IX
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cipes, s'ils le choisissent, quoiqu'il en professe d'autres publiquement, c'est sans doute dans la persuasion qu'il agira suivant leurs principes, et non d'après les siens. Mais ici ce sont les électeurs eux-mêmes qui, se déclarant ennemis des droits des hommes, ne peuvent être présumés devoir choisir des hommes déterminés à les détendre.
La demande des planteurs renferme, de plus, des prétentions injustes qui ne permettent pas de l'admettre. D'abord, il est absurde que ces planteurs croient pouvoir représenter leurs esclaves, et veuillent proportionner le nombre de leurs députés à celui de ces esclaves. On ne représente que ceux par qui on a été choisi; on ne représente que ceux avec qui l'on a des intérêts communs. Et qui pourrait admettre ridée scandaleuse de représenter ceux qu'on opprime ; ceux que par la violence on a privés de leurs droits; ceux à qui on veut empêcher la nation de rendre justice? Les représentants de Saint-Domingue ne devraient donc représenter que des blancs. On ne pourrait leur accorder plus d'un ou de deux députés, au lieu de vingt et un, sans se rendre coupable d'une condescendance pour la richesse qui déshonorerait la nation.
Mais, de plus, est-il juste d'admettre comme représentants d'un pays, des députés qui n'ont été élus que par une partie des citoyens de ce pays ? Or, les noirs libres n'ont pas été appelés à l'élection des députés, les planteurs ne proposent pas de les convoquer; donc les députés des colonies ne peuvent être admis, puisqu'ils ne sont pas les représentants
Slin L ADMISSION DES DEPUTES, ETC. /(S^
de ces nouvelles provinces, mais seulement les agents d'une classe de citoyens.
On dira, sans doute, que les colonies doivent avoir des représentants, et que leur droit à cet l'gard dérive du dioit naturel qu'a tout liounne de n'être soumis qu'aux lois à la formation desquelles il a contribué. Nous répondrons que tout homme qui viole dans l'instant même un des droits naturels de l'humanité , perd celui d'invoquer ce droit en sa faveur.
Les planteurs peu vent-ilsdiie : Aucunlionime ne doit être obligé (Fohéir aux lois auxquelles il nu pas contribué, tant qu'ils voudront que les noirs esclaves, et même les noirs libres, obéissent à des lois auxquelles ces noirs n'ont pas contribué? La privation du droit de cité, dont ils se plaindraient , n'est-elle pas une moindre injure au droit naturel , que l'esclavage qu'ils prétendent maintenir? Enfin , la F"rance ne commettrait-elle pas une moindre injustice en soumettant les planteurs à des lois faites par les Français, qu'en soumettant les noirs à des lois à la formation desquelles les planteuis auiaient concouru?
Il faut, dit-on, les admettre, pour qu'ils puissent défendre leurs intérêts. Mais est-il juste d'admettre l'avocat d'une seule paitie; et si l'on doit accorder séance et suffrage aux députés du corps des planteurs pour défendre un intérêt d'argent, ne doiton pas donner aussi suffrage et séance aux députés des noirs, pour défendre les droits sacrés du genre humain, violés dans la personne de ces malheureuses victimes d'une avidité mal entendue? Nous
'184 suit l'admission DKS DKPITTKS , ETC.
demandons que les planteurs répondent à ces raisonnements, et, pour qu'ils ne perdent point leur temps à d'inutiles déclamations, nous les prévenons que leurs phrases sur l'importance des colonies ne font rien à cette question : 1° parce que l'on sait à quoi se réduit cette importance, qu'ils exagèrent d'une manière si ridicule; 2" parce que c'est une question de droit public que nous discutons, et que dans les questions de droit public les sacs d'argent ne peuvent faire pencher la ijalance.
Nous les avertissons de ne plus dire que l'Angleterre veut, par une politique perfide, nous engager à défendre la traite, parce que mille citoyens de toutes les classes ne se réunissent point pour former un plan secret de politlcjuc; parce qu'il n'y a aucune politique secrète en Angleterre pour les affaires qui se traitent dans le parlement, et qu'il ne s'agit pas ici de faire peur à des enfants, mais de répondre à des hommes.
Nous les exhortons à ne plus dire que les noirs esclaves sont heureux, 1° parce que la fausseté de ce fait est prouvée par des témoignages impartiaux, et que le leur est suspect de partialité; 2° parce que ce fait est absurde en lui-même; 3° parce qu'il ne s'agit pas de savoir si les noirs sont heureux, mais s'ils jouissent des droits dont tous les hommes doivent jouir. Supposons que le climat des îles Sainte- Marguerite soit très-beau, que les promenades y soient agréables , que le gouverneur fasse très-bonne chère, en conclura-t-on qu'il est juste d'y renfermer tous ceux qu'on croit avoir intérêt de priver de la liberté ?