peut s'avilir, soit par l'influence que sa faiblesse donne à ses maîtresses, soit par les actions indignes de lui où l'amour peut l'entraîner, soit même par le ridicule dont peuvent le couvrir les infidélités ou l'insolence de ses maîtresses.

Cependant de toutes les passions des rois, l'amour est encore la moins funeste à leurs peuples. Ce n'est point Marie Touchel qui a conseillé la Saint-Barthélemi; madame de Montespan n'a point contribué à la révocation de l'édit de Nantes. Ce ne sont point les maîtresses de Louis XV ou de son prenûer ministre qui ont fait donner l'édit de i ^il\. Les confesseurs des rois ont fait bien plus de mal à l'Europe que leurs maîtresses.

Observons enfin que l'amour des plaisirs et la chasteté sont également compatibles avec toutes les vertus et tous les vices , toutes les grandes actions et tous les crimes.

BEAUVAIS (Jean de),

CRÉE PAK LOUIS XV, ÉVÊQUE DE SEiVEZ(l).

Jean de Beauvais, après avoir insulté à la vérité et à la raison dans son oraison funèbre, comme c'est l'usage, insulta de plus à la mémoire du roi son bien-

(i) Voltaire, tome XLVII, p. 364.

IVOTES

faiteur. Il coniplait avoii- un meilleur évéché, el il se trompa. On voyait alors des hommes qui avaient flatté Louis XV pendant sa vie , et qu'il avait comblés de biens, déchirer sa mémoire, et témoigner de sa mort une joie indécente. Les gens qu'on appelle philosophes, et que ce prince, trompé par ia calomnie, avait plus laissé persécuter qu'il ne les avait encouragés, furent alors les seuls qui lui rendissent quelque justice. On leur reproche d'oser juger les rois pendant qu'ils régnent, mais ils savent les respecter , et durant leur vie, et même lorsqu'ils ont cessé de régner ; ils savent qu'il y a autant de bassesse à insulter un pouvoir qui n'est plus , qu'à flatter la main qu'on craint , ou dont on espère.

BERNARD (Samuel) (i).

Samuel Bernard était d'une vanité ridicule, comme la plupart des gens qui ont fait une fortune inespérée. On obtenait tout de lui en le flattant. Dans la guerre de la succession , il refusa son crédit à Desmarest. On le fit venir à Marly ; Louis XIV ordonna de lui en montrer toutes les beautés : on le mena sur le passage du roi, qui lui dit quelques mots. Après dîner, il dit à Desmarest: Monsieur, finaud je. tlei'rais tout perdre , dites cm roi que toute ma fortune est à lui.

(i) Voltaire, tome XIII , p. 20.

BIGAMIE (i).

Dans tout pays où la polygamie n'est point permise, la bigamie est un véritable délit , puisque le bigame commet un faux dans un acte public. Il trompe la femme qu'il épouse la seconde. C'est une action trèsréfléchie : cette action doit donc être punie, mais c'est la superstition, c'est l'idée d'un sacrilège , de la profanation d'un sacrement, idée étrangère à Tordre civil, qui a fait établir la peine de moit. C'est encore là une des barbaries qui tirent leur origine de la théologie. Il n'y a pas longtemps qu'un grave magistrat pioposa de faire brûler vive une hermaphrodite qui s'était mariée comme garçon, et que les médecins déclarèrent être une femme. Elle cwait, disait-il , profané le sacrement de mariage.

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