‹ Œuvres. Publiées (volume 5)Chapitre 68 sur 80 · SUR CE QUI A ÉTÉ FAIT, ETC · texte numérisé non relu

SUR CE QUI A ÉTÉ FAIT, ETC

L'abondance dissiperait peu à peu les intpiiétudes: mais l'abondance peul-elle se montrer, tant que les inquiétudes empèciieront la liberté de s'établir?

Les secours du deliors pourraient être utiles, pour sortir de cette situation difficile; surtout s'ils avaient l'air d'être le produit d'un commerce libre. Mais il faudrait s'assurer alors qu'ils ne seraient pas arrêtés en cbemin; que ceux qui les fourniraient ne seraient pas traités d'accapareurs ; que tout magasin, tout bateau sur lequel on aurait écrit qu'il est destiné pour telle ville, serait respecté.

Ces secours ont de plus perdu de leui' valeur, par une circonstance particulière. Sous l'ancien régime, l'École militaire en était le dépôt; alors, on pouvait y faire librement diverses opérations, tant sur le blé de Barbarie, que nos moulins ne peuvent aisément réduire en farine, et qui donne une farine un peu colorée en rouge jaunâtre, si on la mouille, que sur les farines qui ont contracté un peu d'odeur à la mer : on pouvait vendre aux amidonniers et aux colleurs les farines vraiment mauvaises. Ces mêmes opérations, devenues nécessairement publiques, n'ont pu se faire sous les yeux d'un peuple déjà inquiet, agité par des soupçons de complots et de projets sinistres, sans augmenter des craintes que des manœuvres coupables fomentaient encoie.

On ne parlait du blé de Barbarie qu'avec une espèce d'horreur.

Les farines de l'École militaire étaient sans cesse exposées à des visites : celles qu'on avait condamnées comme gâtées, ont été détruites par le peuple, IX. 30

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qui croyait (lu'oii voulait l'obliger à s'en nourrir.

Ces circonstances rentlent les secours étrangers plus difficiles, parce qu'il faudra choisir, hors de Paris et des grandes villes, des entrepôts où l'on pnisse faire le triage, pour n'envoyer sur les halles que des farines bonnes pour la consommation.

Cependant, ces secours étrangers seraient très-importants, si, par leur moyen, on pouvait assurer la subsistance de Paris, de manière que le peuple qui l'habite perdît absolument l'idée de gêner autour de lui la liberté de la circulation. Les petites villes des environs n'ayant plus la crainte d'être dépouillées par la capitale, céderaient plus volontiers à la loi, et on pourrait espérer de la voir s'établir peu à peu. Or, il n'est peut-être pas impossible d'assurer par des secours étrangers la subsistance de Paris.

Ni les avances nécessaires, ni les perles auxquelles il faudrait se résoudre, ne sont au-dessus, ni de ce que peut le trésor public, ni de l'importance actuelle de cette opération. On peut y substituer, mais avec plus de difficulté et de plus grandes précautions, des acliats dans les provinces, où, dans l'état ordinaire, les subsistances ne sont pas destinées pour la capitale, et n'y arriveraient pas naturellement.

Quatre ou cinq ans de liberté dans l'intérieur rendraient ces précautions inutiles : ainsi la déj)ense, qui diminuerait chaque année, serait bien loin d'être une charge perpétuelle pour la nation. Ce serait moins un sacrifice fait à la ville de Paris, qu'une mesure nécessaire à la tranquillité générale.

Elle serait remplacée par des mesures analogues à

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celles que l'on prenait autrefois, et qui deviendraieiil elles-mêmes inutiles au bout de quelques années, si les assemblées nationales étaient fidèles au principe établi par celle-ci , et en étendaient les conséquences autant qu'elles doivent l'être.

L'indiscipline des troupes réglées, la désertion qui s'y est répandue, ont encore contribué à augmenter l'anarchie. Lorsque après les premières infractions faites à la discipline, l'assemblée nationale a demandé l'éloignement des troupes, on devait s'attendre que la contagion deviendrait générale. Si, au lieu de cette demande, on avait pu d'abord exiger de ces mêmes troupes le serment d'obéissance aux décrets de l'assemblée, et celui de n'agir que poui- en assurer l'exécution , on aurait établi la liberté sans introduire le désordre. Mais une telle mesure étaitelle possible? C'est ce que nous ignorons. A présent, il s'agit de remédier au mal; et pour cela, il faudrait que le comité militaire de l'assemblée nationale, après avoir indiqué les réformes et les changements les plus nécessaires, et fait décréter les lois de discipline, cessât promptement ses fonctions; parce que l'existence de ce comité donnant toujours l'idée de changements prochains , entretient dans les esprits le mépris des règles actuelles, ^e serait-il pas encore utile de substituer au serment fait à la nation, un serment solennel d'obéissance aux décrets de l'assemblée nationale, de fidélité à cette assemblée ? Un serment doit signifier quelque chose, obliger envers un individu ou un corps, renfermer un engagement déterminé, un engagement cpi'il serait

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possible de ne pas prendre. C'est afTaiblir la force qu'une |)roniesse solennelle aura toujours, indépendamment de toute idée religieuse, que de faire promettie ce à quoi on est évidemment obligé sans cette promesse.

Telles sont , Messieurs , les réflexions que nous avons pu faire dans un aussi court espace de temps, et que nous vous soumettons, en sollicitant votre indulgence. Nous ne pouvons former que des vœux ; c'est à vous de juger s'ils peuvent être remplis, et nous espérons de votre zèle et de vos lumières que vous les surpasserez.

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