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i ÉLOGE DE BLONDEL

Employé avec succès dans plusieurs négociations, il en fut récompensé par un brevet de conseiller d'État. Deux ouvrages, l'un sur l'art de tirer les bombes, l'autre sur celui de fortifier les places, lui méritèrent le grade de maréchal de camp. Louis XIV, à qui il présenta ces traités , ne voulut point permettre qu'il les publiât : on craignit que nos ennemis ne profitassent des instructions qu'ils renfermaient; cette crainte prouve , sinon leur mérite, du moins l'opinion qu'on avait de leur auteur. Durant ses voyages, on avait accordé des lettres de noblesse à sou père ; cette grâce était regardée alors comme un honneur, et non comme une simple exemption de quelques charges publiques.

Blondel mourut le uo février 1686. Marié deux fois , il avait eu deux enfants de sa première femme; l'un fut chartreux (i), et l'autre abbé commendataire de Tenailles. Le père avait été maître de mathématiques de M. le Dauphin, fils de Louis XIV.

De plus grands mathématiciens ont eu moins d'honneurs et de places; mais Blondel a eu le mérite d'appliquer les mathématiques à deux arts bien chers à l'orgueil des grands : l'art d'élever des masses éternelles, et surtout celui de détruire les hommes (2).

(i) Blondel de Gayne.

(a) Les progrès qu'a faits l'art militaire ont été funestes à l'huuianité. Il ne peut plus y avoir de liberté dans les nations qui ont besoin, pour leur sûreté, d'entretenir ce qu'on appelle des troupes réglées; ce n'est plus qu'au sein de l'Océan, ou sur les somniels des Alpes, qu'elle peut trouver un asile.

ÉLOGE DE PERRAULT

ÉLOGE DE PERRAULT

CLA.UUE Perrault naquit à Paris , vers l'an 161 3, de Pierre Perrault, avocat, originaire de Tours. Il se fit recevoir docteur en médecine à la faculté de Paris; mais il n'exerça jamais cette profession que pour les pauvres et pour ses amis. Ceux qui ne le connaissent que par les satires et les épigrammes de Boileau le regardent encore comme un médecin ridicule par son ignorance et ses bévues.

11 y a peu d'hommes qui soient en état de juger par eux-mêmes ; un plus petit nombre encore juge d'après son propre avis. Ainsi un satirique est toujours sûr de nuire, lors même qu'il parle de ce qu'd entend le moins ; c'est en partie ce qui rend ce métier si facile et si méprisable.

La faculté de médecine, meilleur juge du mérite de Perrault, a vengé sa mémoire en plaçant son portrait avec celui de ses plus illustres membres. Les corps, naturellement opposés à tout ce qui sort des règles ordinaires, ne se portent qu'avec une sorte de répugnance à décerner des honneurs éclatants; et puisque la faculté a accordé cette distinction à Perrault, c'est une preuve qu'il en était bien digne, et que Boileau a été bien injuste.

Peut-être \erra-t-on avec plaisir quelles causes rendirent eimemis deux hommes qui auraient dû rester unis, puisque tous deux avaient un mérite réel. D'abord, ils ne pouvaient avoir l'un pour l'autre une estime sentie, ikûleau, qui u'eslimait que les

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vers, Port-Royal et les anciens , ne pouvait sentir le prix de l'esprit philosophique et des talents de Perrault; Perrault regardait Boileau avec la supériorité que les hommes qui ont des idées à eux affectent quelquefois , sur ceux en qui ils ne voient d'autre mérite que celui de donner aux idées des autres une expression plus heureuse.

Cet orgueil serait peut-être fondé, si les hommes n'étaient que raisonnables; mais ils sont sensibles. Il ne suffit pas de leur prouver une vérité ; pour qu'ils la croient, il faut la leur faire aimer, flatter leur sens et parler à leurs passions. Ainsi on doit regarder la poésie comme un moyen d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs. Mais alors aussi il faudra placer au premier rang des poètes l'homme supérieur qui, sachant se rendre maître de nos opinions et de nos passions, joindra au génie de la poésie le don peut-être plus rare encore d'avoir de grandes pensées.

Le philosophe Perrault aurait donc eu tort de ne pas estimer un grand poète; mais Boileau, qui est un grand poëte pour les gens de goût et les amateurs de la poésie, n'est presque qu'un versificateur pour ceux qui ne sont que philosophes.

D'ailleurs, lorsque Despréaux et Perrault commencèrent à se connaître , le poète n'avait donné que des satires; et Perrault, occupé sans relâche à chercher ou à développer des vérités nouvelles , ne pouvait ni concevoir qu'on passât sa vie à tourmenter celle de Cotin et de l'abbé de Pure, ni attacher assez de prix au bon goiit , pour croire que Boileau

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eût le droit d'affliger ceux qui en manquaient.

Ainsi Pen-ault parla des satires avec un mépris bien offensant : celui d'une âme sensible et honnête, qui ne peut regarder comme innocentes des plaisanteries cruelles pour ceux qui en sont l'objet, et inutiles aux autres.

Enfin , comme Perrault était plus frappé des erreurs des anciens dans la physique que sensible à leurs beautés poétiques, il voyait le culte rendu par Despréaux à Homère ou à Pindare, du même œil que le respect des scolastiques pour les erreurs d'Aristote.

Boileau, qu'offensaient également les opinions et les discours de Perrault, devait donc le haïr. Cette haine le rendit injuste. On a oublié ses injustices contre des gens obscurs , qu'il a eu la faiblesse d'attaquer; mais le souvenir de son injustice envers Perrault sera éternel comme la colonnade du Louvre, dont il a voulu lui dérober la gloire.

Il manquait à la capitale de la France un palais qui répondît à la grandeur de Louis XIV et à la puissance de la nation française. Louis XIV voulut qu'il fut élevé par l'architecte le plus célèbre de l'Europe. Il appela de Rome le chevalier Bernin , qui , chargé de décorer la basilique de Saint-Pierre , avait osé , avec succès, mêler ses travaux à ceux de Michel- Ange, et qui réunissait comme lui des talents rares pour tous les arts dépendants du dessin. Jamais , depuis les beaux siècles de la Grèce, aucun artiste n'avait reçu des honneurs comparables à ceux que le roi prodigua au Bernin.

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Son voyage n'eut pas le succès qu'on en avait attendu. Ce grand artiste avait vieilli; son génie avait perdu ses forces, et il ne pouvait se le cacher. Delà vinrent, et l'impatience avec laquelle il souffrait les contradictions, et sa répugnance à prolonger son séjour, et les louanges ridicules qu'il se donnait à lui-même. C'est parce que son génie ne l'inspirait plus , qu'il disait que c'était la Vierge qui lui avait inspiré le dessin du Louvre. On jeta, avec beaucoup de pompe, les fondements de cet édifice; mais, quoique le dessin du Bernin eût de grandes beautés, il était bien loin de cette majesté que devait avoir le palais de Louis XIV.

Après le départ du Bernin, on voulut comparer de nouveau son dessin avec ceux des architectes français. Perrault, qui n'était point connu comme architecte , en avait donné un avant l'arrivée du Bernin ; il fut mis en concurrence avec celui de l'architecte italien, ainsi qu'un troisième, dont Dorbay, élève dele Vau, était l'auteur. Heureusement pour la gloire de notre architecture, Louis XIV, qui dans les arts avait surtout Je sentiment de la grandeur, préféra le dessin de Perrault; et ce péristyle majestueux et si simple fut élevé sur ses dessins, et avec des machines de son invention.

On reproche maintenant à Perrault (i) d'y avoir accouplé les colonnes; mais, de son temps, on prétendait que, malgré cette disposition, l'espace de douze pieds, qu'il laissait entre les colonnes et le

( i) Ce reproche n'est pas général.

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mur, était incompatible avec la solidité de l'édifice. Hlondel même, que son savoir en géométrie et en architectnre faisait regarder comme un excellent juge, et que le monument de la porte Saint-Denis devait préserver de l'envie, Blondel avait joint son suffrage à la voix du peuple des architectes. Comment Perrault aurait-il donc pu proposer de simples colonnes? c'était même beaucoup que d'avoir vu que les colonnes accouplées seraient suffisantes. Ainsi, comme tous les hommes sages que leur génie pousse à tenter des choses hardies , il resta en deçà de ce qu'il aurait pu oser. ,

Quelques artistes jaloux, dont Boileau n'aurait pas dû se rendre l'écho, ont accusé Perrault d'avoir pris à le Vau l'idée de son péristyle; mais le collège Mazarin, élevé par le Vau, semble être placé si près de la colonnade du Louvre pour empêcher tous ceux qui les voient à la fois, d'attribuer au même architecte deux monuments d'un goût si opposé.

Une autre preuve incontestable en faveur de Perrault est le silence qu'a gardé sur ce soupçon Blondel, qui, dans ses écrits , fait de l'ouvrage de Perrault une critique où la rivalité se fait trop sentir, pour qu'il ait pu y négliger un reproche bien plus terrible que toutes ses objections. Ainsi, c'est l'ennemi de Perrault qui, sans le vouloir, a mis sa gloire hors d'atteinte. Si ceux qui attaquent les grands hommes sont insensibles à la honte, que du moins ils sentent l'inutihté de leurs efforts. Un jour viendra où, de tout ce qu'ils auront écrit contre un homme de génie, il ne restera que ce qui peut servir à constater sa gloire.

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L'Observatoire est encore un des ouvrages de Perrault; on y admire, comme dans la colonnade, ce goût noble et pur que Perrault avait puisé dans son génie, et dont aucun de nos monuments n'avait pu lui donner de modèle. Il avait été chargé de construire l'arc de triomphe de la barrière du Trône ; mais il ne le fit en pierres que jusqu'aux colonnes; le reste fut élevé en plâtre. On Ta détruit depuis. Lorsqu'on voulut abattre la partie qui était en maçonnerie, il fallut briser les pierres. Un homme qui savait concevoir des monuments d'une beauté vraie, indépendante des opinions, devait aussi savoir bâtir pour l'éternité.

Perrault se chargea dans l'Académie naissante de présider aux travaux de l'histoire naturelle. Il en dressa le plan, et c'est à lui qu'elle doit surtout cet esprit de circonspection et de sagesse qui rejette tout système, et n'admet les faits que lorsqu'ils sont constatés : cet esprit, qui ne s'est point démenti depuis, a valu à l'Académie des sciences une autorité et une réputation attachée au corps même de l'Académie, et indépendante du génie des savants qui la composent.

On a de Perrault trois volumes de mémoires sur l'histoire des animaux : ce ne sont presque que des descriptions anatomiques , qui même ne peuvent servir à l'anatomie comparée, parce qu'elles ne sont point faites sur un même modèle; mais ces mémoires contiennent beaucoup de faits particuliers, intéressants et nouveaux, et surtout ils ont servi à détruire une foule de préjugés accrédités chez les

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anciens les plus respectables. 11 n'y avait point de science où il lût plus nécessaire de détruire la déférence aveugle pour l'antiquité.

Les livres des anciens sur l'histoire naturelle ne sont remplis que de miracles, et ils les rapportent du même ton que les choses les plus vraisemblables. L'existence d'une race d'hommes sans tête, ou à tête de chien, n'étonne pas plus leur critique que celle d'une race d'hommes d'une couleur différente de la nôtre. Peut-être doit-on attribuer ce défaut de critique à la rareté des manuscrits; un naturaliste, qui était parvenu à s'en procurer assez pour ramasser un grand nombre de faits incroyables , avait droit , pour cela seul , à la reconnaissance des hommes, naturellement amis du merveilleux.

Perrault eut le bonheur d'avoir à disséquer trois des animaux dont l'histoire était le plus reraplie^de miracles : le caméléon, la salamandre et le pélican.

On sait que le caméléon des anciens se nourrissait d'air, et prenait la teinte de l'étoffe dans laquelle on l'enveloppait; il était l'emblème de ces gens qui changent à chaque instant de caractère et d'opinions par faiblesse ou par intérêt. Perrault observa trois caméléons; il ne trouva que des animaux qui vivaient longtemps sans manger, comme la plupart des reptiles, qui se nourrissent d'insectes, et dont la peau changeait comme change celle des hommes avec leur régime ou leurs affections.

Dans la salamandre, qui est incombustible selon Aristote, Perrault ne vit qu'un lézard, qui, si on a la barbarie de le jeter au feu, y résiste quelque temps,

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