UN CITOYEN DE VIRGINIE
LETTRE PREMIERE
Monsieur, l'opinion qne je vais soumettre à votre jugement exige un assez long développement, et je dois vous demander pardon d'avance du temps que vous fera perdre la lectuie de ces réflexions.
Je commencerai par exposer sur la législation en général, quelques principes nécessaires, pour que je puisse vous présenter mes idées avec plus de clarté.
La loi ne peut avoir pour objet que de régler la manière dont lescitoyensd'un État doivent agir, dans les occasions où la raison exige qu'ils se conduisent, non d'après leur opinion et leur volonté, mais d'après une règle connnune.
Dans toute autre circonstance, le vœu même unanime de tous les citoyens, un seul excepté, ne peut imposer à celui qui n'y a point adliéré,une obliga-
4 LETTRHS D UN BOllRGFOrS
lion léf!;ilime d'agir contre ce qu'il croit raisonnable et utile.
Ainsi, lorsque je soumets ma volonté à une loi que je n'approuve pas, je n'agis point véritablement contre ma raison, mais je lui obéis; parce qu'elle me dit que dans cette action , ce n'est pas ma raison |)articulière qui doit me guider, mais une règle commune à tous, et à laquelle tous doivent être soumis. Ainsi, la loi n'exige réellement aucun sacrifice de la raison ou de la liberté de ceux même qui ne l'approuvent pas. Elle ne devient une atteinte à la liberté, (|ue lorsqu'elle s'étend au delà des objets qui, par leur nature, doivent être assujettis à une règle générale.
H y a deux parties bien distinctes dans toute législation : décider quels sont les objets sur lesquels on peut légitimement faire des lois; décider quelles doivent être ces lois.
Si tous les liommes ne s'accordaient pas sur ce qui doit être l'objet des lois , si cette détermination n'était pas susceptible d'être établie sur des principes vraiment démontrés, il deviendrait alors raisonnable et juste de décider encore cette question à la pluralité. Mais il en résulterait dans l'ordre de la société i[uel(|uç cbose d'arbitraire, et une institution (|ui ne serait juste que parce qu'elle serait nécessaire.
Si, au contraire, comme je le crois, la détermination de ce qui doit être l'objet des lois est susceptible de preuves rigoureuses, dès lors il ne reste plus rien d'arbitraire dans l'ordre des sociétés.
Une loi est donc proprement une déclaïalion que