DE CAMPAGNE
Deux principes également vrais semblent rendre nécessaire la réunion de plusieurs villages en une seule communauté.
D'abord , toute élection doit être confiée à des personnes capables de choisir.
Je ne puis m'accoutumer à l'idée de regarder le député d'un territoire à une assemblée nationale, et même à une assemblée de province, purement administratrice, comme un simple mandataire, à qui les habitants du territoire confient leurs intérêts à leurs risques, périls et fortunes. La voix de ce député influe sur le sort des autres parties de l'État ; et quoique cette influence soit réciproque et consentie, ce qui la rend légitime, cependant elle impose à chaque territoire un véritable devoir de faire un bon choix.
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et par conséqueiil de se soumellie à des formes propres à en donner une assurance suffisante.
Or, rien ne conduirait plu.s sûrement à de bons choix, que des institutions dont l'effet serait de ne confier la nomination immédiate de ces députés, (|u'à des hommes qui puissent juger de la capacité des concurrents.
Cependant, il est impossible de se flatter d'en trouver de tels dans chaque village; un grand propriétaire (le seigneur), un ou deux autres possesseurs de fiefs dans quelques-uns, et le curé, sont presque les seuls qui aient reçu assez d'éducation poui' avoir des lumières suffisantes; l'état, la fortune, l'éducation, souvent des intérêts pécuniaires, les séparent trop de la plupart des électeurs, et ils sont en trop petit nombre pour qu'il y ait entre eux un véritable choix et une juste espérance de pouvoir en faire un bon.
il existe dans presque tous les cantons des cultivateurs assez instruits; mais ils ne sont pas assez communs pour que chaque village puisse en offiir même un seul. Au contraire, en réunissant plusieurs villages pour ne former qu'un seul corps, on aura l'avantage d'avoir plusieurs nobles, plusieurs curés et quel([ues cultivateurs instruits. Us pourront être choisis par des électeurs qui n'auront point de motif d'animosité et de complaisance, et qui, entre un plus grand nombre de sujets, pourront faire un véritable choix. Enfin, on sera d'autant plus à portée d'en faire de bons, qu'il devient facile de diminuer le nombre des électeurs. On était oblii^é d'en donner
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deux à chaque village, et il serait très-raisonnalile de n'en donner que deux ou trois à une communauté de quatre, de cinq villages. Les assemblées qui nommeraient les députés à l'assemblée nationale pourraient donc être moins nombreuses, et seraient plus éclairées.
Autant ce qu'on appelle dans les constitutions, balance, équilibre de pouvoir, me paraît une idée chimérique et même dangeieuse, autant il me paraît nécessaire d'établir une égalité suffisante entie les diverses divisions d'un Klat. Cette égalité est surtout nécessaire entre les divisions voisines, paice qu'elles peuvent agir l'une sur l'autre par leur force ; elle l'est plus encore à l'égard des divisions qu'on peut appeler naturelles, c'est-à-dire, qui ne sont pas l'ouvrage des institutions politiques : telle est une ville dont les habitants forment naturellement une communauté, parce qu'ils ont un même intérêt, et que cet intérêt, du moins en apparence, n'est pas le même que celui des villages voisins; tel serait aussi celui d'une province qui formerait en quelque sorte un corps de nation particulier.
Or, 1° il n'y a aucune égalité léelle entre une ville même assez petite et un village. Tous les agents du pouvoir local résident dans la ville; elle est l'entrepôt du commerce, le séjour de l'industrie; elle renferme des habitants riches qui ont reçu de l'éducation, qui sont accoutumés aux affaires, qui ont du