IX
/^il^ SUR LA FORMATION
loisir, et <|iii, moins occupés de leurs besoins, le sont plus de leur vanité ou de leur ambition; une partie considérable des propriétaires des biens de campagne réside même dans les villes. Il faut donc, pour rétablir l'égalité, autant (|u'il est possible, composer des communautés d'un certain nombre de villages. Je voudrais que les villes, depuis 6,000 habitants jusi|u'à uo,ooo enviion, formassent une unité politique à la(|uelle correspondraient des communautés de campagne au moins de 4,000 habitants; les villes plus petites seront réunies avec quelques villages, mais de manière que le nombre des habitants de ceux-ci équivalût au moins à celui des habitants de la ville. Une ville de 20,000 habitants serait, dans cette hypothèse, entourée de cinq ou six communautés de campagne de 4 ou 5, 000 habitants chacune, qui, pouvant s'entendre aisément, offriraient bientôt un pouvoir égal à celui de la ville.
1° Une très-grande ville ne peut avoir aucune proportion avec ces premières communautés de campagne ; il faudrait donc qu'elle seule formât un arrondissement, un district, auquel répondrait un autre district, composé d'un nombre suffisant de petites villes ou connnunautés de campagne.
3" Enfin, les villes du premier ordre sont presque des provinces; elles seraient trop puissantes, relativement aux districts voisins, et il faut ou qu'elles soient attachées à une grande province, ou qu'elles en forment une à part.
Je proposerais de préférer le premier parti , si les districts (pii touchent l'enceinte de la ville, léunis
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entre eux , approchaient d'être égaux eu population; et le second , si riné2;alité est encore trop grande.
En avant égard à ces principes dans les divisions de l'État, aucune de ses parties ne pourra opprimer l'autre, ni par son influence dans les temps paisibles, ni par sa force dans les moraenis d'effervescence.
Il serait dangereux (pie les villes eussent la j)répondérance dans la législation, soit qu'elles la dussent au nombre des citoyens ou députés par elles à l'assemblée nationale , ou choisis parmi leurs habitants ; soit que cette prépondérance eût pour cause la crainte des mouvements populaires, plus faciles à y exciter, comme on le voit en Angleteiie.
C'est surtout pour les lois relatives au commerce que cette prépondérance serait à craindre : en général, les villes sont attachées au régime prohibitif, aux lois de police, qui sont contraires à la libellé du travail, à celle des achats et des ventes. La plupart des règlements qui s'y exercent, blessent les droits des citoyens de la même patrie , mais étrangers à la ville. Si l'on désire que peu à peu toutes ces lois abusives soient réformées, il faut donner aux habitants des campagnes le moyen de se faire entendre. On peut craindre aussi la trop grande prépondérance des villes pour les lois relatives aux finances. Le nombre de leurs habitants, propriétaires de biensfonds, et qui en tirent la plus grande partie de leur subsistance, y est dans une très -faible proportion , relativement au nombre total. Or, ou bien, malgré les anciens préjugés, on finira par convenir
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qu'il n'existe qu'un seul impôt juste , celui qui est levé directement sur les terres, propoitionnellement à leur produit net, et alors il n'est pas à désirer que ceux qui n'ont aucun intérêt direct à la quotité et à la législation de l'impôt , exercent la plus grande influence sur les lois qui en règlent la perception, sur les actes qui en fixent le montant; ou bien les impôts indirects subsisteront , et alors les villes et les campagnes peuvent avoir ou se croire des intérêts opposés. Sans doute, en effet, l'intérêt réel de la pluralité des citoyens des villes n'est pas contraire à celui des habitants des campagnes; mais il est souvent plus difficile de tromper d'un faux intérêt, que de faire abandonner un intérêt injuste. Toutes les fois que les hommes peuvent, sans obstacles, se conduire d'après ce qu'ils croient leur intérêt , la force de l'habitude et celle de la paresse leur permettent rarement d'examiner s'il est bien fondé. Ils craignent tout changement dont l'effet leur paraît incertain, et cette idée se mêlant au préjugé , lui donne un pouvoir qu'il n'aurait pas sans elle. Mais, du moment où , pour ne rien changer, il faut discuter ou agir, le préjugé s'affaiblit , parce qu'on vient nécessairement à comparer les avantages de ce qui existe, et la peine qu'il doit en coûter pour le conserver.
Cet établissement en faveur des campagnes est nécessaire à lexercice de la liberté de penser et au progrès des lumières. La loi !a plus positive en faveur de la liberté de la presse, sera nulle pour toutes les questions on ceux qui soutiendraient certaines opinions seront exposés à cpielques désagréments , ou
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exclus (le qiicl(|ues avantages. En Ângleleiie, où les villes commerçantes et liclies ont du crédit ou de la puissance, rien n'est plus rare que les écrivains qui osent combattre les préjugés de ces villes; on en compte à peine un ou deux sur des milliers d'auteurs politiques. La raison eu est simple : il n'existe aucune réunion entre les habitants des comtés ; ceux , qui défendent leurs intérêts restent donc sans appui. La nécessité d'un grand revenu territorial poui y être élu , concentre de plus les élections des membres du parlement, c'est-à-dire, des seules places qui dépendent des comtés, entre un petit nombie de propriétaires; en sorte que l'écrivain cpii aurait le plus éloquemment , le plus fortement plaidé la cause des habitants des campagnes, en seiait puni par l'exclusion absolue de toute autre place, que celle de professeur tout au plus. Si, en France, on n'offre pas un moyen de réunion aux campagnes, nous serons exposés à voii' les principes généreux de la liberté du commerce, du respect pour le libre usage de toute espèce de propriété, n'avoir plus de défenseurs, et une politique étroiteet fausse en prendre la place.
Outre ces avantages généraux, la réunion de plusieurs villages en une seule comniunaniéen présente j)lusieurs de différents genres.
1° Les arrangements pour le remboursement et pour la conversion des droits féodaux deviendiaient plus faciles.
oP Les accidents, comme la grêle, les incendies , les inondations, etc., affecteraient plus rarement une communauté entière, et on pourrait faire les léu-
nions de villages , de manière à enipêclier <|ue les inondations, on même, jusqu'à un certain point, la grêle, ne s'étendissent presque jamais sur la totalité du territoire (i).
3° Les travaux [)ublics, la répartition des impôts se feront mieux dans ces communautés, fiu'on ne pourrait l'espérer dans im seid village; les affaires communes v seront mieux administrées. Il sera beaucoup plus facile d'y établir une bonne police, objet très-iînportant, et qu'il serait presque impossible de remplir dans des villages sépaiés.
4° Les procès et les querelles entre les villages deviendront beaucoup plus rares, et leurs intérêts seront mieux défendus, leur conduite plus modérée dans ceux qu'ils peuvent avoir avec les seigneurs et avec les curés.
5° Cette réunion leur donnera plus de force contre les grands projiiiétaiies qui sont seigneurs de |>lusieurs paroisses.
6° On pourrait établir, pour cliaque communauté, ime petite justice municipale, qui n'aurait pas les inconvénients des justices seigneuriales, ni ceux qui résulteraient de la suppression absolue des juslices locales.
(i) Dans presque tous les pays les orages suivent une marche assez régulière , se dirigent suivant le cours des rivières , et dans le sens des grandes vallées. Ainsi , cinq villages, par exemple, situés sur le bord d'une rivière, dont le cours n'est pas Irès-sineux, seront plus souvent dévastés par un mcnie orage que cinq antres villages du même canton , disiriliiié'; dans plusieurs vallées.
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7° Il se roniierait dans les campagnes un espiil public, <]iii ne peut guère exister dans les villages isolés , où il est resserré dans des bornes trop étroites, et leurs liabitanis deviendraient xraiinent des citoyens.
8° Une communauté de campagne seiait divisée en plusieurs villages, comme une ville en plusieurs quartiers. La municipalité particulière de clia(|uc village subsisterait toujours; ainsi cliacun d'eux j)rofiterait des avantages de l'association, sans rien perdie de ses avantages particuliers.
SLin CE QUI A ÉTÉ FAIT,
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